‹ Le syllabus base de l'union catholiqueChapitre 18 sur 35 · V2 LE SYLLA.BUS · texte numérisé non relu

V2 LE SYLLA.BUS

réservait le droit de parler et d'écrire, et disait que. malgré les fers qu'il portait, il ne cessait pas d'annoncer librement l'Évangile : Sed verbum Dei non est aUigatum (II ad Tim. n. 9*.

Encore un peu, et nos Gésariens enverraient le souspréfet ou le garde champêtre s'asseoir dans un confessionnal pour recevoir les aveux des pénitents. Je m'étonne qu'ils n'en viennent pas là, puisqu'ils s'arrogent le droit de juger des dispositions nécessaires à la réception des sacrements. Se peut-il rien de plus odieux et de plus ridicule ?

2° L'Église doit jouir d'une indépendance pleine et entière dans l'enseignement de' ses séminaires. — Où serat-elle libre, si elle ne l'est pas dans les séminaires, placés sous la surveillance immédiate des évoques? Comment luipermettra-t-on d'enseigner les fidèles, si l'on essaie de lui forcer la main dans l'enseignement théologique qu'elle donne à ses propres ministres?

En pleine Chambre française, nous avons entendu les députés de la gauche, pris d'un beau zèle pour le gallicanisme, demander au gouvernement si les quatre articles de 1682 et lient enseignés dans les séminaires, et s'il ne <e proposait pas de prendre des mesures pour y contraindre les professeurs. Le gouvernement républicain de 187G, rendons-lui cette justice, s'est refusé à suivre les théologiens de la gauche dans la voie périlleuse, où ils voulaient l'entraîner ; par l'organe de M. Dufaure, alors chef du cabinet, ministre de la justice et des cultes, il a fait entendre qu'il n'ouvrirait pas la persécution, et n'imposerait pas au clergé français un enseignement schismatique. Battus pour cette fois, les radicaux prendront leur revanche en supprimant les séminaires, à l'exemple de leurs bons amis les Prussiens.

3° L'Église ne peut se desintéresser ni de l'enseignement secondaire, ni de l'enseignement supérieur. — Qu'on ne dise pas qu'un système d'instruction ou d'éducation purement scientifique et naturel ne blesse pas la conscience des catholiques. Ce système, s'il était possible, serait calamiteux; mais en réalité il n'est pas pratique.

Une éducation faite au seul point de vue naturel, une instruction purement scientifique, séparée de tout enseignement religieux, serait un malheur, et pour les jeunes gens qu'elle détournerait de leur fin surnaturelle, et pour le pays auquel elle ne fournirait que des citoyens égoïstes et matérialisés. Ce serait la ruine de tous les grands sentiments d'honneur, de générosité, de courage, de patriotisme.

Mais, de plus, ce système a l'inconvénient d'être impraticable : La religion s'impose ; aimée ou haïe, elle a sa place nécessaire dans la vie humaine ; pas une branche des connaissances humaines, d'où vous puissiez la chasser. Toute science, étudiée quelque peu sérieusement, se trouvera en face de la religion; et elle devra ou l'écouter ou la combattre. Nommez une école secondaire ou supérieure, dans laquelle on ne parle jamais religion ! Concevez-vous, par exemple, un cours de philosophie en dehors de toute idée religieuse? Enseignerez-vous la médecine sans vous prononcer pour ou contre l'existence de l'âme? Professerez-vous le droit sans invoquer les principes de la conscience? Étudierez-vous la géologie, l'astronomie, la cosmogonie, sans tenir compte, ne fûtce que pour les contredire, des données scientifiques de la Genèse? Approfondirez-vous l'histoire sans aborder les questions religieuses, sans louer ou blâmer l'Eglise catholique qui remplit les siècles de son' nom et de ses œuvres ?

A un autre pointde vue, si la justiceetlareconnaissance comptent encore pour quelque chose sur la terre, trouverez-vous des motifs avouables d'exclure l'Eglise de l'enseignement des lettres, des sciences, du droit, de la médecine ? Elle a fait ses preuves, Dieu merci ! C'est elle qui a fondé toutes ces universités autrefois si célèbres en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne. C'est elle qui a élevé toutes les générations du passé ; ne privez pas de son dévouement les générations du présent et de l'avenir ; laissez-lui sa part d'influence sur les classes dirigeantes, ce n'est pas dans ses écoles que les jeunes gens apprendront à dissiper leur patrimoine, à ruiner leur santé, à déshonorer leurs familles, et à bouleverser la société.

4° L'Église ne peut permettre que l'enseignement religieux soit banni des écoles populaires. — Les écoles populaires ont d'autant plus d'importance, que presque tous les citoyens d'une nation y passent et y reçoivent les principes qui dirigeront leur vie. Or la base de cet enseignement populaire, si l'on ne veut pas que l'instruction soit plus nuisible qu'utile, doit être l'enseignement religieux ; la religion doit y occuper une place tellement dominante, que les autres connaissances paraissent accessoires. Il faut que le peuple apprenne, dans ces écoles, à travailler, à obéir, à se contenter de ce que Dieu lui donne, à respecter la propriété d'autrui, à voir sans jalousie les richesses et le luxe des classes plus fortunées ; à vivre moralement, honnêtement, c'est-à-dire, chrétiennement. Mettez-lui entre les mains le catéchisme, comme le meilleur code et le meilleur manuel des droitsde l'homme. C'est la religion qui rend le peuple heureux, qui le soutient et le console dans ses rudes travaux; c'est elle, en même temps, qui assure les pro-

priétés et la vie des citoyens. Si vous formez un peuple sans religion, sans espérance pour la vie future, naturellement il réclamera sa part des jouissances de la vie présente, et, dans un jour d'émeute, vous le retrouverez dans les rues ou sur les barricades.

L'Eglise a l'intelligence de cette situation. Elle connaît les besoins du peuple, et les moyens de les satisfaire dans la mesure du possible. C'est elle qui a fondé et multiplié, non-seulement les universités pour les jeunes gens des classes élevées, mais aussi les écoles primaires pour les enfants du peuple ; elle a mis dans ces fondations tout son zèle et tout son cœur, elle ne s'en laissera pas expulser : ce serait déserter les grands intérêts de l'humanité et sacrifier les âmes de ses enfants.

Et s'il arrivait, comme le pape Pie IX le dit à l'archevêque de Fribourg-en-Brisgau, s'il arrivait, que certains pays fondassent des écoles totalement soustraites à la direction et à l'influence ecclésiastique, et dans lesquelles la jeunesse serait exposée à perdre la foi, le devoir de l'Eglise est tout tracé : Non-seulement elle n'épargnerait rien pour procurer à cette malheureuse jeunesse l'éducation chrétienne nécessaire, mais elle déclarerait à tous- les fidèles qu'ils ne peuvent en conscience fréquenter ou soutenir ces écoles ennemies de l'Eglise catholique.

Que de gens parmi nous ont des idées peu exactes sur ces importantes questions ! La responsabilité retombe sur les gouvernements qui, sans aucun droit, ont accaparé le monopole de l'enseignement. Dans les discussions parlementaires qui ont eu lieu en 1874 et 1875, au sujetde laliberté de l'enseignement supérieur', les ennemis de la liberté, faute de meilleur argument, n'ont cessé

d'invoquer le droit de l'État. Or, ils savent comme nous que ce droit de l'État est une pure fiction. L'enseignement n'est pas une attribution de l'État. Ici le droit de l'État, ou plutôt le devoir des chefs du gouvernement, c'est de sauvegarder les droits qui sont en cause, savoir : le droit de l'Église qui est divin, le droit des parents qui est naturel, le droit des contribuables qui est civil et politique.

Il y a un droit divin, celui de l'Eglise. L'Église a reçu de Dieu le droit d'enseigner toutes les nations, et de leur apprendre toute vérité, toutes les choses qu elles doivent observer, comme parle l'Évangile. Ce droit de l'Église, tout gouvernement catholique doit le reconnaître et le respecter.

Ce droit est entier, universel, sans restriction; car l'Église doit préserver ses enfants de toute erreur religieuse ou morale, et des erreurs de ce genre peuvent se mêler à tout enseignement. L'Église a donc le droit de surveiller tout enseignement. Elle est de droit divin juge des doctrines, gardienne de la morale et dépositaire de la science.

Un autre droit, qui est naturel, doit entrer ici en ligne de compte, c'est celui des familles. L'enseignement de l'enfance et de la jeunesse est une charge de la paternité et de la maternité; les instituteurs, autres que les parents, ne sont que les suppléants des parents. Nous ne supposons pas qu'on veuille nous ramènera ces beaux temps de l'ancienne Sparte, où le nouveau-né, propriété de l'État, était enlevé à ses parents, examiné par des magistrats qui décidaient s'il devait vivre ou mourir, puis, dans le cas où sa constitution promettait un citoyen valide, confié à des maîtres qui lui apprenaient, avec le métier des armes, l'oubli de tout sentiment naturel. La France ne retombera pas dans cette barbarie, elle est trop imbue

des principes du christianisme. La famille reste chez nous la première école ; et si les parents ne peuvent euxmêmes compléter l'éducation et l'instruction de leurs enfants, c'est pour eux un devoir de conscience et de religion de choisir scrupuleusement les maîtres qu'ils substitueront eh leur lieu et place.

De là, pour le gouvernement français, une nouvelle obligation de favoriser les écoles catholiques, pour ne pas tromper les désirs et les espérances des familles ; car la France est presque exclusivement catholique. Jamais on ne croirait que les dissidents sont en si petit nombre, si l'on n'avait sous les yeux les chiffres officiels. (1) Le recensement de 1872 donne :

Catholiques 35,387,703.

Protestants, toutes sectes réunies . . 580,757.

Israélites 49,439.

Autres cultes non chrétiens. . . . 5,071.

Individus qui ont déclaré ne suivre aucun culte, ou dont le culte n'a pu

être constaté 81,951.

Donc, en tout, pas un million de Français, qui ne réclament dans un recensement leur titre de catho liques.

Aussi invoquons-nous, pour l'enseignement catholique, un troisième droit, qui vient de la perception des impôts, et se base sur la justice distributive. Comme plus de trente-cinq millions de Français sont catholiques, et qu'à peine sept cent mille ne le sont pas, il est clair que presque tous les contribuables français sont catholiques. Si donc, ce qui n'est pas douteux, les ressources du budget doivent être employées conformément, aux vœux et

(1) Ces chiffres officiels sont rappelés par ['Univers du 15 avril 1876.

aux intérêts des contribuables, il est clair que le budget de l'instruction publique devrait être consacré presque exclusivement aux écoles catholiques. Que ces écoles soient tenues par des maîtres laïques ou congréganistes, là n'est pas la question; elles doivent être catholiques, parce que les fonds dont l'Etat dispose viennent des catholiques ; et l'État ne peut sans injustice, avec notre argent, salarier des professeurs impies, fonder des écoles anticatholiques, accorder des bourses à des établissements qui n'offrent pas aux catholiques des garanties suffisantes.

Que les pères de famille y prennent garde ! Ils ont des droits, que les gouvernants ont le devoir de respecter ; ce n'est pas pour procurer la ruine religieuse, morale et intellectuelle de leurs enfants, qu'ils versent leur argent dans les caisses de l'État.

Arrivons aux erreurs qui s'attaquent directement à la dignité épiscopale. Elles sont formulées dans ces trois propositions du Syllabus (I) :

Civilis auctoritas potest impedire quominus sacrorum Antistites et fidèles populi cum Romano Pontifice libère ac mutuo commuaicent.

L'autorité civile peut empêcher que les Évoques et les peuples fidèles communiquent librement entre eux et avec le Pontife Romain.

Laica auctoritas habet per se jus praesentandi episcopos, et potest ab illis exigere ut ineant dicecesium procurationem antequam ipsi canonicam a S.

Sede institutionem et apostolicas litteras accipiant.

L'autorité laïque a d'elle-même le droit de présenter les évèques, et peut exiger d'eux qu'ils prennent l'administration des diocèses avant d'avoir reçu du Saint-Siège l'institution canonique et les lettres apostoliques.

(1) Réprouvées par les Actes Pontificaux suivants : Lettre Apostolique Multipliées inter,da 10 juin 1851 ; —Allocution Acerbtssimum, du '27 septembre 1852 ; — Allocution Nunquam fore, du 15 décembre 1856; — Allocution Maxima quidem, du 9 juin 1862.

LI Lî

Immo laicumGubernium H y a plus : le Gouvernement

habet jus deponendi ab laïque a le droit de déposer les

exercitio pastoralis minis- évèques de l'exercice du ministère

terii episcopos, neque tene- pastoral, et il ne doit obéissance

tur obedire Romano Pon- au Pontife Romain ni pour l'érec-

tifici in iis quae episcopa- tion des évêchés ni pour l'institu-

tuum et episcoporum res- tion des évèques. piciunt institutionem.

Autantd'assertions schismatiques, odieuses, oppressives de l'Église et des consciences. Voici sommairement la vraie doctrine sur la juridiction épiscopale :

l°Le droit d'ériger les diocèses etd'instituerles évèques appartient exclusivement à la puissance ecclésiastique.

Conséquence logique de la constitution de l'Eglise, de

son indépendance et de sa souveraineté au spirituel. Faut-il le répéter une fois de plus ? L 'Église est une société parfaite, qui s'administre et choisit ses chefs, sans que le pouvoir civil ait rien à y voir. La juridiction épiscopale vient de Jésus-Christ, et non des pouvoirs terrestres ; Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. La mission de Jésus-Christ venait-elle d'Hérode ou de Tibère?

Sur l'ordre du Sauveur, les Apôtres, sans nul égard au consentement ou à l'opposition des magistrats, créèrent des évêchés et des évèques dans les pays et dans les villes où ils le jugèrent convenable. Saint Paul fait son disciple Timothée évêque d'Éphèse, son disciple Tite évêque de Crète, son disciple Denys l'Aréopagite évêque d'Athènes. Saint Jean confie à son disciple Polycarpe l'église de Smyrne, et ainsi font tous les Apôtres, en vertu de l'autorité qu'ils ont reçue de Jésus-Christ.

L'autorité séculière, agissant en dehors de l'autorité ecclésiastique, ne peut ni ériger des diocèses, ni

nommer des évêques, ni les instituer, ni donner à des évêques déjà consacrés un territoire quelconque ou un pouvoir quelconque, ni étendre ou restreindre et encore moins supprimer la juridiction des vrais évêques en communion avec l'Église. La raison de toutes ces infirmités radicales du pouvoir civil, c'est que les actes susnommés sont des actes de juridiction ecclésiastique ; or le pouvoir civil, réduit à ses forces, ne jouit d'aucune juridiction dans l'Eglise de Dieu. Un prince séculier ne peut pas plus faire un évêché ou un évêque, qu'il ne pourrait validement dire la sainte messe ou absoudre les chrétiens de leurs péchés.

2° Dans l'Église, c'est au pape seul, en sa qualité de pasteur suprême, qu'appartient ce droit divin d'instituer les évêques. — Le sens de la proposition est celui-ci : Tout évêque, qui tient sa mission du pape, jouit d'une vraie juridiction dans le diocèse qui lui est assigné; au contraire, un évêque qui ne serait pas envoyé par le pape, immédiatement ou médiatement, serait dépourvu de toute juridiction.

Nous disons, immédiatement ou médiatement, pour prévenir l'objection tirée de l'histoire. Pendant plusieurs siècles, tous les évêques ne furent pas établis et confirmés immédiatement par le Pontife de Rome; cela eût .pris trop de temps et occasionné trop de difficultés matérielles. D'après la discipline longtemps en vigueur, le métropolitain confirmait les évêques de la province, et le primat ou le patriarche confirmait les métropolitains. Mais le métropolitain et le patriarche, auto; ités intermédiaires, restaient soumis à l'autorité souveraine de l'évoque de Rome; et s'ils n'avaient pas suivi les règles canoniques, leur conduite et leurs jugements étaient examinés en cour de Rome. Ils exerçaient donc, par dé-

légation du pape et sous son contrôle, une partie de son autorité qu'il leur accordait pour le bien de l'Église, mais qu'il se réservait de leur retirer au besoin. Et ainsi la main toute-puissante du pape était toujours levée, sur les pasteurs comme sur les brebis, bénissant ces pasteurs et les affermissant sur leurs sièges, ou au contraire les frappant et les expulsant s'ils n'étaient pas entrés parla porte.

3° De fait, d'après la discipline actuelle, quelque soit le mode dénomination, le pape se réserve l'institution immédiate de tous les évêques du monde. — Les communications, devenues plus faciles et plus rapides, permettent au Souverain Pontife d'user en ce point de sa divine prérogative.

Nous disons, quel que soit le mode de nomination, ou d'élection ; car il ne faut pas confondre l'élection, ou nomination, ou présentation du sujet, avec l'institution canonique. Souvent le pape accorde aux villes, ou au clergé, ou aux évêques de la province, ou au gouvernement civil le droit de désigner, ou, si l'on veut, de nommer les évêques, c'est-à-dire de présenter au Siège Apostolique des hommes jugés dignes de l'épiscopat. Ainsi, conformément au ^Concordat de 1801, le gouvernement français a le droit de nommer, c'est-à-dire, de présenter les évêques ; et quand ses choix sont bons, le Saint-Siège, toujours ami de la paix et scrupuleux observateur des conventions, ne manque pas de les ratifier, en donnant l'institution canonique aux élus du gouvernement. Mais, qu'on ne s'y trompe pas, ce qui fait l'évêque, ce n'est pas la nomination par le gouvernement, c'est l'institution canonique, c'est-à-dire la confirmation par le pape. Tant qu'un ecclésiastique n'est nommé que par le gouvernement, il ne peutexercer aucune juridiction clans son futur

diocèse, il n'est pas encore évêque ; et si sa nomination n'était pas agréée à Rome (le cas s'est présenté une ou deux fois dans les dernières années de l'Empire), cet ecclésiastique, malgré le bon vouloir du gouvernement, n'aurait pas le droit de ceindre la mitre et de porter la crosse.

Le troupeau tout entier est confié à Pierre, pasteur suprême; c'est à lui de le paître, et de le faire paître par les pasteurs de son choix ; et tous les pasteurs demeurent sous la houlette du pasteur suprême. C'est donc, de la part des gouvernements hostiles, une tentative schismatique et injuste, d'empêcher ou de gêner les communications entre le pape et les évoques, entre le pape et les fidèles. C'est encore une tentative injuste, schismatique et de nul effet, de vouloir imposer aux populations des évêques que le Pontife Romain rejette; le pouvoir laïque peut bien, par la force, ouvrir le bercail aux loups, mais y introduire de vrais pasteurs, jamais. Voyez ces deux ou trois évêques vieux-catholiques, maintenus par un pouvoir persécuteur au milieu de populations indignées et scandalisées; les appellerez-vous pasteurs, ces intrus, ces schismatiques, ces excommuniés? Non, laissez-leur l'appellation flétrissante que saint Paul leur jette à la face : Lupi rapaces, non parcentes gregi (Actes, xx, 29).

Trois Évangélistes nous parlent d'un jeune homme, qui, s'approchant de Jésus et fléchissant le genou, lui demande : Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle? ■ — Si vous voulez entrer dans la vie, répond le Sauveur, observez les commandements. Et il énumère les grands préceptes du décalogue. — Le jeune homme reprend : Maître, tous ces préceptes, je les ai observés depuis mon enfance. — A ces mots, Jésus l'ayant regardé, l'aima, et lui dit : Une chose vous manque; si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous possédez, distribuez-en le prix aux pauvres, vous aurez un trésor dans les cieux; et venez, suivez-moi (S. Math, xix; S. Marc, x; S. Luc, xvni).

Dans ce dialogue entre Jésus et cet adolescent aimé de lui, l'Église a toujours vu l'indication des deux grandes voies par lesquelles nous allons à Dieu. La première, celle des commandements, est nécessaire au salut et constitue la vie chrétienne : Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements. La seconde, celle des conseils, n'est point obligatoire, mais libre; elle constitue la vie religieuse, qui est la perfection de la vie chrétienne : Si vous voulez être parfait, allez, etc.

Ainsi, dans l'état religieux, ceux qui sont aimés de

Jésus et répondent mieux à cette divine dilection que le jeune homme de l'Évangile, font profession d'observer non-seulement les préceptes de rigueur, mais encore les conseils de subrogation; et pour comprendre dans leur vie l'ensemble des conseils évangéliques, ils émettent les trois vœux qui les renferment tous : Par le vœu de pauvreté, ils renoncent aux biens de la terre; par le vœu de chasteté, ils renoncent aux plaisirs même légitimes de la chair; par le vœu d obéissance, ils renoncent à la direction de leur vie en immolant leur propre volonté. Rejetant les trois concupiscences qui régnent sur le monde, ne se réservant rien, ils se donnent entièrement à Dieu; et Dieu respire avec délices l'odeur de ce volontaire holocauste.

D'après cette notion de l'état religieux, conçoit-on rien de plus intérieur, rien de moins terrestre, rien de plus spirituel, en un mot rien de plus religieux, et par conséquent rien qui appartienne plus proprement et plus essentiellement au pouvoir spirituel? Le pouvoir civil manifeste donc sa volonté de tout envahir et de tout usurper, lorsqu'il formule, au sujet de l'état religieux, des prétentions comme celles-ci (1) :

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