Ibid., acte IV, scène
lourd sur le destin des héros de Shakespeare que dans Macbeth, dont le sujet est tiré de la chronique écossaise de Holinshed et, quoique Macbeth soit peint dans le drame sous des couleurs plus noires que dans la chronique, c'est bien dans la chronique que les prophéties ont leur fondement. On sait que les magiciennes saluent dans l'acte P' comme than de Gawdor et futur roi, le than de Glamis qui revient victorieux de la bataille. L'accomplissement rapide de la première prédiction éveille l'ambition qui sommeillait au fond de Tâme de Macbeth, et sa méchante femme le pousse tellement à l'action que le héros devient meurtrier, assassine traîtreusement le bon roi Duncan, son hôte, et se fait élire roi. Mais les sorcières ont aussi fait une prédiction à Banquo,le compagnon d'armes de Macbeth: elles lui ont prédit que ses fils seraient un jour rois ; c'est pourquoi l'œuvre de crime doit être continuée : Banquo périra aussi, mais son fils Fieance échappe à la mort. Le roi qui commet toujours plus de cruautés pour sa défense, va enfin trouver les magiciennes qui Tentraînent à sa perte par des prédictions trompeuses : elles lui disent qu'il ne périra que quand la forêt de Birnam se mettra
en marche pour Dunsinan, et qu'il ne périra que de la main d'un mortel qui n'est pas né de femme. Par suite d'un caprice du sort ces deux choses, qui paraissent impossibles, s'accomplissent, et le tyran ayant perdu la bataille, tombe sous le bras vengeur de Macduff.
Shakespeare qui — comme nous le verrons plus loin — connaissait à fond les traditions et la littérature de son époque se rapportant à la démonologie, conduit dans la scène des sorcières le spectateur dans une sombre caverne au milieu de laquelle fume une chaudière; les trois sorcières dansent autour et jettent dedans divers ingrédients nécessaires au charme qu'elles veulent opérer: un crapaud, des tronçons de serpent, un œil de lézard, de la cervelle de corbeau, une gueule de chien, du jus de ciguë, puis de la momie desséchée, un crâne de huppe, une bouche de Turc blasphémateur, un foie de juif, etc.
« Un doigt d'enfant de fille de joie, Etranglé en naissant et enfoui par sa mère, Épaissiront le mélange en gelée solide.
Ajoutons encore des entrailles de tigre, Tous ingrédients nécessaires à ce charme. »
En ce moment paraît Hécate. Cette figure énigmatique de la mythologie grecque, fille du Tartare et de la Nuit, qu'on a souvent identifiée avec Séléné ou la Lune, était la déesse de la nuit et de toutes les forces occultes de la nature ; c'est pourquoi on la regardait déjà dans l'antiquité comme la protectrice des arts magiques et de la sorcellerie. C'est en cette qualité qu'elle continua à être honorée en secret durant tout le moyen âge et même plus tard, sa figure s'étant fondue alors avec celle de quelques personnages similaires des mythologies du Nord \ Elle figure à deux reprises dans le Macbeth de Shakespeare : d'abord sur la bruyère où elle rencontre les sorcières et leur reproche d'avoir osé lier à son insu un commerce d'oracies et de maléfices avec Macbeth, un ingrat qui ne les caresse que pour ses intérêts et ses vues particulières, c'est pourquoi elle leur ordonne de revenir la trouver à la source d'Achéron pour y réparer leur faute : là elles prépareront leurs vases et leurs charmes et tout l'appareil de leur art en vue de la visite de Macbeth qui viendra les interroger sur sa destinée ^