Â.CTE DEUXIÈME
MADAMk LARCEY.
Il le faut bien... Ahl que vous êtes heureuse, vous, ma chère, d'abord d'avoir votre mari ! car on rit de ces choseslà, mais on ne sait pas combien ça manque, un mari. Tant qu'on a le sien, on se figure qu'on pourrait s'en passer, et quand on ne l'a plus, on ne sait comment s'y prendre. Et puis, quel pavillon, ma chère! comme tous les autres bâtiments vous saluent!... quel respect, et comme on entre carrément dans tous les ports étrangers! Du reste, yous, vous, avez une perle enchâssée dans des millions... Votre mari vous donne ce que vous voulez, il vous aime pour vous, il vous laisse libre et maîtresse de toutes vos actions ; il n'a pas plus Tair de se soucier de l'opinion du monde que si elle n'existait pas...
MATHILDE
Bt pourquoi 8*en soucierait-il? Il n^ rien à en redouter.
MADAME LARGET.
Personnellement... rien!
MATHILDE
Achevez donc.
MADAME LARGET.
Mon Dieu! ma chère, est-ce que tout le monde ne jase pas sur toutes les femmes, celles qui sont .élégantes et celles qui ne le sont pas? celles qui sont jeunes et celles qui ne le sont plus ? Il n'y a que les laides qui voudraient bien qu'on parlât d'elles, mais personne ne leur en fait la charité.
MATHILDE
Cela veut dire qu'on parle de moi. Et que dit le monde?
MADAME LARGEY.
Rien de positif.
MATHILDE
Cependant...
MADAME LARGET.
Voyons, Mathilde. Il y a quelqu'un, n'est-îl pas vrai, qui ne vous quitte pas plus que votre ombre? Vous n'entrez pas
à rOpéra ou aux Italiens quUl ne vous accompagne. Si vous allez à quelque petit théâtre, dans le fond de votre loge et par-dessus votre épaule, qui est-on sûr d'apercevoir? M. Ai* varez...
XATHILDB.
IL Alvares...
MADAMB LARGBT.
Chère amie, si vous vous troublez, je m'arrête.
MATHILDE
Je ne me trouble pas.
MADAME LARGET.
Non... mais défiez-vous de ces mouvement qu*on peut prendre pour de Témotion.
MATHILDE
Je ne suis pas émue, je ne suis quMntriguée.
MADAME LARCET.
A la bonne heure... Franchement, puisque le mot est dit, M. Alvarez est trop souvent avec vous.
MATHILDE
C'est Tassocié de mon mari.
MADAME LARGET.
Précisément.
Léonie!...
MATHILDE
MADAME LARCET.
Ce n^est pas moi qui parle; je répète, voilà tout. Eh bien! M. Alvarez, ce n'est pas sa faute, évidemment; niais il est trop brun, il fait dans la maison une tache noire qui tire rœil. Tranchons le mot, il est compromettant. On le voit trop et trop souvent avec vous. Croyez-moi, ma chère Mathilde, espacez-le... Vous voyez, au ton dont je vous parle de lui, que je n'ajoute aucune foi aux propos du monde.
MATHILDE
Et vous faites bien.