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Le surnaturel dans le théâtre de Shakespeare

L-égitêmité du surnaturel dans le drame ; idée qu'on s'en faisait au temps de Shakespeare; usage qu'il a fait de cet élément; groupement des sujets.

^ Le rôle du surnaturel dans le drame est aussi ancien que le drame lui-même; il le suit dans

V tout son développement dès ses origines jusqu'à nos jours.

Bien que la Poétique d'Aristote considère le merveilleux comme contraire à la tragédie et lui

assigne un rôle dans un genre à part dont la scène est aux enfers, nous voyons cependant qu'Eschyle et Aristophane ne se faisaient aucun scrupule de mettre en scène des dieux, des demi-dieux et même des morts, et qu'Euripide aimait à amener le dénouement du drame au moyen d'apparitions de l'au-delà ; la colère des dieux, la fatalité et la Némésis, les oracles et les imprécations étaient, pour ainsi dire, les éléments indispensables du drame grec. Les Romains suivirent dans ce domaine les traces des Grecs et faisaient sur leur scène un usage journalier du deiis ex machina. Parmi les éléments surnaturels propres à ralentir ou à précipiter l'action, Sénèque donnait volontiers, entre autres, un rôle aux âmes des trépassés. Dans le drame du moyen âge, Teffet artistique à produire passa à Farrière-plan pour laisser le premier au point de vue religieux et moral ; cependant les mystères, les miracles et les moralités ayant un caractère tout symbolique et allégorique où prédominait le merveilleux, c'est moins des hommes véritables en chair et os que Ton mettait en scène que des types représentatifs de la vertu et du vice, ou même bien souvent des personnages de l'autre monde. Le diable même avait

sa place marquée dans les pièces bouffonnes, et, comme il y était ordinairement tourmenté et hué, de là est venue l'expression de « pauvre diable ». Ces pièces naïves et essentiellement populaires commencèrent à perdre de leur grossièreté à la Renaissance, surtout à la cour des princes, et devinrent les « farces » et autres divertissements masqués allégoriques destinés à fêter une personne ou un événement. En même temps, le réveil et rimitationde Tart gréco-latin qui eut lieu d'abord en Italie, introduisait sur la scène des éléments du théâtre classique et le drame de collège commença à fleurir. Shakespeare et les dramaturges contemporains débutèrent sur la scène anglaise au moment de la lutte entre la tendance classique représentée surtout par des imitations du théâtre romain et la tendance romantique populaire qui se constituait sur des motifs nationaux et se dégageait peu à peu du drame médiéval rudimentaire, lutte sur les circonstances de laquelle nous aurons à revenir K Cependant il nous faut déjà constater ici que le drame populaire roman-

1. A. Mézières, Shakespeare f ses œuvres et ses critiques. Pans, 1886, p. 44 et 47. — John Addington Symonds : Shakespeare's Predecessors in the english Drama. London, 1884, p. 37-39.

tique ne pouvait pas plus se passer du surnaturel que le drame classique, et que cet élément devenu d^un usage plus restreint^ a conservé son rôle et sa place sur la scène moderne, malgré les transformations que le drame a subies dans le courant du XIX* siècle. Nous verrons plus loin la part que Shakespeare y a eue par Thabileté avec laquelle il s'est servi de cet élément ; bornons-nous ici à citer quelques données à l'appui de ce fait.

Le rôle du merveilleux et surtout de la féerie s'est le mieux conservé dans le drame populaire et les pièces bouffonnes mises en musique. Mais on le retrouve encore dans les genres les plus sérieux où la musique n^entre point, et nul n'ignore que cet élément a été mis en œuvre par Gœthe dans son Faitst^ Schiller dans sa Vierge d'Orléans^ Byron dans son Cain^ Immermann dans plusieurs de ses pièces ; le poète hongrois, Vôrôsmarty y a eu recours non seulement dans ses allégories de circonstance, mais il a tenté dans ses tragédies d'amener le dénouement par des apparitions de spectres *. Si nous ne nous trompons, Grillparzer est le dernier auteur qui, dans ses nombreuses

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