LXXV1II
Hinc laudabiliter in quibusdam catholici nominis regionibus lege cautum est, ut hominibus illuc immigrantibus liceat publicum proprii eu jusque cultus exercitium habere.
C'est donc à bon droit que, dans certains pays catholiques, la loi assure aux immigrants la liberté d'exercer publiquement le culte particulier à chacun.
Enimvero falsum est, civilem cujusque cultus hbertatem, itemque plenam potestatem omnibus attributam quaslibet opiniones cogitationesque palam publiceque manifestandi, conduccre ad populorum mores animosque facilius corrumpendos acindifferentismi pestem propagandam.
En effet, il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et le plein pouvoir accordé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs id« es et toutes leurs opinion?, coutribuent à corrompre les mœurs, à pervertir l'esprit des peuples, et à propager le fléau de l'indifferentisme.
Romanus Pontifex potest ac débet cum progressa, cum libéralisme) et cum recenti civilitate sese reconciliare et componere.
Le Pontife Romain ['eut et doit se réconcilier et trausiger avec le progrès, avec le libéralisme et avec la civilisation moderne.
Cette vaste question du libéralisme serait convenablement traitée, si 1° l'on posait comme principe la vraie notion de la liberté en général; si 2° l'on établissait la saine doctrine sur la liberté de conscience et des cultes , si 3° l'on faisait pareillement la lumière sur la liberté de la presse ; si 4° l'on distinguait le vrai progrès du faux, la vraie civilisation de la fausse ; si 5° enfin l'on était assez heureux pour ne se montrer ni trop indulgent ni trop sévère pour le libéralisme catholique.
La liberté est la plus noble faculté que Dieu ait donnée à l'âme humaine. Par elle nous ressemblons à Dieu, qui agit dans le monde sans contrainte et selon son bon plaisir; par elle nous adhérons à Dieu et lui rendons la seule gloire qu'il désire de nous, celle de régner sur un cœur qui pourrait ne pas lui appartenir. Mais il importe de ne pas confondre la liberté avec la licence.
La liberté est définie par saint Thomas, la faculté de choisir, Vis electiva (l).Pour qu'un être soit libre, il faut qu'il puisse choisir, mais il n'est pas nécessaire qu'il puisse choisir entre tous les contraires. Il n'est pas requis qu'il choisisse sa fin dernière, cela est même impossible, la fin dernière étant la même pour tous, et tous la cherchant par la nécessité de leur nature. Cette fin dernière, pour l'homme comme pour l'ange, c'est le bonheur par la possession de Dieu. Nous pouvons nous tromper sur l'objet de notre bonheur, mais nous
(1) En cet endroit saint Thomas prouve que le libre arbitre ne diffère pus de la volonté, comme la raison ne diffère pas de l'intelligence : « Sicut se habet intellectus ad rationem, ita se habet volunlas ad vira ekclivam, id est ad liberum arbi'rium. (Su mm. 1 part. q. LXXXIII, art. iv.) — Il traite ex professo de la liberté dans cette question 83, de Libero a* bitrio, et dans la précédente, de voluntale. La doctrine qu'il expose dans ces deux questions,il en fait l'application dans le cours de la Somme, à Dieu, aux anges, aux bienheureux du ciel, aux réprouvés de l'enfer, aux hommes habitant sur la terre.
ne pouvons cesser de désirer et de chercher le bonheur. Nous allons donc, par la nécessité de notre nature, à la recherche de la béatitude qui est notre fin, alors même que nous ignorons que Dieu connu, aimé, possédé, est lui seul cette béatitude nécessairement cherchée etvoulue. Ce qui fait dire à saint Thomas que notre libre arbitre ne s'exerce pas sur notre fin elle-même, mais seulement sur les moyens d'atteindre et de posséder notre fin, et que sous le seul rapport des moyens à prendre, nous sommes maîtres et responsables de nos actes (I).
Quant aux moyens eux-mêmes, il n'est pas nécessaire que l'être libre ait la faculté de les prendre tous indifféremment; du moment qu'il peut choisir parmi les moyens qui le conduisent àlafin, quand mêmeiln'aurait pas la faculté de choisir ce qui l'éloigné de sa fin dernière, sa liberté n'est ni détruite ni diminuée, mais plutôt agrandie et perfectionnée. En d'autres termes, la faculté de faire le mal est bien une preuve de la liberté, une partie de la liberté humaine en cette vie, mais ce n'est pas du tout l'essence de la liberté. Dieu est souverainement libre, encore qu'il lui soit absolument impossible de rien faire qui l'éloigné de sa fin, c'est-à-dire de luimême. Les anges et les saints du ciel n'ont pas perdu la liberté, encore qu'ils aient perdu la faculté de mal faire et soient devenus impeccables.
. Les anges ont été successivement dans deux états de liberté. Tant que dura leur épreuve, leur liberté ressemblait à celle dont nous jouissons en cette vie ; elle pouvait se porter soit au bien soit au mal, s'attacher à Dieu ou se détourner de lui : c'est la liberté de la créature, que Dieu n'a pas encore confirmée dans le bien;
(1) « Ad tertium dicendum, quod sumus dnmini nostrorum acluura secundum quod possumus hoc vel illud eliixere. Eleclio autem non est de fine, sed de lus quae sunt ad finem. Unde appetitus ullimi finis non est de bis quorum domini sumus. » (1 part. q. LXXXII, art. i.J
liberté vraie, mais imparfaite et défectible, comme toute nature créée laissée à elle-même. Depuis leur admission dans la béatitude éternelle, les anges sont dépouillés delà faculté de choisir le mal, mais non de la liberté. Voici comment saint Thomas l'explique (1) :
Il en est du libre arbitre dans le choix qu'il fait des moyens qui conduisent à la fin, comme de l'intellect dans les conclusions qu'il tire des principes posés. — Que l'intellect ait la faculté de tirer des conclusions variées, vraiment contenues dans les principes, c'est le signe de sa puissance; mais qu'il tire des conclusions à tort et à travers, sans tenir compte de la logique et des principes, c'est le signe de sa faiblesse. De même pour le libre arbitre : Qu'il puisse choisir ses moyens, en restant dans l'ordre et en s'approchant de la fin qu'il doit atteindre, c'est la perfection de sa liberté; mais qu'il choisisse ce qui est désordre, c'est à-dire, le péché qui l'éloigné de sa fin, c'est le défaut de sa liberté. Il y a donc une plus grande liberté dans les anges qui sont impeccables, qu'en nous qui sommes exposés au péché.
Telle est la notion catholique de la liberté humaine : la faculté de choisir les moyens, à condition de tendre toujours à la fin; Vis clectiva mediorum, servato ordine finis. Quand nous choisissons les moyens qui nous conduisent à notre fin suprême, c'est-à-dire à Dieu, nous usons de notre liberté; quand nous prenons les moyens
(l) o Ad lerlium dicendum, quod liberum arbitrium sic se babet ad eli^t'ndutii e;i quae sunt ad finem, sicut se babet iniellectus ad conclusion es. Ma n îles lu m estautemquodud virtutem ir tellectus pertinet, utin diversas conclusiones procedere possit, secundum principia data. ISed quod in aliquam conclusionem procédât prœtermiitend > ordinem principioi'uin, liuc est ex del'eclu ipsius. Unde quod liberum arbitrium diversa elig^re possit, servalo ordine finis, lx>c perlinel ad perfection em libertatis eius. Sed quod eligat aliquid, divertendo ab ordine finis, quoil est peccare, lioe pertinet ad defecium libertatis. Unde major libellas arlntiii est in angelis qui peccare non possunt, quarn in nobis qui peccare possumus » (Summ. 1. part. q. LX11, art. vin.)
qui nous éloignent de Dieu, nous abusons de notre liberté. L'abus de notre liberté prouve que nous sommes effectivement libres, mais ne constitue par notre liberté.
Et tout ce que nous venons de dire nous amène à cette conclusion importante, sur laquelle on ne saurait trop insister : La liberté du mal n'est pas un droit, mais un idre.qiic la divine providence permet sans l'autoriser jamais, que les pouvoirs humains peuvent quelquefois tolérer sans l'approuver jamais Le mal n'a aucun droit; l'erreur, qui esl le mal de L'intelligence, n'a aucun droit; le \ ice, qui esl le mal de la volonté, n'a aucun droit: quiconque enseigne le vice ou l'erreur, ne peut obtenir pour cela aucun droit, car son enseignemenl ne peu! cire rendu Légitime par personne. Et ainsi aucune secte hérétiqueou schismatique n'a de- droits réels; tout au plus ces sectes peuvent-e ms certaines circonstances, recevoir par
tolérance la faculté de vivre.
Seule L'Église catholique a des droits, parce que, seule, elle est la vérité religieuse.; toute protection accordée à une autre religion est la violation du droit de l'Église catholique.
Voilà la thèse, vovons maintenant l'hypothèse.
11 est donc bien entendu que la liberté de conscience et des cultes, considérée en elle-même, au point de vue des principes et avant d'avoir égard aux difficultés des temps et des lieux, est un mal, une erreur, une impiété, une injure à Dieu, à son Église et à la raison humaine. Cette liberté abusive demeure condamnée à toujours.
Mais, dans l'hypothèse que cette liberté abusive et mauvaise devient un moindre mal que celui qu'entrainerait le privilège exclusif accordé à la seule vraie religion, il est clair que le pouvoir public devra user de tolérance envers cette mauvaise liberté, comme envers tant d'autres choses mauvaises qu'il ne peut empêcher. C'est le cas d'appliquer l'axiome admis de tous : De deux maux, il faut choisir le moindre. Si donc la question est ainsi posée : La liberté des cultes peut-elle être sanctionnée par les lois civiles d'un pays? Nous répondons : Quelquefois oui, quelquefois non; cela dépend de l'état social de ce pays.
Faisons d'abord l'hypothèse d'une société saine, c'està-dire exclusivement catholique. Tous les membres de cette nation, à peu d'exceptions près, sont nés et vivent dans la religion catholique, qui seule y est reconnue, seule protégée, seule enseignée, seule pratiquée publiquement;
à peine y voit-on ça et là quelques partisans des religions étrangères, et ces religions n'ont aucune existence légale. Quel sera, dans cet état de choses, le devoir du prince ou de l'autorité publique?
Nous répondons hardiment : Ce sera de maintenir énergiquement, par tous les moyens, même par la rigueur et par le glaive, le privilège dont la religion catholique a joui jusqu'à ce jour chez cette nation.
Ce privilège est juste, puisqu'il donne à la vérité les avantages qui lui sont dus; il est très-utile au bien public, puisqu'il établit la société sur le solide fondement de la religion vraie ; il est possédé tranquillement, et n'expose le pays à aucun danger sérieux, puisqu'au contraire il éloigne les causes de désordres et de troubles. Ce privilège ne peut être aboli sans imprudence et sans injustice.
Dans ces conditions, un souverain qui accorderait la liberté des cultes, assumerait sur sa tête les plus graves responsabilités. Il trahirait les intérêts de Dieu, qu'il doit soutenir devant ses sujets, en le faisant honorer et servir par les moyens dont il dispose. Il trahirait les intérêts spirituels de son peuple; car il répondrait devant Dieu de la ruine spirituelle d'une multitude d'âmes, de ces scandales nombreux, déplorables, irréparables, qu'il lui eût été si facile de prévenir. Il trahirait les intérêts même temporels de son peuple; car, par sa funeste tolérance, il diviserait les familles, il introduirait dans ses États l'esprit d'insubordination et de révolte, d'abord contre l'autorité religieuse et bientôt contre l'autorité civile; il sèmerait des haines implacables, armerait ses sujets les uns contre les autres, provoquerait enfin des guerres de religion qui sont les plus acharnées des guerres civiles. L'histoire nous donne ici de terribles enseignements : des guerres de trente ans allumées en Allemagne par Luther et ses disciples ; la France déchirée et ensanglantée par le fana-
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tisme des Huguenots ; l'Angleterre livrée à des horreur> épouvantables sous les règnes de ces deux monstres qui s'appellent Henri VIII et Elisabeth.
Ainsi, tant que l'unité religieuse d'un peuple n'est pas brisée, c'est le devoir de ce peuple et de ses chefs de la conserver intacte par les lois publiques. Naguère encore l'Espagne se trouvait dans cette heureuse situation ; si elle avait perdu son ancienne puissance, elle n'avait pas perdu son antique foi catholique. Dans l'allocution consistoriale Quibus luctuosissimis, prononcée le 5 septembre 1851, le Souverain Pontife Pie IX rendait compte aux Cardinaux de ses efforts et de ses démarches, alors couronnés de succès, pour conserver au peuple espagnol le bienfait de l'unité religieuse. (1) Aujourd hui, hélas ! les Espagnols suivent les autres peuples dans les voies de la révolution ; ils ont ouvert leur code à la liberté de l'erreur et du mensonge.
Arrivons à l'hypothèse d'une société malade. Une fois que l'unité religieuse d'un peuple a été brisée par des luttes plus ou moins longues, aucune loi civile n'est capable de la rétablir ; cette unité ne peut revivre que par les mêmes moyens qui l'avaient créée, par la grâce de Dieu et la prédication évangélique. Le devoir des princes catholiques, régnant sur des peuples qui ne sont plus entièrement catholiques, n'est pas de rendre à la religion catholique ce privilège exclusif, qui lui appartient de droit, mais ne lui est pas nécessaire ; qui pourrait même lui être nuisible, en suscitant contre elle deaversions, des haines, peut-être des révoltes et des pers sécutions sanglantes. Le devoir des princes, à l'égard du
(1) II disait entre autres choses ; — « Itaqne constitutum persnieietis. Catholicatn- Religionem cuui omnibus suis juribus, quibus ex divina sua institutione et sacrorum canonum sanciione potitur, ita unice in eo Regno, veluti antea, vipère ac dominari debere, ut omnis alius cultus plane sit amotus et inlerdictus. »
catholicisme, est de le pratiquer eux-mêmes, de ne jamais le gêner dan- éveloppements, de le favoriser par
tous les moyens légaux, sans être dans l'obligation de proscrire les autres cultes ; celle proscription, si désirable en soi, entraînerait de trop graves inconvénients. A cause de ces inconvénients, l'autorité pourra s'en tenir à réprimer les vices directement contraires à la morale et à Tordre public, tels que le blasphème, l'impiété, la polygamie, etc : mais les cultes erronés suivis par une partie du peuple, elle peut, par tolérance, reconnaître à leurs partisans des avantages légaux analogues à ceux qu'elle reconnaît aux catholiques. Supposons qu'un roi catholique monte demain sur le trône d'Angleterre, et que les catholiques deviennent la majorité du pays, l'illustre cardinal Manning aflirme que, si cette situation devenait la leur, les catholiques anglais ne molesteraient personne en matière de religion par des lois civiles.
Un dernier mot sur la conduite à tenir par les Catholiques, comme citoyens particuliers. Quand ils ont parmi eux des dissidents, bien loin de les maltraiter, ils leurs rendent tous les devoirs' de civilité et de charité. Relativement à la loi qui proclame la liberté des cultes, les catholiques sont les premiers à s'y soumettre et à la respecter ; ils auraient droit à une liberté complète, exclusive ; mais, à cause des tristes temps que nous traversons, ils se contentent de ce minimum de liberté que la loi leur accorde. Ils en bénéficient, et ils ont raison ; que d'autres en bénéficient comme eux, ils ne le trouvent pas mauvais.
De toutes les erreurs modernes aucune n'est plus funeste, de tous les fameux principes de 89 aucun n'est plus désastreux que la liberté de la presse. Le pape Grégoire XVI, dans la célèbre Encyclique Mirari vos, du 15 août 1832. l'appelait déjà une liberté pernicieuse, détestable, exécrable (1) ; il parlait avec indignation de ces monstrueuses doctrines, de ces prodigieuses erreurs qui allaient se disséminant de tous côtés par cette énorme multitude de livres, de brochures, d'écrits minces de volume, mais gros de malice; et le saint vieillard versait des larmes, à la vue des malédictions dont cette presse impie inondait la face de la terre.
Nous admettrions, dans la société civile, une liberté modérée de la presse, comme elle existe au sein de l'Église catholique. Tant que l'Église ne s'est pas prononcée sur une question, les fidèles gardent leur liberté de pen-
(1)« Hue spectat delerrima illa, ac nunquam salis exsecranda ei detestabilis libertas artis librariae ad scripta quaelibet edenda in vulgus, quara taulo convieio audeut noimulli efflagitare au promovere. Perhorrescinius, Venerabiles Fratres, intuenlcs, quibus nionstris doctrinarum, seu potius quibus errorum portentis obruamur, quae longe ac late ubique disseminantur iugenli librorum muliitudine, libellisque, et scriptis mole quidem exiguis, malitia tamen perenagnis, e quibus maledictionem egressain il lacrymamur super facieui terras, »
ser, de parler et d'écrire; les théologiens ne se croient pas obligés d'être tous du même avis sur les questions controversées, ils ont au contraire une très-grande liberté d'opinions, chacun peut écrire pour défendre le sentiment qu'il croit vrai ; et de ce choc d'opinions diverses jaillissent souvent de précieuses lumières. Ces discussions, parfois longues et vives, n'offrent pas de dangers sérieux, parce que les adversaires reconnaissent l'autorité d'un juge commun, qui saura, au besoin, intervenir dans la lutte et y mettre fin. Et l'on a vu ce juge suprême, l'Eglise, attendre quelquefois des siècles avant de porter un jugement définitif, par respect pour la libre parole de ses docteurs.
Si l'État agissait de même à l'égard des journalistes, des écrivains et des orateurs politiques ; s'il leur permettait de discuter librement, sous la surveillance des lois, les questions qui intéressent le pays, mais en réprimant avec sévérité toutes les attaques à la religion, à la morale et à l'autorité publique, nous n'aurions rien à dire contre la liberté de la presse; nous la trouverions même utile, propre à éclairer le gouvernement sur les besoins et les désirs légitimes du peuple, en même temps qu'elle répandrait l'instruction dans les masses.
Mais ce n'est pas le cas de la presse moderne, ce n'est pas cette liberté qu'on demande pour elle. Aujourd'hui, la liberté de la presse, c'est la faculté de penser comme on veut, de parler et d'écrire comme l'on pense ; la faculté de tout dire, de tout attaquer, de tout bafouer, de tout renverser, de surexciter par tous les moyens les plus mauvaises passions. Journaux, romans, livres, brochures, pièces de théâtres, discours, conférences, autant d'armes empoisonnées qui frappent ce que le monde a de plus respectable et de plus nécessaire. Point de dignité, point d'honneur, point de sincérité, point de pudeur, point de
2i't 'le syiaabus.
respect ni de soi ni des autres! La presse devrait être un apostolat, elle est un gagne-pain. Vous trouverez, à Paris et ailleurs, des milliers d'écrivassiérs, qui vous bâcleront pour quelques centaines de sous les articles les plus impies, les romans les plus obscènes. Combien payez-vi notre plume est à vos ordres : voilez-vous de la vertu ou du libertinage? Vous savez que l'article vert t est peu demandé. Faut-il louer ou critiquer? Quelles opinions devons-nous mettre, tant que nous serons à votre service ?... Oh! le vil métier ! oh ! l'affreuse engeance que celle des romanciers et des journalistes!
Et c'est ce métier-là qu'on veut affranchir de toute surveillance ! C'est à ces hommes vendus, sans conviction, sans foi et sans conscience, qu'on veut lâcher la bride et donner toute licence! Mieux vaudrait proclamer la liberté du poison, du pétrole et du poignard.
Dire que la liberté de la presse, comme elle se pratique sous nos yeux, est inoffensive, c'est une niaiserie ou une moquerie.
Est-elle inoffensive au point de vue religieux ? Mais elle sape le fondement de la foi. Un catholique n'est pas du tout libre de penser comme il veut, lorsque l'Eglise a décidé qu'il doit penser de telle manière. Le libre examen, père naturel de la liberté de la presse, est le principe du protestantisme; ce n'est pas un principe catholique. Aussi la liberté de penser et d'écrire a toujours été resserrée dans de justes bornes par les lois de l'Eglise, comme le remarque Grégoire XVI, rappelant les prescriptions de plusieurs de lécesseurs, et le salutaire décret du concile de Tr mte sur le catalogue de VIndex.
Condamnée par l'Église, la liberté de la presse dirige contre cette citadelle inexpugnable ses plus furieux sauts. Quel débordement d'injures sur Dieu, sur les saints,
sur la foi, sur le clergé, sur les sacrements, sur toutes les choses saintes ! Aux fêtes de Noël 1876, des journaux français ont eu l'infamie d'insulter l'Enfant Jésus dans sa crèche, d'exprimer le souhait infernal qu'il soit mort d'une fluxion de poitrine sur la paille de son étable. Estce assez révoltant pour la conscience de trente-six millions de catholiques? D'autres, quelques jours plus tard, demandaient pour étrennes le plaisir île voir guillotiner un évêque Par pudeur et par tristesse, nous ne faisons pas d'autres citations.
Est-elle inoffensive au point de vue moral? Mais comptez donc les personnes de tout sexe, de tout âge, de tout rang, perdues par les mauvaises lectures; les intelligences corrompues par les doctrines perverses, les cœurs gâtés par ces romans et ces feuilletons qui suent le vice. Et ces feuilles publiques, dont les cent mille voix portent en tous lieux des scandales vrais ou inventés, la hune de la religion et de ses ministres, la passion du plaisir et du sang, .saura-t-on jamais les excès qu'elles provoquent?
Est-elle inoffensive au point de vue social et politique? Mais aucun gouvernement ne peut vivre, s'il ne la bride ou ne 1 achète. Les adorateurs de la liberté de la presse, s'ils arrivent au pouvoir, s'empressent de museler leur idole. Nous saura-t-on mauvais gré d'en rappeler un exemple récent? Le fait se passait à la Chambre française, dans la séance du 5 février 1877. Nos députés de la gauche, ennuyés de voir leurs journaux réprimés quelquefois, bien rarement, par les tribunaux, demandent IV brogation des lois répressives des excès de la presse ; la majorité s'empresse d'obtempérer à ce désir profondément républicain. Ce vote fait tout juste l'affaire du gou-