II. hES RÉSULTATS
Ces institutions et ces réformes ont contribué au développement de la colonisation à Anjouan.
Les résultats ne se sont pas fait attendre. L'attestation s'en trouve dans l'extraordinaire prospérité des deux grandes plantations françaises de Bambao et de Pomoni, l'une au sud, l'autre à Test de l'île.
Les beaux résultats obtenus en huit années par nos compatriotes, MM. Regoin et Bouin, sur les terres de ces deux domaines sont une preuve de ce que peut l'intelligence pratique mise au service de capitaux personnels.
La constance dans l'effort, cette vertu que Ton dit essentiellement britannique, se manifeste partout dans l'œuvre admirable et toute d'énergie des Français d 'Anjouan. Une culture raisonnée et savante, un outillage d'usine perfectionné répondant aux exigences de l'industrie moderne, les forces naturelles asservies aux besoins de l'agriculture, font de Bambao et de Pomoni des plantations modèles.
On n'est pas peu surpris de voir à quinze cents lieues de la mère-patrie les fils téléphoniques cou-
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rir à travers champs, escalader ravins et montagnes etTeau grondante des torrents, captée, couler assagie sur une longueur de trente kilomètres au fond d aqueducs d'irrigation ouverts k coups de pic dans le roc et la lave.
Tous ces travaux, toute cette activité se traduisent par un rendement qui dépasse les prévisions les plus optimistes. Cette année (1900), des seules propriétés de Bambao et de Pomoni sont sorties 1.100 tonnes de sucre et 14.000 kilogrammes de vanille préparée.
Et si Ion évalue à 300 tonnes la production annuelle en sucre de rétablissement américain de M. Wilson à Patsy la statistique donne à l'exportation pour 1900, le joli chiffre de 1.400.000 kilogrammes de sucre de canne.
Si maintenant nous considérons la vanille, la progression dans le rendement est plus surprenante encore.
En 1886, avant le Protectorat, pas une liane n'avaitencore été plantée. M. Plaideau, sujetanglais mauricien, entreprit cette culture en 1891, dans la gorge de Hongony. Ses essais furent heureux.
Aujourd'hui, plus de 1.100.000 pieds sont plantés à Bambao-Gobéni, à Pomoni, kPagé, à Fombani- Assimpao, sur les concessions de la jeune Société
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des Plantations d'Anjouan, à Maraharé, à Sangany- Dindiary, à Patsy, àAkibaniet sur les terres de plusieurs agriculteurs arabes.
Les prévisions pour 1900 indiquent une production totale de 18 tonnes de vanille préparée.
Mais les efforts des planteurs ne s'arrêtent pas à la culture de la canne et de la vanille. Sans parler de la reconstitution par nos compatriotes des cocoteries qui représentent une des principales richesses de File, les colons tentent des plantations nouvelles. MM. Bouin et Regoin à Bambao, de Parlier du Mazel et Laurent à Assimpao, Lemarié à Poinoni ont fait des essais heureux de culture des caoutchoucs Geara, Hevea Briseliensis et Gastilloa.
A Bambao et à Poinoni on a substitué au café de Bourbon tué par Thymeleya les variétés Libéria, Maragojip et Rio Nunez qui donnent déjà plus que des espérances.
Les girofliers et les cacaoyers cultivés à Hongony par M. Plaideau sont en pleine prospérité.
L'agave qui réussit très bien fera dans quelques années Fobjet d'une exploitation industrielle.
Les colons d'Anjouan font annuellement près de neuf cent mille francs d'affaires à l'exportation; le million sera bientôt atteint, vite dépassé.
Ce n'est pas sans quelque fierté que je cite ce
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résultats et ces chilFres : ils sont la preuve de ce que peut le Français avec de Tendurance, de Tintelligence et de la volonté sous ces climats tropicaux qui n'effraient que les pusillanimes ; ils indiquent en ces pionniers le génie colonisateur de notre race avec sa hardiesse, son aptitude à Tacclimatation, sa faculté d'adaptation aux idées, aux mœurs, aux coutumes des pays que nous occupons, toutes ces qualités qu'on nous refuse et qui ne sont pas. Dieu merci, l'apanage exclusif des Anglo-Saxons, mais aussi bien le patrimoine hérité de ceux de nos pères qui jadis plantaient aux Iles, les vieux colons de Bourbon, de la Floride et des Antilles.
Je ne conclus pas ; le bilan d'Anjouan n'est pas complet. A son actif je dois encore inscrire la situation prospère de son budget.
Depuis longtemps les déficits sont inconnus et les excédents se chiffrent en sommes rondes.
Malheureusement, cet or oiitassé, cet or qui serait nécessaire à l'amélioration des voies de communication, à la création de chemins muletiers indispensables en ce pays de montagnes, reste inemployé, sommeille au fond des colfres-forts.
C'est ainsi qu'en ce coin charmant du monde, en cette île riante, riche et prospère, on ne peut se déplacer qu'à grand'peino, hallolé pendant des
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heures entières dans un iltacon — le filanzane des Comores — que portent péniblement quatre malheureux noirs. On est alors trop souvent exposé k des escalades ou à des dégringolades périlleuses pour ne pas se dire que la question des travaux publics en général et des routes en particulier est celle qui doit, avant toute autre, attirer l'attention de l'autorité administrative de l'île. Tous ceux qui habitent ou ont habité Anjouan seront, en cela, de mon avis.
Ils m'approuveront encore dans l'œuvre à entreprendre de la régénération par le travail de la population arabe de l'île.
Je ne sais pas de pays où le vieil adage : « la paresse est mère de tous les vices » soit plus vrai qu'à Anjouan. L'oisiveté a jusqu'aujourd'hui écarté de nous les anciens maîtres du pays. Ne pourrionsnous donc pas arriver à combattre les dangereux elFets de cette apathie en montrant à ceux-là qui en sont les premières victimes, aux chefs de l'aristocratie anjouanaise, les avantages d'un labeur intelligent et soutenu.
Du jour où les Arabes deviendraient nos auxiliaires sur les plantations, leur rancune qui n'est au fond que de la méfiance, disparaîtrait d'ellemême. La fréquentation constante de l'Européen ferait cesser ce sentiment de crainte irraisonnée que
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