‹ Le symbole des Apotres; essai historiqueChapitre 54 sur 150 · Tertullien, né vers 460, vécut jusqu'en SiS · texte numérisé non relu

Tertullien, né vers 460, vécut jusqu'en SiS

134 LF, IyMBOLE DES APOTRES

rigeaient aïôrs les Églises? Il est permis d’en douter, quoique d’ordinaire on en fasse honneuf à Polycarpe. Ce furent les circonstances qui forcèrent les diverses communautés chrétiennes â se liguer entre elles. Elles n’y auraient peut-être jamais pensé, si elles n’avaient été menacées dans leur existence par les mille sectes rivales qui surgissaient de tous côtés, et qui leur disputaient avec la plus grande ardeur, principalement vers le milieu du deu.viôme siècle, l’empire des consciences. Il fut nécessaire de s’opposer à la diversité sans cesse croissante des interprétations des enseignements de Jésus-Christ et des Apôtres. C’est dans cette intention, c’est contre ce qu’on appela les hérésies, que se lièrent en une sorte de confédération toutes- les communàutés qui professaient des croyances â peu près semblables, et cette Église universelle, représentation abstraite et idéale de toutes les commutiaütés chrétiennes unies, fut regardée comme la gaTdienné de la saine doctrine et de la tradition apostolique. Ce fut son caractère essentiel, et c’est ce qüi lui donflâ, dès les premiers moments, une autorité, une puiSSkilce, purement morale, il est vrai, puisqu’ ellè ne s’appuyait sur aucune institution réelle, mais d’autant plus forte qu’elle reposait sur l’assentiment génét*al et qu’un instinct secret avertissait les diverses Églises des services Signalés qu’elles pouvaient en attendre pour le triomphé de leurs croyances.

On comprend comment, dans cet état des choses et dans la disposition des esprits en ce moment, on se persuada qu’il était aussi nécessaire de croire à l’Église qu’au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Il ne pouvait en être autrement, puisqu’on pensait que ce n’est que par l’Église que la vraie croyance au Père, au Fils et au Saint-Esprit était maintenue. Rien n’était dès lors plus logique que de donner au Symbole par lequel on faisait profession de christianisme cette forme nouvelle : « Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église * . » Tel était, à la fin du second siècle et au commencement du troisième, la formule que les postulants {corrvpeientes) prononçaient au moment où ils allaient recevoir le baptême*.

4 . Tertullien, De baptimo, | tl; Cyprien, Opéra, p. Î96 et 304. Le baptême semble avoir été administré avec cette formule dans les Églises d’Afrique, mais, selon toutes les vraisemblances, seulement pendant le troisième siècle. La formule primitive : • Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » se trouve en usage partout ailleurs, malgré l’addition des mots < la sainte Église • dans la profession de foi des catéchumènes.

î. Martène, De antiquii Ecclesice ritibus, t. I, p. 172, 186, 195, 201, etc. Les mots c la sainte Église > sont quelquefois remplacés pardes termes équivalents ou qui les supposent. C'est ce qu’on voit dans le formulaire usité, au quatrième siècle, dans l’Église de Jérusalem : Tôt» ooi IXi-jito »îit«iii • nioTtOu tî< rtv »ol il( TOT ulov, »al »Î 4 Ti olyiov irvsüjia, xal »!{ PaTmoji.» Cy-

rille de Jérusal., Opéra, p. 283, Catech. mystagog., 1, § 6. La foi à un baptême administré par l’Église implique nécessairement la croyance que l’Église dispense les grâces divines et le salut.

136 LK Symbole des apôtres

C’est 4e cétte formule que s’est formé, par des développements que nous ferons bientôt connaître, le Symbole des Apôtres, ou pour mieux dire le Symbole des Apôtres n’est que cette formule développée ou expliquée par un certain nombre d’articles que les circonstances y firent ajouter. Le chapitre suivant ne laissera, je l’espère, aucun doute sur la vérité de ce fait. Elle ressort déjà des trois faits suivants sur lesquels je ne crois pas inutile d’appeler d’abord l’attention du lecteur.

On ne peut comparer ces deux pièces sans être frappé de l’analogie qu’elles présentent. Les quatre parties de l’une correspondent, et dans le même ordre, aux quatre termes de l’autre. Faites disparaître du Credo ce qu’on peut appeler les articles explicatifs, et il ne reste que la formule : Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église*. Ajoutez quelques explications à chacun

i. L’Église catholique nedivi.^e le Symbole des Apôtres qu’en trois parties. Elle rattache les articles relatifs à la sainte Église à celui duSaint'Esprit, soit parce qu’elle regarde l'une comme l’organe de l’autre et qu’elle juge que ce qui concerne la mainte Église ne doit pas se séparer de ce qui concerne le Saint-Esprit, soit parce qu’elle a cru convenable de conserver la division ternaire qui correspond à des rites antiques, en particulier à la triple immersion des néophytes dans l'eau baptismale, usage dont l’établisse-

de oes quatre termes, et vous aurez le Credo.

D’un autre côte, le- mot de Symbole, par lequel Origène et Tertullien nous apprennent qu’on désignait de leur temps la formule qui servait de profession de foi aux catéchumènes, est aussi le

mciiL est antérieur à l’introduction du terme a la sainte Église » dans l’ancienne profession de foi des catéchumènes. En réalité, le Symbole se compose de quatre parties distinctes. Le terme « la sainte Église > se rattache non pas seulement à celui du Saint- Esprit, mais à tous les autres. Tel était le sentiment des anciens écrivain.s ecclésiastiques, t L’Église, dit Tertullien, est le corps des troLs personnes divines. • Ecclesia quæ trium corpus est. De bapUsmo, § 6. Et saint Augustin : Ecclesia templum Dei, hoc est, totius summæ trinitntis. Opéra, t. VI, col. 375, Enchirid. ad Laurent., § 15. Ce qui concerne la sainte Eglise dans le Credo constitue donc une partie spéciale; c'est bien ainsi que l’entend saint Augustin : Cuin autem de Jesu Christo, Filio Dei unico. Domino nostro, quod ad brevilatem confessionis pertinet, dixerimus, adjungimus sic credere nos et in Spiritum Sanctum, ut ilia Trinitas coinpieatur, quæ Ueus est. Deiude sancla commeinoratur Ecclesia. Opéra, l. VI, col. 374, Enchirid. ad Laurent., § 15. Rectos itaque confessionis ordo poscebat, ut Trinitatj subjungeretur Ecclesia, tanquam habilalori dotnus sua et Deo teniplum suum, et conditori civitas sua. S:qiii<ur post Trinilatis commendationem, sanctam Ecclesiam. Demonstratus est Deus, et templum ipsius. Ibid., t. VI, col. 927 et 928,Sermo 1 De Symbolo,%H. Domus Dei Ecclesia est. Ibid., t. IV. col. 163, Enarr. in psalm. xxvi, § 12. Deus ergo habitat in lemplo suo, non solum Spiritus Sanctus, sed etiam Pater et Filius. Ibid., t. VI, col. 375, Enchirid. ad Laurent., § 15. Et ailleurs, après avoir expliqué ce qui se rap|iorte au Père, au Fils et au Saint-Esprit, * il commence l’explication de ce qui concerne l’Église en ces termes ; Jam quod sequitur ad nos pertinet : sanctam Ecclesiam. Sancta Ecclesia nos sumus. Ibid., t. V, col. 1368, Sermo 214, § 7.

nom qu’on donne au Credo. Ce fait ne semble pouvoir s’expliquer que par. la supposition que celui-ci est, si je puis ainsi dire, la suite de celle-là, et que les deux pièces n’en sont en réalité qu’une seule à deux degrés différents de développement, plus simple à la fin du deuxième siècle, plus explicite cent ans plus tard.

Enfin, un troisième fait conduit à la même conclusion. Dès qu’on rencontre le Symbole des Apôtres, on le voit employé précisément au même usage que la formule du temps d’Origène et de Tertullien. Il l’a remplacée, ou pour mieux dire, il l’a continuée dans la cérémonie de l’admission des catéchumènes au sacrement du baptême. N’est-ce pas là un indice positif que le Credo est la formule de la fin du deuxième siècle, sous une forme plus étendue ?

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