I. Ouvr. cit
LES PAPES ET LA CONTRE-RÉVOLUTION
termes si sévères ont déchaîné sur la France et sur l’Europe les tempêtes de la Révolution et les troubles sociaux ou politiques, qui en sont la conséquence immédiate. Elles produiront nécessairement leurs effets.
Napoléon avait la force et un génie capables de les arrêter. Il eut des armées invincibles, les ressources que donne à un gouvernement une administration prévoyante et ferme. Aucun succès ne lui manqua. Son trône semblait appuyé sur des bases inébranlables. Il fut renversé cependant, malgré ses régiments, ses garnisons et sa police.
Les menaces de Pie VII reçurent des événements leur vérification. Il en sera ainsi de tout gouvernement qui gardera les mêmes assises révolutionnaires. Cette base est fragile et tout édifice qu’elle supportera sera caduc.
Louis XVIII ne sut pas mettre à profit cette expérience. Cependant la fortune lui souriait. Il eut un gouvernement prospère. Grâce à lui, la France se remit en quelques années du mal que lui avaient fait la Révolution et les guerres du premier Empire. Les finances étaient en bon état. Le pays avait trouvé sa situation diplomatique. Notre histoire nationale ne présente guère de règne aussi fécond.
La révolution de juillet 1830 arriva quand même. Les assises du trône étaient sans consistance, presrque révolutionnaires. Mettemich en fit l’aveu à Louis XVIII: «Sire, votre Majesté reprend la révolution en sous-œuvre. » Ce n’était que trop vrai. Le grand diplomate ne fut pas le seul à s’en apercevoir.
Pie VII discerna, l’un des premiers, ces vices constitutionnels de la Restauration. Il confia ses craintes à M. de Boulogne, évêque de Troyes, dans sa lettre du 29 août 1814. On ne saurait traiter à la légère ce document; il projette sur toute une partie de
L’Église et les libertés. ^
l’église et les libertés
notre histoire religieuse une vive clarté. Les enseignements qu’il donne sont de tous les temps.
Le Pape commence par dire la joie et la consolation qu’il a éprouvées, en voyant le gouvernement de la nation française aux mains d’un descendant de cette race glorieuse qui a produit autrefois saint Louis et qui s’est illustrée par tant de services rendus à la France et au Siège Apostolique. Afin de donner une preuve éclatante de ces sentiments, sans même attendre du gouvernement royal une notification officielle, il avait envoyé un nonce extraordinaire pour féliciter en son nom le roi Louis XVIII dans les termes les plus expressifs.
Cette joie fut bientôt suivie d’une amère déception. On aurait pu espérer qu’à la faveur de la révolution récente les entraves imposées à la religion catholique allaient être enfin brisées et qu’elle serait rétablie dans son lustre. La nouvelle constitution préparée pour le royaume avait bientôt dissipé ces espérances. Le Pape la connaissait par les journaux.
Deux questions importantes étaient volontairement passées sous silence; il n’y était fait mention ni de l’Église catholique ni du Dieu tout-puissant, par qui les rois régnent et les princes commandent. Ce silence était contraire aux droits de l’Église et aux traditions du pays.
Les plaintes que le Souverain Pontife énonce sont la critique la plus justifiée qui ait été faite de la charte de 1814. Elles ont pour objet plusieurs emprunts faits aux erreurs de la Révolution. Par exemple, la liberté des cultes et de conscience est reconnue dans l’article 21. Ce qui fait dire au Pape:
« Par cela même qu’on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l’erreur, et l’on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque l’Épouse
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sainte et immaculée du Christ. En promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. » Il se prononce avec autant de force contre la liberté de la presse, « qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes ( 1 ). »
Le Pape, après avoir réprouvé ces articles, invite les membres de l’Épiscopat à se concerter pour conjurer, le plus promptement possible, les grands maux qui menacent l’Église en France et faire abolir les lois, les décrets et les autres ordonnances, dont le Saint-Siège s’est plaint.
Pie VII se refusait à croire que Louis XVIII voulût inaugurer son règne, en faisant à l'Église cette blessure profonde et presque incurable. Les avis qu’il avait chargé l’évêque de Troyes de lui transmettre ne furent pas écoutés. Car le Roi, s’il comprit la leçon, n’eut pas la force de la suivre. Cette faiblesse des premiers jours en entraîna d’autres. Le glissement de la Restauration vers le Libéralisme était, dans ces conditions, inévitable. Il ne se fit pas attendre longtemps. Les prévisions du Souverain Pontife se trouvèrent ainsi réalisées.
Des évêques, des prêtres et des laïques en grand nombre pensaient comme lui et ils parlèrent en conséquence. Si la majorité des catholiques et surtout des hommes influents se fût prononcée dans le même sens avec courage et ténacité, ces manifestations auraient certainement produit un effet. Mais il n’en fut pas ainsi. Les faiblesses du pouvoir sont presque toujours contagieuses. Le Libéralisme fit des conquêtes.
Les prudents crurent habile de faire la part du