‹ Le Supplice d'une FemmeChapitre 29 sur 50 · ACTE PREMIEK · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEK

jour il vous suffira de me dire : je parsl et que je vous laisserai partir? Vous vous trompez. Si vous ne trouvez pas le moyen de rester, je vous le ferai trouver, moir

MATUILDE.

Quel sera-t-il?

ALVAREZ

J*emmènerai Jeanne.

MATUILDË.

Vous êtes fou,

ALVAREZ

Non pas. La loi ne sera pas pour moi, mais j'aurai pour moi le scandale, votre déshonneur... Votre mari vous chassera, vous et votre enfant, et il faudra bien alors que vous soyez toutes les deux à moi et à moi seul, car il ne vous restera plus que moi.

MATHILDE

Mais il n'y a pas de haine qui ne soit préférable à un pareil amour... Deux adversaires prêts à s'égorger ne se tiendraient pas un autre langage.

ALVAREZ

Ah! je ne suis pas un Genevois... comme Henri, moi. Je n'ai pas appris la vie dans V Emile et le Vicaire savoyard ; je n'ai pas pétri mon âme avec la neige d«s glaciers ; je suis né en pleine Espagne, sous un ciel de feu, et c'est le soleil avec toutes ses ardeurs qui brûle le sang de mes veines. J'aime avec tout mon être , je m^ donne tout entier, mais je veux qu'cm soit tout à moi. Que m'importe votre mari? je le hais!

MATHILDE

L'homme qui vous appelle son ami?

ALVAREZ

Tant pis pour lai s'il est aveugle 1

MATHILDE

Vous serrez sa main, vous êtes venu à son secours, vous avez sauvé sa fortune et sa vie.

7î LE SUPPLICE D'UNE FEMME.

ALVAREZ

Pour vous que j^aimais et doat je voulais me faire aimer.

MATHILDE

Dites-moi alors que je me suis vendue I

ALVAREZ

Je vous aimais, je vous adorais. Je ne sais pas par quel moyen j*ai pu vous convaincre. Tous les moyens sont bons à celui qui aime. Si j^ai supporté jusqu^à présent celte vie double, c*est que j*ai cru que vous m'aimiez, et que vous subissiez comme moi un esclavage social. Mais, du moment que vous aimez cet homqie, il n^est plus que mon ennemi, .mon rival, et je le tuerai s'il le faut

MATHILDE

Le crime après la honte, il ne manquait plus que cela. Écoutez... Si vous commettiez une pareille infamie, je m'estimerais tellement au-dessus de vous, si déshonorée que je fusse, que non-seulement je ne vous appartiendrais pas, mais que vous ne me verriez plus. Respectez, protégez même les jours de mon mari I Car, veuve par vous, veuve encore malgré vous-même, j'entrerais dans un couvent avec ma fille, — qui est ma fille au moins Qt que l'on ne peut pas me disputer. — Elle ne serait plus qu'à moi seule, et ce serait à moi de la garantir contre vos fureui's. Cette innocente enfant dont vous avez fait votre espion, que vous questionnez à chaque minute, et qui vous fournit, la pauvre petite, sans le savoir, les prétextes pour- torturer sa mère, vous me forcez à rougir devant elle, à la craindre, à redouter sa présence, à la chasser, car je ne puis la voir sans me rappeler combien je suis coupable. Vous parlez de vos tortures!... En est-il de comparables aux miennes? Quelle existence m'avez-vous faite I et combien de fois n'ai-je pas songé à mourir pour y échapper à tout jamais I Depuis sept ans, pas un jour sans une scène comme celle-ci. Vous me désho* uorez dans mon époux, dans mon enfant, dans mes souvenirs, dans mon sommeil. A lui par devoir, — à vous par

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