ACTE PREMIER
MATHILDE
Non, c*est Henri qui le désire.
ALVAREZ
Ne vous ai-je pas priée de ne pas prononcer ce nom d'Henri devant moi?
MATHILDE
C'est mon mari qui le désire.
Votre mari ?
MATHILDE
En vérité, je ne sais plus quel nom lui donner quand je VOUS parle de lui.
ALVAREZ
Au surplus, appelez -le comme il vous plaira. Je vous défends de le suivre.
MATHILDE
Vous me le défendez-? de quel droit?
ALVAREZ
Vous le savez bien.
MATHILDE
Je suis malade, Jean ; je vous assure que je le suis et que j'ai besoin de respirer un autre air... Ayez pitié de moi I
ALVAREZ
Aujourd'hui comme toujours vous n'avez qu'une pensée : m'échapper, m'éconduire, me fermer votre porte, me briser.
(n «aisit une chaise et fait un geste riolent.)
MATHILDE
Que faites-vous!... Si mon mari vous entendait.
ALVAREZ
Eh bien! il entendrait! Tant mieux! Ce serait le dénoû- ■ïent d'une situation qui ne saurait se prolonger... Et d'ailleurs, de quoi aurait-il à se plaindre? Il apprendrait que VOUS me subissez par terreur et pour conjurer un éclat qui troublerait son repos... Il apprendrait que vous voulez par-
tir parce que vous ne m'aimez plus, si vous m'avez aimé jamais!
MATHILDE
A qui la faute, si je ne vous aime pas ?
A LVA R E Z.
A Henri, que vous aimez, lui.
MATHILDE
Quand cela serait ?
ALVAREZ, arec eolèro.
Madame 1
MATHILDB.
Monsieur! Puis-je empêcher quMl ne soit boR autant qae vous êtes cruel, noble autant que vous êtes injuste, dévoué autant que vous êtes ingrat? Puis-je m'empécher de vous comparer Fun à l'autre, de me repentir et de le trouver en tout supérieur à vous, et surtout à moi?
ALVAREZ
Trop tard. Il fallait faire ces comparaisons il y a sept ans.
IIATHILDE.
Hélas ! que n'ai-je pu les faire !
ALVAREZ
Aujourd'hui je vous aime ; vous êtes à moi ; vous m'avez dit que vous m'aimiez : mensonge ou vérité, je m'en tiens là. Je ne puis plus vivre sans vous, je ne veux pas vous perdre, et je ne vous perdrai pas, je vous en préviens.
Que ferez-vous donc ?
ALVAREZ
Ahl vous croyez que j'aurai mis toute ma vie dans un seul amour, que, pendant sept ans, j'aunai subi toutes les tortures, toutes les humiliations de la jalousie, que j'aurai vju tendu mon enfant, — oui, mon enfant, — appeler un autre que moi son père? Vous croyez que j'aurai supporté tout cela par amour pour vous et pour Jeanne, et qu^un beau