LK SYLLABUS
vernement. Le président du conseil, M. Jules Simon en personne, ce « ministre profondément républicain », et tout ensemble « profondément conservateur » monte à la tribune; il demande que, provisoirement, lisez tant qu'il sera ministre, le gouvernement ne soit pas désarmé contre la presse, et que, par conséquent, cette loi abrogée reste en vigueur. Vainement on lui lance en pleine poitrine un discours prononcé par lui-même en 1868, quand il était simple député, à l'effet d'obtenir la liberté complète de la presse ; il reçoit le coup sans sourciller, et il déclare comme ministre, en reniant son opinion de simple député, que la répression de la presse est une question de sécurité publique. Il obtient gain de cause, la loi abrogée reste en vigueur; quand le ministre redeviendra simple député, il plaidera de nouveau la cause de l'entière liberté de la presse.
Ce petit incident ne manque pas de charme. La seule conclusion que nous en voulons tirer, c'est que nos adversaires, quand ils tiennent le timon des affaires, appliquent les propres doctrines du Syllabus. S'ils ne faisaient jamais plus mal
Ce qu'on appelle liberté de la presse, c'est une furie, sortie de l'abîme le fer et le feu à la main, capable de couvrir le monde de ruines. Il faut qu'on la saisisse, qu'on lui torde le cou sans pitié, ou du moins qu'on la replonge à coups de verges au fond de ses bouges immondes. L'homme qui fera cette action aura bien mérité de la religion, de la morale et de la patrie.
Le jugement sévère, mais trop mérité, que nous portons, d'accord avec tous les hommes d'ordre, sur les -caudales de la mauvaise presse, ne diminue en rien notre estime, notre respect, notre admiration pour les écrivains de la presse catholique. Oui, nous les vénérons
et les admirons, ces combattants intrépides qui défendent pied à pied le terrain des principes, de la doctrine, de la morale et de l'Évangile : Leur plume ne ressemble pas à celle de leurs adversaires ; elle n'est pas le poignard qui tue les âmes, mais l'épée qui combat les bons combats. Les batailles qu'ils livrent sont rudes, souvent perdues d'avance aux yeux des hommes, toujours gagnées devant Dieu. Hommes de conviction et de désintéressement, ou plutôt hommes de foi, j'entends l'Apôtre leur crier : Courage, vaillants soldats de Jésus-Christ! Labora sïcut bonus miles Christi Jesu (II ad Tim. n, 3).
Soldats de Jésus-Christ, champions de la sainte Église, défenseurs de la justice et de la vérité, ils ne déserteront pas la lutte. Ils resteront fidèles à ce programme, adopté par l'assemblée générale des Catholiques de France, réunis à Paris à la fin de mars 1875 :
Proclamer que la liberté également laissée à l'erreur et à la vérité, au bien et au mal, constitue un régime funeste à la liberté religieuse et à la société civile;
Continuer, sans déroger aux principes et en se prémunissant contre les illusions libérales, à se servir résolument de tous les moyens de droit commun, et notamment de la presse, pour défendre les droits de Dieu, les droits de l'Église et leurs propres droits. Puisque le combat est nécessaire, disaient-ils avec raison, nous le soutiendrons vaillamment, avec la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ, sur le terrain où il est engagé, et par l'emploi légitime des armes dont il est fait usage contre nous ;
Se souvenir que le principal devoir des publicisles catholiques est aujourd'hui de restaurer dans les idées le droit public chrétien, et que la presse a pour mission essentielle d'être l'écho des infaillibles enseignements du Saint-Siège dans toutes leurs applications à la vie sociale ;
Rappeler aux pouvoirs publics, qu'ils ont dos devoirs envers la vérité; — protester contre la théorie pernicieuse de la liberté en tout et pour tous ; — enfin, pour assurer l'efficacité de l'action catholique par l'accord de tous dans l'unité des mêmes principes et du même but, ne favoriser d'aucune façon les journaux qui manifestent des tendances contraires à la direction doctrinale de l'Église.
Ceux qui engagent le Pontife Romain à se réconcilier avec le progrès et la civilisation moderne, ou ne s'entendent pas eux-mêmes, ou ne méritent pas qu'on les entende, tant ils font, bon marché de l'histoire et du sens commun.
De quel progrès, de quelle civilisation parlent-ils ? Estce du progrès moral, de la civilisation religieuse et chrétienne? Mais cette civilisation qui est la vraie, ce progrès immense, qui a changé la face du globe, à qui sel devons-nous sinon à Jésus Christ, à son Église, aux papes ses vicaires parmi les hommes ? Les papes étant les grands promoteurs de ce progrès, n'ont pas à se réconcilier aveclui.
VeuL-on parler du progrès intellectuel ?(1) Nous ferons
(1) Ceux qui vantent ce progrès intellectuel sont-ils bien sûrs de ne pas l'exagérer considérablement? Les grands esprits de notre temps sont-ils supérieurs à ceux des temps passés, et même sont-ils plus nombreux? Les écoles primaires, (si notre èpoquepossède un avantage, c'est la diffusion des connaissances élémentaires, car sous le rapport des élud s sérieuses et approfondies, sa supériorité semble fort contestable); les écoles primaires sont-elles plus multipliées, et y a- 1— il plus de gens sachant lire et écrite? L'est fort douteux Nous ne citerons ici qu'un témoignage, peu suspect de partialité cléricale, puisqu'il est emprunté à la Revue des Deux-Mondes. — Dans le numéro du 15 janvier 1>77, M. 1 ouandre s'exprime en ces termes :
« Nous entendons répéter chaque jour, même par des lettrés, que le moyen âge a systématisé l'ignorance, que le clergé abêtissait les
la même réponse : De tout temps l'Église fut mère et nourrice des lettres, des sciences, des arts ; c'est elle qui a sauvé de l'oubli, qui a enseigné, développé, toutes les connaissances utiles : philosophie, dialectique, éloquence, grammaire, arithmétique, physique, astronomie, poésie, architecture, peinture, sculpture. L'Église, loin de maudire ou de condamner les développements de l'esprit humain, les a toujours favorisés; les papes, c'est de l'histoire, ont été les principaux auteurs du progrès intellectuel : ils n'ont donc pas à se réconcilier avec lui. S'agit-il du progrès matériel, de ces applications de la
populations pour les dominer, que les nobles ne savaient pas même signer leur nom et qu'ils s'en faisaient honneur Les ^recherches de M. de Beaurepairesur l'instruction publique, dans le diocèse de Rouen, l'Histoire des EcoUs de Montauban du dixième siècle au seizième et quelques autres monographies locales montrent, sans parler de Du Boulay et de Crévier, ce qu'il en estde ces assertions. Si les bourgeois et les paysans ne savaient rien, c'est qu'ils ne voulaient rien apprendre, car l'ancienne France ne comptait pas moins de R0,000 écoles. Chaque ville avait ses groupes scolaires, comme on dità Paris; chaque paroisse rurale avait son pédagogue, son iwagi>ter, comme on dit dans le Nord.
« Au dixième siècle, tous les paysans de la Normandie savaient lire et écrire; sur celte terre classique du plumitif, ils portaient une es eriptoire à leur ceinture, et bon nombre d'entre eux n'étaient pas étrangers au latin. Avant 1789, il n'existait pas moins de dix-neuf villes d'Universités, où se pressaient de nombreux élèves. Les nobles, pas plus que les vilains, n'ét;iient hostiles au savoir et aux lettres. Ils se sont associés d'une manière brillante au mouvement poétique du Midi : témoins Bertrand de Born, Guillaume d'Aquitaine, Bernard de Ventadour.
« Les premiers chroniqueurs qui aient écrit en français, Villehardoin et joinville, sont sortis de leurs rangs, et il est inexact de prétendre qu'ils ont abandonné les magistratures au tiers-état, pareequ'ils étaient complètement étrangers aux éludes de droit, attendu qu'en 1337 les enfants des plus grandes familles suivaient assidûment ces études à l'université d'Orléans. Quant aux actes qu'ils n'auraient pas signés, sous prétexte que leur qualité les dispensait d'apprendre à écrire, ce qui serait, dit on, constaté dans ces actes par les tabellions qui les ont rédigés, ils n'ont jamais existé, et l'on peut mettre le ban et l'arrièreban des paléographes au dèù de produire une seule charte où celte formule soit énoncée. »
Pour se dispenser d'étudier ce que les siècles passés pouvaient savoir, certains savants modernes se contentent de dire : Les siècles passés ne savaient rien ! C'est prêter trop généreusement ses qualités aux autres.
science aux eommodités de la vie humaine, de ces récentes découvertes dont le monde actuel s'enorgueillit avec raison, mais un peu trop ? Sous le rapport du bien-être matériel, nous jouissons de plusieurs facilités qui manquaient à nos aïeux. Le progrès est incontestable, encore qu'il soit loin de procurer aux peuples un bonheur parfait.Car enfin, si nous examinons en face ces perfectionnements si vantés,nous les trouvons bien incomplets et bien insuffisants. Malgré les perfectionnements del'industrie, du commerce, du jeu de la Bourse, nous avons les crises commerciales et industrielles, les chômages, les grèves, les ruines, les banqueroutes, les fuites de caissiers infidèles. Malgré les perfectionnements de l'agriculture, nous avons la cherté des vivres, les disettes, les grêles, les gelées, et le phylloxéra. Malgré les progrès de la médecine, nous sommes certains de mourir, et, s'il faut croire les statistiques les plus consciencieuses, en dépit de certaines apparences, la moyenne de la vie humaine est en baisse. Malgré les progrès de l'armement, la conscription englobe tous les hommes valides, et les guerres ne sont ni moins fréquentes, ni moins sanglantes, ni plus glorieuses. Ah ! nous touchons ici à l'un des progrès les plus appréciés, celui des « armes savantes ». Il y a vingt ans les Français étaient très-fiers de leurs armes savantes, qui devaient les rendre invincibles ; ils en ont trouvé de plus •savantes entre les mains des Prussiens : à l'heure où nous écrivons, Français et Prussiens en fabriquent de plus savantes encore, et les ressources des deux nations s'usent à la recherche de ce terrible problème : L'empire devant appartenir au plus savant, c'est-à-dire au plus fort, quel est le peuple qui fabriquera les armes les plus savantes? De Turenne à M. de Moltke, le perfectionnement des armes a été colossal : les peuples en sont-ils plus heureuv, et la paix du monde plus assurée ?
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Il siérait donc de ne pas chanter trop haut les bienfaits du progrès matériel ; mais, à le prendre tel qu'il est, l'Église s'en accommode pour sa part, et le pape est tout réconcilié avec lui. Aucune Encyclique ne condamne l'éclairage au gaz, ni le télégraphe, ni les allumettes chimiques, ni les voyages en chemin de fer ou en bateaux à vapeur, ni les canons à longue portée, ni les fusils à tir rapide. Le pape trouvait bon que le chassepot fît merveille entre les mains de ses défenseurs de Mentana; il envoie sa bénédiction par le fil télégraphique aux chrétiens qui la lui demandent avant de mourir; il n'a jamais défendu aux missionnaires catholiques de monter sur les paquebots à vapeur pour arriver plus vite chez les sauvages qu'ils vont évangéliser. Ainsi, entre le pape et tous les progrès utiles, la réconciliation n'est pas à faire.
Quel est donc le progrès dont 1 Église déclare ne pouvoir jamais s'accommoder, avec lequel le pape n'admet ni réconciliation ni transaction? Il en est un, un seul, le progrès dans le mal, le progrès dans l'impiété, le progrès de l'empire du démon sur la terre. Voudriez-vous que le chef de la religion catholique se réconciliât avec ce progrès, qui demande une morale sans religion? Avec ce progrès, qui crie à haute voix que le catholicisme a fait son temps, qu il faut étouffer l'Église dans le sang ou dans la boue, que Jésus-Christ n'est qu'un homme, et qu'il faut écraser cet infâme? Avec ce progrès qui opprime le faible, adule le fort, dépouille les Catholiques, remplace la justice par la violence et prétend que la force prime le droit ? Avec ce progrès qui viole toutes les immunités ecclésiastiques, qui soumet le clergé àtoutes les vexations, lui arrache sa soutane et lui fait endosser la tunique militaire, lui met une arme au bras et le pose en planton devant la porte d'un officier ?Avec ce progrès qui traîne les curés et les évoques à la barre déjuges sans compé-
tence, leur inflige arbitrairement l'amende, l'exil, la prison, pour les punir d'avoir rempli les devoirs sacrés de leur ministère ?
Ce progrès de la persécution, cette civilisation brutale, nous les voyons fleurir en Allemagne, en Suisse, en Italie; c'est le règne de Satan, l'Église doit faire régner Jésus- Christ ; entre ces deux maîtres toute réconciliation est impossible. Le Pontife Eto nain continue la mission de Jésus-Christ sur la terre ; or la mission de Jésus-Christ, c'est de détruire les œuvres du démon : In hoc apparuit FlliusDei, ut dissolvat opcra diaboli (I Epist.Joan. m. 8).
Encore quelques mots sur la délicate question du libéralisme catholique. Ces quelques mots, nous ne les dirons pas de nous-même, nous* les recevrons avec une soumission entière de la bouche infaillible du Vicaire de Jésus-Christ.
Dans un Bref daté du 6 mars 1873, adressé au cercle Saint-Ambroise de Milan, et qu'on peut lire dans Y Univers du 18 mars de la même année, le pape Pie IX, après avoir flétri une fois de plus les odieux attentats des ennemis de l'Église, décrit en ces termes l'erreur que nous combattons :
« Cependant, et bien que les fils du siècle soient plus habiles que les fils de la lumière, leurs ruses et leurs violences auraient sans doute moins de succès, si un grand nombre, parmi ceux qui portent le nom de catholiques, ne leur tendaient une main amie. Oui, hélas! ils ne manquent pas ceux qui, comme pour marcher d'accord avec nos ennemis, s'efforcent d'établir une alliance entre la lumière et les ténèbres, un accord entre la justice et l'iniquité, au moyen de ces doctrines qu'on appelle catholiques libérales, lesquelles, s'appuyant sur de pernicieux principes, approuvent le pouvoir laïque, quand il envahit les choses spirituelles, et poussent les esprits au respect, ou tout au moins à la tolérance des lois les plus iniques, absolument
ERREURS RELATIVES AL' Ll JiKRALISME MODERNE. 2oO
comme s'il n'était pas écrit que personne ne peut servir deux maîtres.
« Or, ceux-ci sont plus dangereux et plus funestes que les ennemis déclarés, à la fois parce qu'ils secondent leurs efforts sans être remarqués et même sans donner leur avis et parce que, se tenant pour ainsi dire sur la limite des opinions condamnées, ils se donnent l'apparence d'une véritable probité et d'une doctrine sans tache, qui allèche les imprudents amateurs de conciliation et qui trompe les gens honnêtes, lesquels sauraient sans cela s'opposer fermement à une erreur déclarée. De la sorte, ils divisent les esprits, déchirent l'unité et affaiblissent les forces qu'd faudrait réunir pour les tourner toutes ensemble contre l'ennemi.
« Toutefois, vous pourrez facilement éviter leurs embûches, si vous avez devant les yeux cet avis divin : C'est par leurs fruits que vous les connaîtrez ; si vous observez qu'ils affichent leur dépit contre tout ce qui marque une obéissance prompte, entière, absolue aux décrets et aux avertissements de ce Saint-Siège; qu'ils n'en parlent que dédaigneusement en l'appelant curie romaine ; qu'ils accusent tous ses actes d'être imprudents ou inopportuns; qu'ils affectent d'appliquer le nom d'ultramontains et de jésuites aux fils de l'Église les plus zélés et les plus obéissants; enfin que, pétris d'orgueil, ils s'estiment plus sages que l'Église, à qui a été faite la promesse d'un secours divin spécial et éternel.
« Pour vous,. chers fils, souvenez-vous qu'au Souverain Pontife, qui est le vicaire de Dieu sur terre, il appartient de décider ce qui regarde la foi, les mœurs et le gouvernement de l'Église, "selon ce que Jésus-Christ a dit de lui-même : Celui-là disperse qui ne recueille pas avec moi. Faites donc consister votre sagesse dans une obéissance absolue et dans une libre et constante adhésion à cette chaire de Pierre. »
De ces graves et solennelles paroles, que le Saint-Père répète ou confirme à toute occasion, nous tirerons plusieurs enseignements importants :
Nous apprenons. 1° qu'il existe un libéralisme catho-
lique. Quelques-uns essaient de le nier; c'est le propre de cette erreur, sœur cadette du jansénisme, de fuir, d'être souvent insaisissable, de se dérober môme aux yeux des esprits qui en sont infectés. — Vous me rangez parmi les catholiques libéraux, si souvent blâmés par le Saint- Siège? Vous avez tort, je ne suis pas des leurs, mon libéralisme n'a rien de répréhensible, et je suis l'un des enfants les plus sincères de l'Église catholique. — Ainsi s'expriment, pris les uns après les autres, presque tous les libéraux catholiques. Très-peuont lafranchise d'avouer qu'ils le sont, et, devant les dénégations du grand nombre, on est tenté de demander : Où est-il donc, ce fameux libéralisme catholique? Il existe, c'est incontestable. Pie IX l'a signalé, improuvé, condamné, au moins une cinquantaine de fois. Quand le Pasteur suprême crie avec cette force et cette insistance : Au loup! au loup! c'est que le loup est dans la bergerie.
Nous apprenons, 2° que le libéralisme est une erreur très-dangereuse. Le pape ne craint pas de dire que les catholiques libéraux, à raison même de leur probité, de leur piété, de leurs aumônes, de leur modération feinte ou sincère, de leurs bonnes œuvres, de leur vie correcte et en apparence tout à fait chrétienne, sont plus dangereux et plus funestes que des ennemis déclarés. Ils font illusion aux autres, et se font illusion à eux-mêmes.
Nous citerons à ce sujet quelques autres paroles du Souverain Pontife. En 1871, lorsque la députation des Catholiques de France lui présentait, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de son pontificat, une adresse portant plus de deux millions de signatures : « Mes chers enfants, disait-il, il faut que mes paroles vous disent bien ce que j'ai dans mon cœur. Ce qui afflige votre pays et l'empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est un
féRUEURS RELATIVES IV LIBÉRALISME MODERNE. 2.T?
mélange de principes. Ce que je crains, ce ne sont pas tous ces misérables delà Commune de Paris, vrais démons de l'enfer qui se promènent sur la terre. Non, ce n'est pas cela ; cequeje crains, c'est cette malheureuse politique, ce libéralisme catholique, qui est le véritable fléau. Je l'ai dit plus de quarante fois; je vous le répète, à cause de l'amour que je vous porte. »
Nous apprenons, 3° les vraies tendances du libéralisme catholique, et les signes auxquels il est possible de le reconnaître. Trop d'engouement et d'éloges pour les principes modernes; trop de tendresse et de bienveillance pour certaines libertés jugées plus haut, telles que la liberté des cultes et la liberté de la presse; un penchant vers l'autorité civile, dont on approuve, ou du moins dont on excuse les excès; de l'éloignement pour le Saint-Siège, pour la curie rom line, dont on blâme facilement les actes et les mesures, dont on déclare les décisions inopportunes; l'orgueil de l'esprit et l'attachement à ses idées propres, du vague dans les idées et de l'élasticité dans les principes, une disposition fâcheuse à céder quand il faudrait résister, à se cacher quand il faudrait se montrer, à parler quand il faudrait agir, à promettre sans intention de tenir: à ces traits, on peut reconnaître le libéralisme catholique, ouïe catholicisme libéral. • Un évêque du Canada, dans une lettre pastorale adressée à ses diocésains pour les prémunir contre le libéralisme catholique, en donne cette définition qu'on ne trouvera pas flattée (l) :
« Qu'est-ce que le libéralisme catholique ?
« Le libéralisme catholique est un ensemble de doctrines re-
(1) Lettre pastorale de Msr Bourget, évoque de Montréal publiée dans L'Univers du 27 mars 1876.
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ligieuses et sociales qui tendent à affranchir plus ou moins les esprits dans l'ordre spéculatif, et les citoyens dans l'ordre pratique, de la règle que la tradition leur avait partout et toujours imposée.
« Ou bien encore : Qu'est-ce que le libéralisme catholique? qu'est-ce que le catholicisme libéral?
« C'est un sentiment faux et dangereux ; c'est un parti remuant, qui conspire de fait contre l'Église et la société civile.
« Un catholique libéral, c'est un homme qui participe à un degré quelconque à ce sentiment, ou à ce parti, ou à cette doctrine, d'autant plus malade qu'il est plus libéral, d'autant moins malade qu'il est plus catholique. »
D'où cette conséquence toute naturelle : Pour se trèsbien porter, il faut être simplement catholique, et point du tout libéral.
Nous apprenons enfin, 4° le moyen d'échapper à la contagion du libéralisme. C'est de nous attacher à la chaire de Pierre, et d'avoir l'oreille de notre âme toujours ouverte aux enseignements de Rome. C'est le remède unique, mais souverain, que le pape ne cesse de recommander. Citons encore deux pièces récentes.
Dans un Bref daté du 18 septembre 1876, adressé à Monseigneur l'évêque des Trois-Rivières au Canada, et publié par l'Univers du 19 décembre 1876, Pie IX félicite les évêques canadiens de leur commune soumission et affection envers le Siège Apostolique ; il ajoute :
« Nous Nous sommes principalement réjoui du soin que vous prenez d'inculquer au peuple la saine doctrine et de lui expliquer ce qui regarde la nature, la constitution, l'autorité, les droits de l'Église, dont on a coutume de pervertir très-subtilement la notion pour tromper les fidèles; et Nuus avons dû louer le zèle avec lequel vous vous êtes efforcés de prémunir le même
peuple contre les astucieuses erreurs du libéralisme dit catholique, d'autant plus dangereuses que, par une apparence extérieure de piété, elles trompent beaucoup d'hommes honnêtes, et que, les portant à s'éloigner de la saine doctrine, nommément dans les questions qui, à première vue, semblent concerner plutôt le pouvoir civil que l'ecclésiastique, elles affaiblissent la foi, rompent l'unité, divisent les forces catholiques et fournissent une aide très-efficace aux ennemis de l'Église, qui enseignent les mêmes erreurs, quoique avec plus de développement et d'impudence, et amènent insensiblement les esprits à partager leurs desseins pervers.
« Nous vous félicitons donc, et Nous souhaitons que vous travailliez toujours à dévoiler leurs pièges et à instruire le peuple avec une semblable ardeur, un pareil discernement, et avec cette concorde qui montre à tous votre charité mutuelle, et prouve que chacun de vous ne pense, ne dit et n'enseigne qu'une seule et même chose. Or ceci arrivera de soi-même, si vous vous appliquez à nourrir soigneusement en vous ce dévouement à cette chaire de Pierre, maîtresse de la vérité, que vous professez en termes si forts et si affectueux. »
Un autre Bref, daté du 11 décembre 1876, reproduit par l'Univers du 21 du même mois, et adressé à M. l'abbé Vernhet, directeur de l'excellent journal le Peuple de Rodez, n'est pas moins explicite.
Le voici en entier :