Le supplice d'une femme
C-"jt qui ne- f..i P ri.iLv- •■' -•»•*•. I •]■■•- )■. ni" .1- . linla responsabilité ni de ce que je dis, ni do ce que j'écris, ni de ceque je fais; aussi ne se sont-ils pas encore expliqué pourquoi, apri-s les applaudissemunls qui venaient dVeueillir le Supplice tl'uiié femme, je n'ai pas voulu qu'on nie iiomm.1t.
C'est cette explication que je vais donner.
C'était au mois de septembre dernier : la politique était en vacances; les journaux arrivent tard au château du Val, où l'amitié me comblait de ses sni.ns, niais où je n'avais pas perdu l'habitude de me lever a cinq heures du matin; j'avais la liberté de mes mati-
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nées et je n'en avais pas l'emploi. Lorsque les fenêtres de la chambre où l'on vient de se réveiller s'ouvrent
pleine* rnrim-s le parfum qui s'i'xltalts des fleurs baignées de rosùo; lorsqu'on est rêveur et qu'on n'est ckihM'iir, qui: fiiifr' i'i la l'amp^ni.'',' — Il y a longtemps que je n'ai plus l'âge où les espérances que je r.'irtssiiiï me le rendaient en me portant molli m en! sur leurs ailes pendant des heures entières. L'âge de la mémoire, l'âge des regrets est aussi amer, — je parle pour moi, —que l'âge de l'imagination, l'âge des illusions, est doux. Mors on mesure les vides dont la mort a criblé votre lie. on compte les fautes dont on s'accuse--- Kl l'on o'écbappe aux souvenirs qui ont le froid de la tombe el la rigueur du châtiment ijue par l'activité de la penses, rar l'oisiveté la plus peinte est l'oisiveté accîdeiituile d'un esprit laborieyi.
Triste et reRardant le soleil se leier sur celle immense plaine qui s'étend de SaiiU-dciïiuin jusqu'au nmeiiérc Montmartre, où sont déposés nies trois plus cliers souvenirs, l'idée me revint du Supplice d'une, femme, et, dans un clan de plume, j'en écrivis les trois actes en trois matinées , comme j'avais écrit a
Castellamare, quelques minées auparavant, In Fille •lu Vi/liuitiiiiire. cimédie en iroi. a<-[es an»!, sans me préoccuper du théâtre, du public et do leurs exigences.
L'idée que j'avais eue, c'était de décrire, c'était île mutin; cri dialogue cl en nelinu ]i' supplice MmllVn par une femme n'ayant eu dans toute sa vie qu'un seul moment d'oubli de sis devoirs, pour palier l'austère langage de la société, lequel n'est pas tuivjiurs d'accord avec la voit impérieuse de la nature; niais te moment de fascination subie cl d'ivresse partagée ayant suffi pour donner l'existence à un enfant dont tous les innocents baisers déposés sur les joues de sa mère seront un suppliée aussi douloureux que les biiilure's dp fer rouge sur l'épaule du condamné à la flétrissure.
Cette femme, telle que je la voyais, telle que je l'entendais, avait le c.enr placé liant; elle avait le mépris du mensonge et l'horreur de l'hypocrisie; mais ce qu'elle avait surtout, c'était le respect du nom de son mari et la crainte d'eu iniulilcr le bonheur, bonheur suis nuages alimenté par une conliance sans bornes.
Par l'extrême réserve apportée par la femme dans toute sa conduite, réserve se révélant dans tous les
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détails de sa maison de verre où les portes realenl
devait paraître ai bien justifiée qu'elle en fût l'honneur et qu'elle n'en fût pas le ridicule.
La variété des maris est innombrable ; et si, au* yeux du monde, rien ne ressemble plus à un mari crédule qu'un mari confiant, rien n'y ressemble moins aux yeux de l'observateur qui étudie les replis du cœur humain. Celte différence entre la confiance et la crédulité, j'avais cherché à la personnifier et à la mettre
en relief dans k- j!i'[>iiiira;.H' *.ï i ■ l'un I; ;i.b-: m' étais je
appliqué à rendre Mathilde aussi excusable qu'une iV'iiiini' pi.'iit l'être rla lis la situation rjiii est le no^iid du
drame : ce n'était plus 1a femme pure, ce n'était plus ki fe m nie sans dcl'aillanee et sans tadie, mais c'était la femme pnrilicc par lt; repentir t-( l'expiation ; c'était la femme adultère, niais martyre: c'était la femme se donnant cri sacrifiri: a l'amortr qu'elle ne ;>::r'a;rcail pas, pour empêcher à tout prix que sa faute ignorée ne s'aggravât cri scandale public; c'était la femme faisant taire Ions les scntiinerus (mdilçs qui s'agitaient et se révoltaient en elle, afin que les transports jaloux de l'iin/xtiu^iiiblL' passion qu'elle avait eu le iiialliciir d'allumer et qui avait eu le pouvoir de la fasciner un
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seul jour, un seul instant, n'arrivassent pas au\ oreilles du monde, ce juge aussi intolérant qu'inconséquent, qui commence par ne rien pardonner, et qui finit par tout absoudre.
Aimant trop le vrai pour confondre avec lui le convenu et pour ne pas détester le fauï et l'exagéré, je m'étais également appliqué 1 ce qu'Alvarez, l'ami
battre, mais qu'il n'avait pu vaincre, amour altéré par la jalousie et s'expiant par elle, — jalousie assurément la plus cruelle qu'un amant pût ressentir : celle de voir la femme qu'il adore et qui lui a appartenu adorer son mari.
Tels que je les avais idéalisés, les caractères de Matbilde, de Dumont et d'Alvarez étaient trois caractères honorables aux prises avec une situation inextricable, qui devenait d'autant plus dramatique que ces caractères demeuraient plus élevés.
Si Dumont n'est qu'un mari crédule, si Matliilde n'est qu'une femme légère, il n'y a plus de drame, il n'y a plus de supplice; on tombe de toute la hauteur de l'idéal dans ce que la réalité a de plus vulgaire et de plus bas : le ménage à Irois.
Ce drame intérieur a quatre personnages n'eftt pas été complet si 11- inonde, awde du scandales, prodigue du médisances, cruel par désœuvrement plus que par méchanceté, eu paroles plus qu'en actions, n'avait pas clé personnifié tel qu'il es! : de là le rôle de M"' Larcey.
Une jeune .fdle que ses parents ont mariée à dixhuit ans, comme se marient en France la plupart des jeune- lilles, connaissant à peine- l'homme auquel elle va s'unir par un liuu indissoluble; l' épousant sans 1 1- j n i .l; 1 1 ; i. r i tri ■ , niais salis préférence, miiqueiNenl parer qu'elle a été demandée par lui en mariage, et que des deux j j .1 1 ■ Ls ci? marnée, finis tous les rapports de fortune et de famille, a elr jn^é co:iY''iîal>!i: »; snn- ^eani, pendant les premières années tic cette union parfaitement assume, plus au monde et à ses fétus qu'à son mari qui est uceupé de ses affaires; aimant son mari, mais sans s'être jamais demandé jusqu'à quel point elle l'aime, et ne le découvrant qu'au moment où, entraînée par un sentiment d'effusion cl de reconnaissance qui porte avec lui-même son explication, sinon sa justification, cet amour, qui était contenu par l'estime et tempéré par le respect, lui est
révélé par le remords, amour qui ne fera plus que cruitre et devenir plus vif et plus profond par la cornparaisnii el l'opposition entre lu caractère calme du mari confiant et le caractère tyrannique du l'amant jaloux;
Un mari qui puise sa confiance et met son bonheur dans la certitude de l'amour que sa femme a pour lui, dont il ne saurait douter, et qu'il a pour elle ;
Un amant qui, . s'étant passionnément épris de la femme de son ami, sans avoir jamais réussi a obtenir d'elle plus qu'un serrement de main froidement amical, saisit, au risque de toute sa fortune, l'occasion que lui olfre la révolution de 1848, de sauver l'honneur coraiilercial du mari;
Une femme étant l'incarnation de ce qu'il est d'usage d'appeler « le monde ";
Une enfant, une petite fille de sept ans, personnifiant, sous les traits de l'ingénuité, le remords vivant :.
Tels étaient mt» cinq personnages; et leurs paroles comme leurs actes découlaient sans inconséquence des caractères sous lesquels ils m'étaient apparus.
Cédant aux instances de mes amis du château du Val, que le Suppliée, d'une femme, écrit sous leurs
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veut, avait vivement Émus, je demandai an Tliéatre- Franrrais la lecture (jui me fut accordée avec le plus cordial et le plus Inyat iMiipiï'ssement.
Le sujet y parut périlleux.
Pirilïeaxl ce fut le mot que, pendant quatre mois, je n'ai cessé d'entendre sortît de toutes les oouches, et qni a résonne à mes oreilles jusqu'au soir de la première re pré se nia lion , et alors que les deu* premiers actes et la moitié du dernier avaient déjà tlé joués '.
Pfrilleax ! Ce fut le mot qui me fit accepter avec i'mprcs.~e:mi'tr. l'nllW' aitiiculi' dii ivici cours d'un auteur encore jeune, mais auquel de grands et nombreux succès ont donné une vieille expérience. Le péril est facile à braver quand un est seul à l'affronter; alors,
il suffit de le mépriser s'il est imaginaire, et de ne pas le craindre s'il est réel; mais la chose est moins simple quand ce mépris, ou cette confiance, n'est pas partagé par d'ominents artistes et par un grand théâtre, les uns redoutant le bruit aigu des sifllels, et l'autre l'éclat d'une chute retentissante.
Ainsi s'explique comment j'ai consenti à ce qu'une œuvre à laquelle je n'avais d'ailleurs pas attaché plus d'importance qu'elle ne m'avait coûté d'efforts fut retouchée par une autre main que la mienne.
Mais, au lieu de se borner à, des coupures et à des renmniements de scènes, conditions restreintes dans lesquelles j'avais accepté l'offre de son concours, le collaborateur, qui ne peut se nommer et que je ne puis nommer, mit trois semdines à faire rentrer dans le moule usé de la vérité factice les personnages dont j'avais demandé l'empreinte au moule toujours neuf de la vérité humaine.
Je dois reconnaître et je reconnais ici que le succès, n'ayant à se prononcer que sur la vérité plaquée, s'y est trompé et l'a prise pour la vérité pleine ; mais le succès est une idolâtrie que je n'ai pas. A mes yeux, il ne suffit point pour se justifier. Avant et depuis les deux Pktdres, celle de Pradon et celle de Racine, il y
a eu au théâtre d'immenses succès qui étaient moins l'éloge des auteurs que la critique du public, et Je mOmorabk's dmtiw plus (^niables que ces succès. Je comprends tout; je comprends que les auteurs pour qui l'art dramatique est principalement une profession prièrent un shco'S illr^ilime à une chute imméritée; mais do la part d'un écrivain pour qui l'art dramatique est une forme aecinVntulîc d'ijiiii.wiuii de l'idée qui lui est venue, je n'admets pas l'alter-
Aussi, tout en faisazit loyalement à certaines modifications qui m'avaient paru heureuses, dans la nouvelle rédaction de ma pièce, la part In plus large, avais-je maintenu ce qui en faisait essentiellement mon œuvre. *
La pièce que j'ai lue, le la décembre 180a, au comité de lecture du Théâtre-Français, et qui a été reçue, c'est la mienne.
Si elle eût été représentée comme elle avait été reçue, sauf les retranchements et les chitnyemirriL-, opérés aux répétitions, suects sans opposition ou succès contesté, te nom de l'auteur n'eût pas fait défaut a la pièce. Mais le caractère de Uathilde et celui d'Alvarez ont été faussés, et on leur a fait
OigiiizM bjr Googh
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tenir un tel langage qu'il ne m'était plus possible d'en garder légitimement et exclusivement la paternité littéraire.
Comment, aux répétitions, le manuscrit que je n'avais pas admis a-t-il été substitué au manuscrit que j'avais lu au comité? Cette substitution, opérée contre mon gré, dans les intentions les meilleures, je n'en doute pas, a son explication dans ce mot, revenant sans cesse et répété sans lin : « Pirilleuat! péril-
Mais, puisqu'on attentait ainsi à mon idéal, pourquoi n'aï-je pas retiré ma pièce î C'est ce que je lie saurais me dispenser de dire : la considération , le scrupule qui m'a retenu a été le préjudice pécuniaire que le retrait do ma pièce eût fait éprouver au traducteur qui avait consacré trois semaines de son temps précieux à la traduire de ma langue dans la sienne, qui a l'avantage d'être rapide, mais qui a le défaut de trop ressembler au style d'un télégramme, quand elle ne tombe pas dans les tirades du mélodrame, ce qui est l'autre excès.
Les développements ont été retranchés. Les situations ont été conservées, mais les caractères ont été changés.
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Tels qu'ils se meuvent, ces caractères se contredisent et ne résistent pas i l'examen. 11 a fallu, poulies faire accepter du public et pour qu'il n'y regardât pas de trop près, tout le talent, l'immense talent que les artistes ont déployé.
Mathilde s'accuse et.ne s'eicuse pas. Elle débite au second acte une tirade qui n'est ni dans son caractère ni dans la situation; elle dit ce qu'elle ne doit pas dire, elle dit ce qui en fait une feiiiuiu vulgaire, et elle ne dit plus ce qu'il fallait qu'elle dit pour se
jilSUfuT ;■; lu LIT COilIpIVlidlV 11! supplie? 'Jll'l)]]l! -LiLuL.
Cette justification , celte explication avait été préparée en ces termes dans les dernières scènes de l'acte premier :