RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Rappelons, en finissant, les faits principaux mis en lumière dans cette étude.
On chercherait en vain quelques traces de l’existence du Symbole des Apôtres pendant les deux premiers siècles. Ce formulaire n’apparalt pour la première fois que dans la seconde moitié du troisième. Il sert alors de profession de foi aux catéchumènes admis au baptême, et jusqu’au dixième ou au onzième siècle, il n’a pas eu d’autre destination ; mais il n’a jamais été en usage dans toutes les Églises. A la fin du troisième siècle et au quatrième, il n’est employé qu’à Alexandrie, à Antioche, à Jérusalem, en Italie et en Afrique. Bientôt il fait place, dans les Églises d’Orient, à l’un ou à l’autre des Symboles des conciles de Nicée et de , Constantinople, et depuis, il n’y a plus été connu, même de nom. Par une sorte de compensation , il gagne du terrain en Occident. On a vu de quelle singulière manière il fut substitué au onzième siècle, en Espagne, au Symbole du concile de Constantinople.
Depuis le premier moment de son apparition,
il se présente sous des formes très-sensiblement différentes, dans les diverses Églises où il est en usage. Ce n’est qu’au commencement du sixième siècle qu’il se montre dans le Sermon 1 er du Supplément des Œuvres de saint Augustin, par Vignier, et dans lesSermons 1 15 e et 131 e De tempore, sous la forme qu’il a définitivement conservée; mais cette rédaction définitive n’était pas encore admise dans toutes les Églises latines, au neuvième siècle.
Ce formulaire s’est formé peu à peu, du milieu du troisième siècle au milieu du sixième, par une suite d’additions successives et de remaniements répétés. La formule employée du temps de Tertullien, pour profession des néophytes au moment de leur admission dans l’Église par le baptême, en fut le cadre. La plupart des articles dont il se compose furent ajoutés aux quatre termes de cette formule, à mesure que l’Église fut dans la nécessité de repousser les explications qu’en donnaient les hérétiques et les schismatiques, et de marquer le sens dans lequel elle les entendait elle-même. Deux autres y furent insérés au sixième siècle pour exprimer les croyances relatives au purgatoire et à l’intercession des saints, et avidement acceptées dans l’Occident, à partir de ce moment, par la' masse des fidèles.
Il suit évidemment de là que ce formulaire n’est pas l’œuvre des Apôtres. Cette origine lui a été at-
tribuée par la môme raison qui fit donner la qualification d’apostolique à l’Église catholique. On le tenait pour le résumé de la doctrine prôchée par les Apôtres ; on finit par conclure de là qu’ils l’avaient composé eux-mêmes. Cette légende prit naissance dans l’Occident au quatrième siècle ; elle grandit peu à peu et s’embellit de nouveaux détails inconnus des Pères de l’Église grecque ; dédaignée et passée sous silence par les docteurs les plus éminents de l’Église latine, elle n’était pas encore universellement admise dans l’Occident, au neuvième siècle.
Et non-seulement ce formulaire n’est pas l’œuvre des Apôtres, mais encore il ne peut être considéré comme le résumé de leur enseignement. En effet , d’un côté, on a négligé d’y faire mention de plusieurs doctrines qui eurent une grande place, on peut même dire la plus grande place, dans leur prédication, et, d’un autre côté, il y est question de doctrines dont ils n’ont jamais dit un mot, par exemple celles du purgatoire et de l’intercession et des mérites des saints ; et même de doctrines directement contraires à celles qu’ils enseignèrent , par exemple celle de la résurrection de la chair, entièrement opposée à ce que dit saint Paul de la constitution pneumatique des hommes dans la vie à venir.
Le Symbole des Apôtres ne peut être considéré que comme un document historique, vénérable sans doute par son antiquité, mais sans la moindre
autorité dogmatique, et dont la seule utilité est de nous offrir le tableau de la formation successive des croyances chrétiennes, pendant les siècles qui l’ont vu naître et se développer.
Ce ne serait pas une moindre erreur que de le considérer comme un document commun à tontes les Églises chrétiennes, et maintenant, au-dessus de toutes les diversités qui les divisent, une sorte d’unité spirituelle. C’est un fait incontestable qu’il n’a été admis en définitive que par les chrétiens d’Occident. Il représente sans doute très-exactement des croyances propres à l’Église catholique 1 j mais il est, dans plusieurs des articles qui le composent, principalement dans ceux de la quatrième partie, en opposition manifeste avec l’esprit et les croyances des Églises protestantes , dont il passe d’ailleurs sous silence plusieurs doctrines qu’elles tiennent pour fondamentales.
t. Toutes les croyances mentionnées dans le Symbole des Apôtres sont admises dans l’Église catholique; mais toutes celles qu’elle admet n’y sont pas mentionnées. On n’y trouve que celles dont la formation est antérieure à la ûn du sixième siècle. Celles qui Sont nées depuis la clôture de ce formulaire n'ont pu naturellement y être indiquées.