CUSSON ET DEVISE DE NICOLAS FOUCQUET
DcsiÎP de U drup. (Colleclion d« M. MF. Rcurdiley.)
d'ivoire et de mosaïques, des miroirs d'argent, des lustres et des girandoles de cristal de roche, des coupes, des aiguières de matières précieuses, une vaisselle et une orfèvrerie incomparables. « Ces propretés de cabinets et de cristaux, disait un jour Chantelou au Bernin*, se sont introduites sous la Régence qui étoit un gouvernement de femmes, et M. le cardinal Mazarin les a cultivées pour entretenir et divertir le Roi. » Laissons dire Chantelou, il avait servi la Fronde et gardait rancune à Mazarin. Divertir le Roi ! le cardinal n'y pensait guère : en prenant à l'Italie ses chefs-d'œuvre, à Florence ses mosaïques et ses matières précieuses, à la Flandre et à l'Angleterre leurs tapisseries, à Venise ses miroirs et ses dentelles, à l'Orient ses tapis et ses damasquinures, à la Chine ses soieries, ses laques et ses porcelaines, Mazarin voulait faire de son palais, suivant le mot de Laborde *, « une sorte d'exposition générale des produits de l'industrie », fournir des modèles à nos artistes et populariser le goût des collections. Malgré les critiques, les pamphlets et les chansons, il eut la gloire de réussir.
Ainsi se consolidait de jour en jour la curiosité française. Encouragée par le ministre, patronnée par la mode, luxe nécessaire pour les uns, étude attrayante pour les autres, elle faisait son chemin par le monde, brillante, active et remuante. Déjà le curieux a un sobriquet, on l'appelle un grippé; on le chansonne, on danse à la cour le ballet des grippe^ à la mode^. Un recueil inédit du temps* met en scène tous les grippés du jour et chacun défile, débitant des couplets de circonstance. Voici les quatrains du grippé des médailles; à coup sûr Corneille n'a point passé par là, mais les chansonniers n'y regardent pas de si près :
Dedans mes médailles de cuivre
Je lys les belles actions
Des héros, et je fais revivre
Les Césars et les Scipions.
Pour les morts seuls j'ai ceste envie
De priser les antiquités ;
Mais pour celles qui sont en vie,
J'adore les jeunes beautés.