De principes, lib. I
3. King, Historia Symboli Apostolorum, cap. ni, § 54; Basnage, Exercit. in Baronium, p. 476.
4. Sepultus est ut qui vere mortuus. Maxime .de^Turin, In Symbolum homilia, p. 239.
ment de la réalité de sa mort, mais encore de celle du corps humain qu’il avait revêtu *.
4° Descendit ad infema. — Il est descendu aux enfers.
Il n’est pas dit un seul mot de la descente de Jésus-Christ aux enfers dans les règles de foi d’Irénée, de Tertullien et d’Origène. Ces écrivains étaient cependant persuadés que le Seigneur avait visité, après sa mort, les demeures souterraines dans lesquelles les morts sont détenus. Plusieurs de leurs ouvrages en font foi*. Pourquoi donc n’en ont-ils pas parlé dans leurs règles de foi? Évidemment par la môme raison qu’ils n’y font pas mention des miracles de Jésus-Christ, qu’ils ne mettent certes pas en doute. Ils avaient voulu donner dans ces sortes de formulaire un exposé sommaire des doctrines proprement dites de la religion chrétiennes, et ces faits, je veux dire la descente de Jésus-Christ aux enfers, tout comme les prodiges qu’il avait opérés, quoique, à leurs yeux, des objets de la croyance chrétienne , n’étaient pas des
1 . Sepullum dicis, ut veram carnem Christi, mortemque non perfunctoriam probet confessio sepulturæ. Pieire Chrysol., In Symbol, homilia 60, p. 55.
S. Tertullien, De anima, §§ 7 et 55; Origène .Contra Celtvm, lib. U, 5 «■
îau LE SYMBOLE DES APOTRES
doctrines. Voilà pourquoi ils n’en disent rien dans leurs professions de foi.
La descente de Jésus-Christ aux enfers est également passée sous silence dans le Symbole copte, dans celui des Constitutions apostoliques et vraisemblablement aussi dans tous les autres qui ont pu exister au troisième siècle, et sans le moindre doute par la même raison, c’est-à-dire parce que cet acte de la vie-du Seigneur ne se rattachait pas encore à une doctrine qui fût devenue l’objet de la croyance de la masse des chrétiens.
A la tin du quatrième, elle ne se trouve encore mentionnée dans aucun Symbole, si ce n’est dans celui de l’Église d’Aquilée, dans lequel, par une sorte de compensation, manque le mot sepultus, « il a été enseveli », de l’article précédent, circonstance qui, comme on l’a vu, a servi de point de départ à Vossius, à Dumoulin, à Witsiuset à plusieurs autres théologiens protestants pour prétendre que par ies mots : « Il est descendu aux enfers », on a voulu parler de la sépulture de Jésus-Christ. Pourquoi le Symbole d’Aquilée n’a-t-il pas le mot « sepultus*, qui se trouve dans les autres Symboles des Apôtres de la même époque, et contient-il au contraire l’article : Descendit ad inferna, « 11 est descendu aux enfers », qui n’est dans aucun de ceux-ci? Il me parait impossible d’en donner une explication satisfaisante; mais quand il serait vrai.
comme Rufin semble le croire et comme plusieurs érudits protestants ont voulu le prouver, que cet article y eût été inscrit pour tenir lieu du mot sepultus, il n’en resterait pas moins certain que ce fut avec un autre sens et pour marquer un autre fait qu’au sixième siècle, il fut introduit dans les Symboles où se trouvait ce mot sepultus, et où, par conséquent, il était déjà fait mention de la sépulture de Jésus-Christ.
C’est, comme on l’a déjà vu, dans le sermon 1 er du Supplément de Vignier et dans les 115 e et 131* De tempore, attribués autrefois à saint Augustin et imprimés dansses oeuvres, que l’article Descendit ad inferna, « il est descendu aux enfers », se montre pour la première fois, concurremment avec le mot sepultus, « il a été enseveli », dans le Symbole des Apôtres; et ces sermons, de beaucoup postérieurs au célèbre docteur de l’Église, dont ils ont pendant longtemps porté le nom, ne peuvent avoir été composés au plus tôt que dans la première moitié du sixième siècle, et, selon toutes les vraisemblances, en Afrique.
Il s’écoula beaucoup de temps avant que cette addition fût admise dans le Symbole par les Églises de l’Italie et par celles du nord de la Gaule. Elle n’y pénétra que peu à peu, de proche en proche. On a quelques raisons de croire qu’elle rencontra une opposition marquée dans les Églises frankes.
Pendant plusieurs siècles, on n’y semble pas goûter la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers. L’article Descendit ad inferna manque dans le Credo d’un ancien missel d’une Église franke *. A la rigueur, cette omission pourrait être due à une erreur de copiste ; c’est peu probable toutefois. Quelques autres faits plus significatifs encore, ce me semble, laissent d’ailleurs peu de doute sur la répugnance de l’Église franke pour cette légende.
Le missel dont il vient d’être question contient une autre exposition du Symbole ( Expositio vel traditio Symboli ) ; le Credo qui est en tête présente, il est vrai, l’article Descendit ad inferna; mais il n’en est pas dit un seul mot dans l’explication qui suit. Il y a plus : les articles y sont reproduits â mesure qu’on les commente ; celui de la descente aux enfers y est passé sous silence, et après avoir rapporté et expliqué l’article Crucifixus, mortuus et sepultus, on passe immédiatement à l’explication de tertia die resurrexit 2 .
Il en est de même dans une instruction dressée par Magnus, archevêque de Sens, à la demande de Charlemagne, sur la célébra tion du baptême ,
4. Martène, De antiquis Ecclesiœ ritibus, t. I, p. 95. Je rapporte ce Symbole dans l'Appendice, i. martène, ibid., t. I, p. 88 et 89.
3 , Magni senonensis archiepiscopi libellus de mysterii baptismatis jusssu Caroli Magni editus. Martène, ibid., t. I, p. 458.
pièce qui, par son caractère officiel, a évidemment une très-grande importance. Le Symbole des Apôtres n’y est pas rapporté textuellement , mais il y est paraphrasé, et dans cette paraphrase il n’est pas fait la moindre mention de la descente de Jésus- Christ aux enfers ; l’article de la résurrection suit immédiatement celui de la crucifixion : eumque veraciter crucifixuin, et die tertia resurrexisse *.
Enfin, dans un autre ancien formulaire du baptême, appartenant à une Église franke et publié également par Martène, la descente aux enfers est entièrement passée sous silence. Après avoir parlé de la mort du Fils de Dieu, on ajoute aussitôt qu’il est ressuscité le troisième jour : Mortuus est ergo Dei Filius secundum scripturas, juxta id quod mori poteral ; resurrexit tertia die, ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Patris, etc. s .
Que conclure de là, sinon que cet article n’était pas encore, au neuvième siècle, en grande faveur dans les Églises frankes? Il est certain, d’ailleurs, qu’à cette époque il régnait dans ces Églises une indépendance d’esprit qu’on n’a pas assez remarquée, et qu’il y aurait quelque intérêt à mettre en lumière.