Grégorii Nysseni Opéra, Paris, <638, l. II, p. 1Î5, D
prend ses mesures, du moins autant que cela dépend de lui, pour que ses catéchèses ne tombent pas entre les mains de ceux qui ne sont pas encore admis au nombre des fidèles. A la fin de l’introduction qui les précède, il recommande de ne les donner à lire qu’à ceux qui vont recevoir le baptême et qu’aux fidèles qui l’ont déjà reçu : « Vous ne les communiquerez pas aux catéchumènes, ajoute-t-il, ni à ceux qui ne sont pas chrétiens. Autrement vous en rendrez compte au Seigneur, » sivei xuplc* y.hyo'l 5(d(J£lî * .
On ne voit aucune recommandation de ce genre dans les nombreuses explications du Symbole que nous ont laissées les écrivains ecclésiastiques de l’Occident. Ils répètent tous, il est vrai, qu’il ne faut pas le mettre par écrit ; ils le 'considèrent comme la marque du fidèle ; ils entendent bien, par conséquent, qu’il ne doit pas être livré à quiconque n’est pas chrétien : mais ils l’écrivent tous sans le moindre scrupule dans des traités et des discours évidemment destinés à la publicité, et sans faire observer, à l’exemple de Cyrille de Jérusalem, que Dieu réserve des châtiments particuliers à ceux qui livreraient la formule d’initiation à des catéchumènes ou à des profanes. Ils avaient certainement sur ce point d’autres idéesque les Pères grecs,
i. Cyrilli Hierotol. Optra, p. 13.
soit qu’ils comprissent mieux l’esprit du christianisme, soit que leurs tendances pratiques s’accommodassent mal des procédés mystiques qui paraissent avoir eu toujours un grand attrait pour les Orientaux, soit qu’ils n’eussent pas l’habitude des mystères qui ne s’étaient jamais établis dans l’Occident comme des institutions permanentes et nationales. En recommandant de ne pas mettre par écrit le Symbole des Apôtres, ils suivaient une tradition ancienne dont ils ignoraient à la fois et l’origine historique et le sens primitif; mais ils ne semblent pas y attacher la même importance que les Pères grecs.
Ces écrivains ecclésiastiques latins auraient été certainement fort étonnés d’entendre soutenir, avec Origène, qu’il y a un christianisme exotérique et un christianisme ésotérique, une doctrine pour les catéchumènes et une autre pour les fidèles. Saint Augustin, en particulier, est si éloigné de cette opinion, qu’en enseignant le Credo aux postulants, il leur déclare à plusieurs reprises qu’il n’y a rien dans ce formulaire qu’ils ne connaissent déjà et qu’ils n’aient apprjs soit par la lecture des livres saints, soit par les prédications auxquelles ils ont assisté. Le Symbole, leur dit-il, ne contient ni faits ni doctrines qui soient nouveaux pour vous ou que vous n’ayez entendus, non nova vel inaudiiasunt uofets*. -
h . Ea quidem quæ broviler accepturi estis, maDdanda mémo-
Ce n’est donc pas en réalité d’une initiation au sens propre du mot qu’il s’agit en Occident, au quatrième siècle, quand on fait apprendre aux postulants le Symbole des Apôtres, et quand ceux-ci le récitent à l’évêque au moment deleur baptême. On entend seulement compléter leur instruction religieuse, leur inculquer un résumé de la doctrine chrétienne tel qu’il ne sorte plus de leur mémoire, et leur donner un formulaire par lequel ils puissent s’engager publiquement à faire profession de la foi admise dans l’Église, ut filles vestra œdifiicelur, et confessio frœparetur, et memoria non gravetur, ainsi que le dit saint Augustin. Le Symbole des Apôtres n’est pas autre chose en réalité pour les Pères latins, à partir de la fin du quatrième siècle, et c’est ce qu’il sera désormais pour l’Église catholique. Quand ils l’appellent un mot de passe, un mot d’ordre, ils n’entendent plus ces expressions dans le sens qu’on leur donnait auparavant. Ils
riæ et ore proferenda, non nova vel iriaudita sunt vobis. Nam in sanctis scripturis et in .sermonibusecclesiasticis in multis mudis posita solelis audire. Sed collecta breviter et in ordinem certain redacla atquo constricla tradenda sunt vobis, ut fuies vestra ædificetur, et confessio præparetur, et memoria non gravetur. Aîijustini Opéra, t, V, col. 1 371 , Senno 21 1, § 1 . Et encore : Quidquid in syrnboloaudituri estis, in divinis sacraruui scripturaruin litteris continetur.... hoc est symbolum, quod vobis per scripturas et sermones ecclesiasticos insinualum est, lùicl., t. V, col. 1363, Sermo 212, § 2. Voyez aussi t. VI, col. 917,
De Symbolo sermo, 1 1.
n’ont pas conscience, il est vrai, de cette différence ; ils croient qu’on n’a jamais pris ces expressions traditionnelles autrement qu’ils ne les prennent ; ils ne se doutent pas du changement qu’a apporté dans les idées le changement survenu dans la position de l’Église par suite de la propagation du christianisme et de sa victoire sur les religions anciennes. Mais à la fin du second siècle, le Symbole des Apôtres, ou du moins ce qui en tenait lieu au baptême des néophytès, était bien à la lettre une formule d’initiation, servant parmi les chrétiens au même usage que les formules des mystères de la Grèce antique parmi les païens. Il introduisait dans le culte secret de l’Église ; il était la parole à laquelle les fidèles se reconnaissaient entre eux ; et c’est pour cela qu’il n’était pas plus permis aux chrétiens de l’écrire et de le révéler aux profanes, qu’il ne l’avait été aux païens de divulguer les formules des mystères d’Éleusis ou de la Bonne Déesse.
Lü SÏMBOLK Des ABOTlUiS