‹ Le sultanat d'AnjouanChapitre 16 sur 46 · IV. Rayonnes · texte numérisé non relu

IV. Rayonnes

L'astérie.

L'oursin.

Le madrépore.

L'éponge.

Au point de vue politique Anjouan est divisée en districts — d'ailleurs assez mal définis — qui ont pour chefs-lieux les principaux centres de population.

Au nord, au nord-est, au nord-ouest^ les cantons de Moutsamoudou, d'Ouani, de Bandani; à Fouest, le quartier de Ghisioani (Sima-Assimpao) ; à Test, celui de Domoni; au sud, les districts de Nioumakélé et de Pomoni ; à l'intérieur, les cirques peuplés de Bambao M'toni et de Kony.

La capitale de Tîle est Moutsamoudou.

Bien avant l'invasion arabe, à une époque imprécise, presque légendaire, un pasteur indigène. Moussa Moudou, Moïse le Noir, menait paître ses troupeaux, au fond de la baie d'Anjouan, sur les pentes de Hombo. Là les herbes amères étaient abondantes, la rivière voisine ne tarissait point. Moussa construisit une case en ce lieu.

Il y fît souche; des paillottes se groupèrent autour de la chaumine du berger et, peu à peu, une ville de pierre s'édifia qui prit le nom de l'aïeul.

Moutsamoudou fut prospère au temps des anciens sultans qui la ceignirent de remparts et la* couronnèrent d'une citadelle. Aujourd'hui, le mur d'enceinte crève de toutes parts et la forteresse ne peut pas repousser cet irréductible assaillant : les hautes herbes.

Vue des hauteurs de Sinéjou, la vieille cité a la forme d'un T dont la barre transversale serait orientée vers le nord-est.

Un chemin de ronde, ménagé entre le rempart et les maisons, fait le tour de la ville.

Les portes d'Apanga, de Mjimbali, de.Foucoula M'roni et de Moina Foucou M'titi, ouvertes dans les tours carrées qui s'appuient à la muraille fortifiée, donnent accès dans Moutsamoudou.

Entre les maisons de pierre qui tombent en ruines, lézardées par le temps et minées par l'irrémédiable incurie des habitants, s'embrouille un écheveau de ruelles étroites. Derrière les murs caducs et tristes de ces pauvres demeures crépies d'un mortier gris de chaux et de sable noir, on devine une grande misère, la misère aristocratique des conquérants d'antan, les Arabes nobles, princes

faméliques qui refusent de travailler pour vivre, ne voulant pas déchoir.

Dans le quartier d'Amombo, — le faubourg Saint- Germain de Moutsamoudou, — s'élèvent le palais de Sa Hautesse le sultan, le tribunal mixte, l'ancien trésor et les maisons de belle apparence, régulièrement construites et assez bien conservées, qui entourent le « Pangaré », place des tam-tams et des courses de taureaux.

Près de là, Moukira Djimoi, la grande mosquée, domine de son minaret noir à lanterne, terrasses et toits de chaume.

Hors de l'enceinte, le long de la rivière Mauro Jamjini qui frôle presque le rempart, se sont groupées les paillottes des faubourgs de Banda Magi et d'Abomont.

Sur le rivage, l'ancien consulat anglais, belle résidence à perron, achève lentement de s'écrouler.

En face de cette ruine, l'administration française a construit un magasin de douanes et planté un joli quinconce de sang-dragons, de papayers et de ficus.

A la sortie des faubourgs, vers l'Ouest, caché sous un badamier, le « cimetière des blancs » garde entre ses quatre murs les tombes de nos compa-

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triotes; vingt- huit se sont endormis là du grand sommeil, la plupart jeunes marins bretons, victimes du devoir, pauvres gars ignorés, « morts » obscurément « au service » .

Moutsamoudou est commandé par sa citadelle, en vedette sur le rocher de Sinéjou. De la muraille crénelée et fenestrée du vieux château fort émergent deux tours carrées et un donjon sur lequel flotte, aux jours de fête, le pavillon rouge et blanc du sultan. Un escalier de 280 marches descend de Sinéjou et communiqué à la ville.

Battue en ruine par le temps, la forteresse s'effrite peu à peu, s'effondre chaque jour davantage. Elle disparaît avec cette puissance arabe qu'elle avait contribué à défendre.

En 1891, elle ouvrit le feu contre les vaisseaux français de la division navale de l'Océan indien, sur rade de Moutsamoudou. Ses embrasures s'allumèrent alors pour la dernière fois.

Aujourd'hui, on découvre encore, couchés parmi les herbes, une dizaine de vieux canons rouilles, les uns fleurdelisés j d'autres timbrés de la couronne britannique et marqués au chiffre du roi Georges.

Comment sont-ils venus s'échouer là? Enigme...

Sur le littoral, à quatre kilomètres de MoutsamoïKlou, vers l'est, apparaissent, entre les cocotiers,

le minaret, les maisons et T enceinte de pierre du bourg fortifié d'Ouani.

La seconde ville d'Anjouan est Domoni dont la muraille se développe en trapèze sur une pointe montagneuse qui forme presqu'île. Comme sa rivale Moutsamoudou, elle tombe en ruines.

La plupart de ses rues s'engagent sous les maisons et ne sont que d'obscurs passages.

Ancienne capitale des premiers sultans, elle était la clef de la côte orientale. Dans une position très forte, elle défendait Anjouan contre les incursions des Malgaches guerriers, Sakalaves et Hovas. En cas d'alerte, dès que les pirogues de l'ennemi étaient en vue, les gens de Domoni battaient le tam-tam de guerre. A ce signal, les pâtres des environs poussant devant eux leurs troupeaux, venaient abriter leurs personnes et leurs bestiaux dans la vaste enceinte de la cité protectrice.

De son ancienne splendeur, Domoni ne garde plus que des mosquées à demi-détruites, des tombeaux en pyramide et quelques nobles demeures délabrées.

Le vizir de la ville m'a montré, dans une mosquée abandonnée, le seul morceau de sculpture vraiment digne de ce nom qui soit k Anjouan. C'est l'encadrement en pierre d'une logette d'iman ornementé

d'arabesques fines et déliées, de grecques très pures et de trèfles à la sarrasine.

On trouve, vers le sud, dans le district de Nioumakélé, la petite ville de Moya, bâtie comme Moutsamoudou, Ouani et Domoni.

Anjouan compte 80 villages makois ou bushmen^ ceux-ci établis dans l'intérieur, ceux-là sur le littoral et dans les plantations de Bambao, de Pomoni et de Patsy

Les bureaux de l'administration française du Protectorat sont situés à 200 mètres d'altitude, sur le plateau de Hombo qui domine Moutsamoudou e sa citadelle.

La résidence, les maisons des fonctionnaires^ l'hôpital et la prison sont enfouis dans des bosquets de bancouliers et de manguiers au milieu de jardins fleuris d'ibiscus et de roses. Une belle allée d'agave conduit de la ville au plateau et passe devant l'ancienne caserne des troupes qui séjournèrent quelques mois à Anjouan, après les événements de la dernière guerre.

A mi-pente de Hombo s'élève un cénotaphe sur equel une main pieuse a écrit : « Pro Patria — à la mémoire des soldats français morts pendant l'expédition de 1891. »

De Hombo la vue s'étend sur toute la baie d'An-

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jouan a\ec, pour horizon, un demi-cercle de montagnes bleues et, par delà TOcéan, la Grande Comore et son volcan qui émerge fumeux d'une mer de nuages.

L'île renformo environ IS.OOO habitants. Cette évaluation de la population anjouanaisc ne peut être qu'approximative, aucun recensement sérieux

n'a vaut encore été fait.

Nous trouvons ici, trois races distinctes qui, jusqu'à aujourd'hui, ont vécu cote à cùte, juxtaposées, sans s'être mélanji^ées au cours des siècles : les Oimatsaha ou llushmen, les Arabes, les Makois.

Dans l'ordre chronologique, ce furent les Bushmen, (|ui occupèrent l'île les premiers, puis vinrent les Arabes qui amenèrent les Makois à leur suite.

Le Bushman est ai)i)a rente à la grande famille malavo-polynésienne. Sortis de l'insulinde il une épo(jue inconnue, les ancêtres des lUishmcn d*aujourd'hui allaient sur leurs « praos » rapides en quête d'aventures à travers les océans, couraient les

mers h la découverte de terres nouvelles, lorsqu'ils abordèrent h Anzouan'.

De noml)reux caractères anatonii(|ues et ethniques attestent rorig-ine malaise des Oimatsalia.

Robuste et bien découplé, de taille au-dessus de la moyenne, le Bushman a les épaules larges, les membres souples et arrondis, les muscles saillants sous le derme cuivré. 11 est imberbe ou à peu près. Ses cheveux sont lisses ou crépelés, selon le degré de métissage. La physionomie est intelligente, le front un peu fuyant, IVril noir et vif. (Certains individus ont la paupière bridée. Le nez légèrement ar([ué s'écrase à son extrémité entre les pommettes accentuées.

Les Oimatsaha, amoureux de liberté, ont toujours énergi((uement défendu leur indépendance.

Sans doute, au xvi" siècle, ils se sont bien convertis aumahométisme, mais ils ne se sont pas laissés autrement pénétrer par riniluence musulmane. Ils se sont toujours refusés aux travaux manuels (pii eussent pu porter atteinte à leurs (jualités d'hommes libres en faisant d'eux des salariés, presque des esclaves.

Ils ont abandonné le littoral à leurs initiateurs en Islam et, farouches, oui gagné les montagnes de l'intérieur, emi)ortant avec eux la foi nouvelle.

Musulmans fanatiques, ils pratiquent à la lettre les préceptes du Coran et, tandis que l'Arabe, leur maître en religion, interprète le dogme au gré de ses appétits, se sert de graisse et boit du gin, le Bushman demeure par excellence le croyant intransigeant et absolu.

Les Arabes d'Anjouan venus, les uns des bords du golfe Persique, les autres des rivages de la mep Rouge, ont conservé, malgré de nombreuses altérations, le type yéménéen tel que le décrit dans ses (( notes d'ethnographie » mon savant maître, M. le docteur Verneau.

(( L'Yutamide ^ a les membres grêles, le crâne allongé et étroit, la figure longue et mince, les sourcils peu saillants, les yeux larges, les cils longs et noirs, les pommettes effacées, le nez droit, souvent aquilin, le menton un peu fuyant-. »

La femme arabe est presque toujours jolie.

La finesse des traits, la pureté de Tovale du visage, le soyeux de cheveux bouclés à la Ninon, la langueur du regard né de beaux yeux noirs soulignés de kohl font de la jeune fille la plus ravissante créature qui soit.

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