‹ Le symbole des Apotres; essai historiqueChapitre 43 sur 150 · Marlène, De aniiquis Eedesiœ rilibus, t. I, p. 30 et · texte numérisé non relu

Marlène, De aniiquis Eedesiœ rilibus, t. I, p. 30 et

2. Hæc non scribi chartulis aUpie membranis, sed eliam in cordibus, tradiderunt apostoli. Rufin,- Expoiitio in Symbol.,

les écrits des Apôtres, ni dans ceux de leurs successeurs immédiats. Le christianisme n’avait pas, dans les premiers temps, les allures d’une société secrète, et ce n’est que dans les sociétés secrètes qu’il est interdit de confier au papier les articles de foi, parce qu’il faut en dérober la connaissance à quiconque n’est pas initié.

G’esl bien cependant « pour que le secret de Dieu ne fût pas connu des indignes et des profanes*, » que la plupart des écrivains ecclésiastiques du quatrième et du cinquième siècle prétendent que le Credo ne devait pas être mis par écrit. Telle est l’opinion de Pierre de Ravenne ; telle est certainement aussi celle de Rufin et de tous ceux qui, avec lui, regardaient ce formulaire comme une sorte de mot d’ordre destiné à permettre aux fidèles de se reconnaître entre eux et de se distinguer de quiconque n’était pas membre de l’Église *.

Le Symbole des Apôtres est très-souvent appelé un mystère®, mysterium SymboH*, un mystère transmis parles Apôtres, mysterium quod Apostoli

Ne secrelum Dei habeat indignes et profanas audilor. Pierre Chrysolog., Sermo 59, et dans les sermons 60 et 61 , dans l’édition do Th. Raynaud, p. 5i, SS et 56.

î. Rufin, Ê.rposit.tii Symbol. .l/)os<otor.,p.15i; MaximodoTurin, éd. Th. Raynaud, p. 239; Léo Magnus, éd. Th. Raynaud, p.239.

3. On vient de voir que Pierre de Ravenne le nomme le secret de Dieu, secretum Dei.

4. Beat! apostoli mysterium symboli tradiderunt, ut signaculum symboli inter fidos perfidosque secerneret, et alienus a fide

tradiderunt *. Encore à la fin dn huitième siècle, l’évéque Jesse lui donne cette qualification A vrai dire, cela ne parait pas avoir de sens à la fin du quatrième siècle, et encore moins dans les siècles suivants. Ce n’est que dans des sociétés secrètes qu’il est interdit de mettre les Symboles par écrit, et à cette époque, le christianisme, devenu la religion dominante dans l’empire romain, était professé publiquement au grand jour; tout ce qui le concernait était connu; une foule d’écrivains en avaient déjà expliqué l’histoire et la doctrine dans des livres répandus en tous lieux. Gomment, dans un tel état de choses, pouvait-on parler de formulaires secrets qu’il fallait dérober à la connaissance des profanes? L’étonnement redouble quand on voit ceux-là mêmes qui répètent si souvent qu’il ne faut pas mettre le Symbole des Apôtres par écrit, l’écrire tout au long avec les explications qu’ils en donnent, dans des traités et des sermons, dont il était impossible qu’il ne circulât pas bientôt de nombreuses copies.

atque hostis appareret ecclesiæ qui aut tanquam baptizatus nescisset, aut tan()uam hæreticus corrupisset. Léo Magnu», edid. Tli. Raynaud, p. Ï39.

1. Mysioriuin prædicamus quod apostoli tradiderunt, est-il dit dans un aiideu rituel rapporté par Maitone, /)« antiquis Ecclesiæ rittbus, t. 1, m.

2. Jesse ambianensis episcopi epistula ad suæ diocesis sacei dotes, cité dans Martène, ibid., l. I, p. 29 et 30.

F audrait-il admettre, avec Muratori, que la recommandation des écrivains ecclésiastiques du quatrième et du cinquième siècle, de no pas mettre par écrit le Symbole "des Apôtres, ne doit pas se prendre à la lettre, et que Jérôme, Augustin et les autres docteurs chrétiens de cette époque voulaient dire seulement que le Credo est un document si précieux que ce n’est pas sur du papier, mais dans le cœur, qu’il mérite d*être écrit ‘ ? Je ne saurais le croire. L’opinion du savant antiquaire italien s’accorde mal avec les paroles des Pères de l’Eglise qui ont expliqué le Credo et avec les renseignements les plus certains que nous donnent sur ce point un grand nombre d’ouvrages du troisième, du quatrième et du cinquième siècle. En vain fait-il remarquer qu’il ne pouvait pas être, à la lettre, interdit de mettre par écrit le Credo, puisque ceux-là mêmes qui insistent le plus sur cette interdiction l’écrivirent eux-mêmes dans leurs expositions Z)e Symbolo. Ces expositions sur le Symbole ou n’étaient pas destinées à la publicité, ou ne devaient être communiquées qu’aux membres de l’Église, c’est-à-dire aux personnes qui avaient déjà reçu le baptême et qui par conséquent avaient connaissance de ce formulaire *. La

<. Muratori, Liturgia romam vêtus, 1. 1, p. 8.

t. Cyrille de Jérusalem recommande expressément de ne communiquer les catéchèses dans lesquelles il ex plique le Symbole des Apôtres, qu’à ceux qui vont recevoir immédiatement le baptême

défense s’adressait d’ailleurs aux fidèles; elle ne pouvait atteindre le prêtre qui, chargé de l’instruction des catéchumènes, préparait par écrit les explications qu’il devait leur donner.

On est naturellement conduit à supposer que cette mesure remonte à une époque où le Credo n’était pas tel que nous le voyons au quatrième siècle, et où l’Église se trouvait dans d’autres conditions qu’au temps de Rufin et de saint Augustin. L’usage de ne pas écrire ce for.mi’.aire ne s’est pas établi certainement au quatrième siècle ; autrement les écrivains ecclésiastiques auraient usé de plus de réserve à cet égard, et se seraient bien gardés de le mettre eux-mêmes par écrit. D’ailleurs, s’il y avait alors une raison de le faire apprendre par cœur aux postulants, pour leur donner un résumé des croyances chrétiennes qu’ils ne pussent jamais oublier, il n’y en avait pas de le soustraire aux regards des profanes, c’est-à-dire des païens, dont le nombre diminuait chaque jour, et qui pouvaient d’ailleurs le connaître par l’indiscrétion des chrétiens, et encore moins à ceux des schismatiques et des hérétiques qui le connaissaient, puisque la plupart d’entre eux s’en servaient, aussi bien que l’Église catholique, pour le baptême de leurs néo-

el pour qui elles ont rflé composées, et qu’aux fidèles qui sont déjà membres de l’Église. CÿriUi Hierosol. Opéra, p. 13.

phytes *. Cette défense était certainement, du temps de saint Augustin, une affaire de tradition. On avait cru nécessaire, dans des temps antérieurs, de tenir secrète la profession de foi par laquelle les postulants étaient admis dans l’Église. Cet usage une fois établi, on continua de s’y conformer, du moins en apparence, même quand, les circonstances ayant changé, il n’y avait plus de raison de le suivre. Et c’est ce qui explique l’inconséquence des écrivains ecclésiastiques du 'quatrième siècle et des siècles suivants, qui mettent par écrit le Symbole des Apôtres, tout en recommandant avec la plus vive insistance de ne pas l’écrire.

t. Cypriani Opéra, p. 296, Epitt. 69 ad Magnum; elp. 310, Epiit. 10 ad Januar.

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