Tallemant, ibid
2. Scudéry^ dans son Catalogue, Paris, Courbé, 1646, cite plusieurs peintures, pages 87, 90, qS et 119, qui devaient se trouver chez M"** de Rambouillet. Le marquis avait rapporté de Rome un tableau d'Annibal Carrache, le Martyre de saint Etienne, qui fut ensuite donné au Roi par le duc de Montausier. (Au Louvre, n' 145.)
3. M"* de Scudéry, Artamène ou le grand Cyrus. Paris, chez Augustin Courbé, VU, 487-494.
4. Mém. du cardinal de Richelieu sur les travaux à exécuter à son château. Revue universelle, H, 120.
ébénistes de la cour, Pierre Gole, Domenico Cucci et Macé de Blois, fabriquent ces magnifiques armoires en ébène, à tiroirs et gradin intérieurs, où les femmes installent en bel ordre les miniatures et les bijoux a montés en or à ravir », les émaux et les ivoires, les coquilles et les cristaux de roche, les laques et les porcelaines, toutes les raretés que Ton trouve à la foire Saint-Germain, à la foire Saint-Laurent, au grand magasin de l'Arche de Noé^
La réforme imaginée par la marquise exerça même son influence sur la peinture. Du moment que Ton remplaçait, dans Tintimité, les anciennes tapisseries par des tentures de soie destinées à recevoir des tableaux, Tartiste devait nécessairement augmenter le nombre et diminuer le format de ses compositions, pour les mettre à Téchelle des nouveaux appartements. Le Poussin lui-même fut obligé de sacrifier à la mode : (( On lui envoyoit de divers endroits, dit Felibien, et particulièrement de Paris, des mesures pour avoir des tableaux de cabinet, d'une grandeur médiocre ; ce qui luy donna occasion de renfermer son pinceau dans des bornes un peu étroites 2. » Ainsi le peintre jette dans la circulation un plus grand nombre d'objets d'art mobiles, relativement moins dispendieux, faciles à placer, à déménager, pouvant se vendre, s'échanger, passer de main en main; il fait les affaires de la curiosité.
Mazarin reprit à son tour, sous une forme nouvelle, l'œuvre de ses deux devancières. Marie de Médicis avait fait de la curiosité officielle, M'"® de Rambouillet de la curiosité intime, le cardinal fit de la curiosité politique. On connaît sa collection fameuse, un des recueils les plus magnifiques et les plus intelligents que la France ait jamais possédés : 676 tableaux et 241 portraits des maîtres les plus renommés, 35o antiques, 411 tapisseries, 5o,ooo volumes et 400 manuscrits, 21 cabinets d'ébène, *
1. Bien que les porcelaines de ]a Chine aient paru dans les cabinets d'amateurs dès le xvi* siècle (voir les Collectionneurs de Vancienne France), la mode de ces curiosités ne date réellement que du XVII" siècle. Ch. Patin, dans son Introduction à l'histoire des médailles, parle des cimelia murrhinorum Sinensium ac Japonensium, L'Arche de Noé, dans Tîle du Palais, était le magasin principal « où Ton vend toutes les curiosités naturelles ou artificielles des Indes ou de l'Europe. » (Évelyn, p. 23 1.) Sur les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, voir Sauvai, I, 664-65. La ville de Dieppe avait aussi la spécialité de vendre « tout ce que les Indes orientales peuvent fournir de cabinets, de porcelaines et d'autres choses rares et précieuses. » (Évelyn, p. 25i.) Pierre Borel cite encore à Amsterdam « le magasin des Indes ».
2. F'elibien (II, 324). Voir aussi le Journal du Bernin, Galette des Beaux-Arts, XXII, 2* pér., gS.