Cf. page GO, noie
La législation musulmane s'est introduite à Anjouan avec le mahométisme. Les règles de droit qui régissent encore le peuple anjouanais sont celles qui sont observées dans tout l'Islam et qui prennent leur source dans les préceptes du Coran, dans les prescriptions juridiques de la Sonna * et dans les décisions des jurisconsultes.
Les Anjouanais suivent le rite chaféite, modifié par un droit coutumier non écrit. C'est ainsi qu'à Anjouan certaines exceptions du droit musulman sont devenues avec le temps des règles générales. Ici, par exemple, la femme est presque toujours propriétaire de la maison qu'elle et son mari habitent. Le divorce vient-il à être prononcé, l'époux doit quitter sur-le-champ le toit conjugal et laisser la place libre à sa femme et à ses enfants.
1. Sonna: recueil dos traditions relatives aux paroles et aux actes du Prophète.
Le caractère individuel de la propriété est encore une autre particularité de la législation anjouanaise.
Dans Tesprit des indij^énes le domaine éminent n'a jamais été aux sultans, ils prétendent tenir leurs terres directement de Dieu et ils en disposent conmie ils Tentendent.
La loi est interprétée et la justice rendue par les adis, selon la doctrine de Chaféi et les commentaires orthodoxes de cette doctrine, le Minhadj et Talihin (le guide -zélé des croyants), le Fath el Qarib (la révélation de Tomniprésent) et le Fath el Main. La charge de ces magistrats est vénale. Depuis 18î)l , un seul cadi est ofliciellement reconnu à Anjouan, celui de Moutsamoudou.
Autrefois, dans les cas graves, le sultan se réservait le droit de prononcer la sentence, en séance solennelle, au milieu des nobles et des cadis; il n'est plus aujourd'hui (pi'un donneur de conseils.
Ici, comme dans le reste du monde musulman, le droit et la religion, basés, l'un et l'autre, sur le (^loran et la paroh^ sainte du Prophète sont étroitement liés, intimement unis.
G*est ainsi qu'en pays d'Islam des cérémonies religieuses sanctionnent les principaux actes de la vie et qu*à Anjouan, en particulier, la naissance.
le mariage et la mort sont consacrés par des pratiques rituelles.
La naissance, — Les coutumes locales veulent que, pour la naissance de tout enfant d'origine arabe il soit fait «Pondzo» çt «Kongojo». Trois jours après les couches, le nouveau-né est solennellement çnduit de pondzo, mixture d^herbes, d'argile et de poudre d'or que des petits enfants incirconcis ont piléedans un mortier. Les Arabes attribuent une vertu bienfaisante à ce mélange qu'ils considèrent comme un porte-bonheur, aussi en couvrent-ils le baby de la tête aux pieds.
Quatre jours plus tard, la mère invite ses amies à parer sa géniture du kongojo. Elle assiste de son Ut à l'opération. Les femmes présentes enfilent sur un cordon des billes d'or ou d'argent, des boules de corail et font ainsi quatre bracelets qu'elles passent aux bras et aux pieds de l'enfant.
Le quarantième jour de la naissance, on fête les rele vailles de la mère. Pour la circonstance, l'accouchée s'étend sur son lit et se lève devant une nonibreuse assistance de parents et d'amis venus en spectateurs ; elle semble attester de la sorte son heureuse délivrance et affirmer aux veux de tous sa maternité. Cette cérémonie, comme celle de l'ouméa, est l'occasion de grands festins et de réjouissances .
Pour célébrer Touinéa on attend généralement que Tenfant ait atteint Tâge de douze mois. Le père et la mère convoquent alors leurs proches et, devant eux, on rase la tête du bambin. L'opérateur tient au-dessus du front de Tenfant une noix de coco qu'il brise de trois coups de couteau et dont il fait couler Teau sur le chef du jeune patient ; il coupe ensuite les cheveux de Tenfant au rasoir, de très près. L'officiant reçoit en offrande un gâteau de riz, de jeunes noix de coco, des poules et des cabris dojit la couleur doit être celle que les tireurs d'horoscope attribuent à l'astre sous lequel est né l'enfant. La cérémonie se termine par la commémoration des bienheureux morts d'El Bedri, martyrs de la foi musulmane dans la lutte de Mahomet contre les Koréischites,* en l'an 623 de l'ère chrétienne.
Chaque ouméa est sanctifié par ce pieux souvenir.
Le mariage, — Le mariage, comme la naissance, se célèbre en grand appareil. Le futur époux adresse, par l'intermédiaire de nobles matrones, une demande de fiançailles aux parents de la jeune fille qu'il veut prendre pour femme. •Cette demande peut être agréée ou rejetée sans que l'intéressée ait été pressentie. La loi musulmane
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considère en effet son consentement comme superflu.
Au jour fixé pour la célébration, toujours un vendredi, jour heureux pour les Arabes, le fiancé se fait porter en palanquin chez sa future. Derrière lui, un serviteur noir tient à bout de bras un parasol de cérémonie, et des esclaves le précèdent au son du tambour.
Suivi des invités, il entre processionnellement chez sa fiancée. Les parents qui Tattendaient sur le seuil introduisent le cortège dans la grande salle du rez-de-chaussée. Au milieu de la pièce est dressée une table couverte de corbeilles de fleurs, de vases dans lesquels sont roulées en cornets des feuilles de bétel, de coffrets qui contiennent de la chaux et de la noix d'arec.
En signe de bienvenue on offre le bétel à la ronde, puis le cadi signe et publie le contrat. C'est alors que commence le balolo, série de chants exécutés par les femmes arabes avec accompagnement de tambourins. Le balolo dure une semaine.
Le mercredi qui suit le contrat est le « Foumbo », jour de la lustration, fête du bain de Fépousée. Pendant cette cérémonie tout intime, les parents et les alliés exécutent, sur la place publique, laf danse du sabre.
Le vendredi suivant, le jeune homme se rend de nouveau en fîtacon *, chez sa future femme. Il pénètre alors pour la première fois dans la chambre nuptiale. C'est le dkhoul ^ du droit musulman, la consommation.
Les parents de la fiancée et ceux du mari assistent au dkhoul pour constater la virginité de la jeune fille. La preuve faite, Fépoux est tenu de donner une somme d'argent à sa femme vierge.
Le lendemain, à quatre heures de l'après-midi, devant une assistance nombreuse, le mari, conduit par un notable, prend place dans un fauteuil d'apparat, au milieu de la salle des noces.
Des servantes parées de fleurs et de bijoux font cercle autour de lui, l'une porte une glace, l'autre une cassolette où brûlent du musc, de l'encens et de la myrrhe, une troisième une corbeille de fleurs.
A tour de rôle elles viennent en dansant se prosterner devant lui et lui présenter ces différents attributs symboliques. Celle-ci lui oint le visage, celle-là lui dessine sur le front une croix à l'ambre noir sur laquelle elle fixe un disque de papier doré et une rondelle de drap rouge, certaines lui offrent des fleurs, d'autres des tiges de tambao.