‹ Le symbole des Apotres; essai historiqueChapitre 78 sur 150 · Rtvue de théologie, 4865, p? *62 et suiv · texte numérisé non relu

Rtvue de théologie, 4865, p? *62 et suiv

fers » n’avaient exprimé qu’une seule et même chose, savoir : la sépulture de Jésus-Christ, on aurait bien pu insérer indifféremment Tune ou l’autre dans le Credo ; on ne les y aurait pas mises toutes les deux à la fois. 11 me paraît impossible que ceux qui y introduisirent l’article Descendit ad inferna y eussent conservé le mot sepultus, s’ils avaient tenu les deux termes pour des expressions différentes du même fait. Si, en y insérant l’un, ils n’en firent pas disparaître l’autre , c’est que chacun d’eux représentait à leurs yeux un fait différent.

Telles sont les diverses explications que les théologiens protestants ont données de cet article du Symbole des Apôtres. On ne saurait se faire illusion, elles ont été inspirées par un motif dogmatique On ne pouvait prendre dans son véritable sens une déclaration qui, dans la pensée de ceux qui ont ajouté cet article au Credo, devait servir de preuve, ou du moins de point de départ, à la doctrine du purgatoire; et, d’un autre côté, on ne voulait ni l’effacer du Symbole des Apôtres, ni encore moins rejeter ce formulaire tout entier. 11 fallait bien alors trouver à ces paroles : Descendit ad inferna, « Il est descendu aux enfers, » un sens qui n’eût aucun rapport avec la croyance catholique. Que l’on compare ces explications avec celle que les catholiques en ont toujours donnée, et Ton restera convaincu, quelque opinion que Ton ait

d’ailleurs, de la vérité historique du fait dont il est ici question, et de la valeur de la docîrine qu’on y rattache, que cette dernière est la seule conforme à l’intention de ceux qui inscrivirent cet article dans le Symbole des Apôtres.

L’article de la communion des saints tient de très-près au précédent. 11 entra dans le Credo à la même époque et sous l’influence de superstitions analogues.

Origène avait enseigné que les âmes des saints, quoique retenues dans un lieu mitoyen, qui n’est ni le ciel ni l’enfer, s’intéressaient cependant au sort des vivants, et priaient pour eux ‘. Tertullien, en accordant aux martyrs le privilège d’entrer dans le ciel immédiatement après leur mort opinion qui ne tarda pas à être universellement admise rendit plus facile l’acte d’intercession des saints en faveur des fidèles retenus en-

1 Origènp, De oratione, § <1.

2. € Personne, en sortant du corps, dit Tertullien, ne jouit immédiatement de la vue de Notre Seigneur, si ce n’est le martyr qui, par son glorieux privilège, va au paradis sans descendre aux enfers. » De resurrectione, § i3.

3. Grégoire de Nazianze, Oratio X, § 24, dans Opéra, Paris, 4609, t, I, p. 473 et 174. Eusèbe, Vita Constanlini, lib. III, cap. 46. Gieseler, Hisl. des dogmes, trad. franç., p. 376.

core sur la terre, et donna par là un plus haut degré de vraisemblance à cette croyance. Saint Augustin, d’un autre côté, rattacha par des nœuds étroits les hommes pieux à la milice céleste qui entoure Dieu dans les deux. • Par l’Église, ditil, que nous confessons dans les Symboles, il faut entendre l’Église tout entière, c’est-à-dire non pas seulement cette portion de l’Église qui vit encore eh étrangère sur la terre, qui loue le nom du Seigneur dans tous les lieux où elle est étendue, depuis l’Orient jusqu’à l’Occident, et qui chante un cantique nouveau d’actions de grâces à la gloire du libérateur qui a brisé les liens de son ancienne servitude, mais aussi cette portion composée des esprits bienheureux qui, depuis le moment de leur création, sont toujours demeurés dans le ciel, saintement attachés à Dieu, sans avoir fait aucune chute. Celle-ci, composée des saints anges, vient en aide, comme elle le doit, à celle qui n’a pas encore accompli son pèlerinage, car l’une et l’autre, appelées à être une dans l’éternité, le sont déjà maintenant par les liens de la charité *. »

^ . Qiiæ tota (Ecclesia) hic accipienda est, non aolam ex parte quœ peregrinatur in terris, a solis ortu usque ad occasum laudans nomen Domini, et post caplivitatem vetustatis canlaas canticum novum ; verum eliacn ex üla quæ in cœlis semper, ex que condita est, coluerit Deo, nec ullum malum sui casus experta est. Hœc in eanctis angelis beata persistit, et parti peregrinanli aicut oportet epitulatur, quia utraqne una erit consortio æter«ttatis et

Si les anges nous viennent en aide, pourquoi les saints et les martyrs, qui sont aussi auprès de Dieu, ne nous secourraient-ils pas dans nos affictions? Origène ne trouvait pas d’inconvénient à le croire *, et, après des vicissitudes assez longues, cette opinion devint une croyance générale *. « Nous devons nous recommander à leurs prières, » dit’salnt Augustin *, de même que, d’après saint Ambroise,

nuDC una est vinculo cbaritatis, quæ tota instiluta est ad colendum unum Deum. Augustini Opéra, l. VI, col. 384 et 375, Enchiridion ad Laurentium, % ib.

1. Si dicantur curam gerere salutis eorum, etjavare eos precibus suis atque interveutu suo apud Deum, non erit incouve* niens. Origenis Opéra, éd. De La Rue, t. III, p. 75; l. II, p. 437; t.lV, p. 479

2. La plupart des Pères des quatre premiers siècles voulaient, au contraire, qu'on priât pour les martyrs. Constit. apostoL, lib. VIII, cap. 12; Cyrille de Jérusalem, Catech. mystag., V, § 8; Ëpipbane, Hœres., LXXV, § 7. On récitait dans les assemblées des fidèles des prières conçues dans ce sens, c’est-à-dire destinées à implorer la miséricorde divine pour la rémission des fautes qu’avaient pu commettre, pendant leur vie, les martyrs, les confesseurs, les évéques, les docteurs, tous ceux, en un mot, qui étaient morts dans le sein de l'Église et dans la vraie foi. Voyez Renaudot, Liturgicarum orientalium colUctio, t. I, p. 633; t. Il, p. 620; Bingbam, Origines ecclesiasticœ, liv. XV, rh. 3, § 16 et 17. Mais au cinquième siècle, on commença à trouver ces prières inconvenantes. « Injuria est pro martyre orare, cujus nos debomus oralionibus commendari, » dit saint Augustin, Opéra, t. V, col. 406, Sermo 117, § 1. A peu près à la même époque, le culte des anges, qu'on avait regardé jusqu'alors comme interdit par l’Écriture sainte (Cofossiena, ii, 18; Apocalypse, xix, 10; xxii, S et 9), commença à se répandre. Saint Ambroise semble avoir été le premier à le recommander.

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