‹ Le symbole des apôtresChapitre 35 sur 158 · Le mot < catholique » est une interpolation · texte numérisé non relu

Le mot < catholique » est une interpolation

les temps et les lieux. 11 est indispensable d’entrer dans quelques détails sur ce sujet. Voici comment je procéderai.

Je comparerai d’abord entre eux quatre Symboles des Apôtres que nous savons avoir été en usage à la tin du quatrième siècle, l’un à Jérusalem, l’autre à Rome, le troisième à Aquilée,et le quatrième, selon toutes les vraisemblances, à Alexandrie. Le premier nous est rapporté par Cyrille, évêque de Jérusalem, qui l’expliqua dans ses Catéchèses, et les trois autres par Rufin, dans son Exposition du Symbole des Apôtres. Je les comparerai ensuite avec ceux qui sont d’une époque antérieure, et enfin avec ceux qui leur sont postérieurs.

Quoique appartenant à la même époque, les quatre Symboles de Jérusalem, de Rome, d’Aquilée et d’Alexandrie offrent entre eux de très-notables différences.

Au premier article, celui de Rome et l’oriental ont seulement : « Je crois en Dieu, le Père tout- » puissant. » Celui d’Aquilée est plus explicite, et celui de Jérusalem l’est encore davantage. On lit dans l’un : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout- » puissant, invisible et impassible, » et dans l’autre : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puis - » sant, qui a fait le ciel et la terre, toutes les choses » visibles et les invisibles. »

Au second article, celui de Rome et d’Aquilée portent : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, No- » tre-Seigneur; » et l’oriental : « Et en Jésus-Christ, » son Fils, notre unique Seigneur, » tandis que celui de Jérusalem présente des développements bien plus considérables ; il dit en effet : « Et en un » seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de » Dieu, Dieu véritable, fait du Père, avant tous » les siècles, par qui toutes les choses existent. » L’oriental et ceux de Rome et d’Aquilée ont également, à l’article suivant : « Qui est né par le » Saint-Esprit de la Vierge Marie ; » mais celui de Jérusalem exprime la même idée en des termes qui marquent mieux l’intention polémique de cet article contre les docètes : « Qui s’est incarné et fait » homme. »

« Qui a été crucifié sous Ponce Pilate, » disent ensuite les trois Symboles dont parle Rufin; l’autre ne fait pas mention du procurateur romain et porte seulement : « Qui a été crucifié. »

Le Symbole oriental, celui de Rome et celui de Jérusalem parlent , après cela, de la sépulture de Jésus-Christ, et non de sa descente aux enfers; celui d’Aquilée, au contraire, de sa descente aux enfers, et non de sa sépulture.

L’article relatif au Saint-Esprit ne diffère à peu près en rien de celui du Symbole vulgaire, dans l’oriental et dans ceux de Rome et d’Aquilée; il est

plus développé dans celui de Jérusalem, qui le présente sous cette forme : «Et en un seul Saint-Esprit » le Consolateur, qui a parlé dans les prophètes. » Tandis que les trois premiers portent : « La » sainte Église, » ce dernier dit : « Une seule » sainte Église catholique. »

On lit dans le Symbole d’Aquilée : « La résur- » rection de cette chair, * et dans les trois autres :

» La résurrection de la chair. »

Entin le Symbole de Jérusalem se distingue :

1° En ce que l’article de la rémission des péchés vient avant celui de la sainte Église, et est rédigé en ces termes : « En un seul baptême de repen- » tance pour la rémission des péchés, » et 2° en ce qu’il a de plus que les deux autres deux articles, dont l’un, placé à la tin de la partie relative à Jésus- Christ, contient ces mots : « Dont le règne n’aura » pas de tin, » et dont l’autre termine le Symbole en ces termes : « Et la vie éternelle. »

Si nous comparons maintenant les Symboles de la fin du quatrième siècle avec ceux de la fin du troisième, nous verrons qu’ils en diffèrent encore plus qu’ils ne diffèrent entre eux. Cela est surtout vrai des trois dont parle Ilufin, car celui de Jérusalem est bien moins loin qu’eux de ceux de l’époque antérieure; sous certains rapports il semble former une sorte de transition des uns aux autres.

Le Symbole des Apôtres rapporté dans les Constitutions apostoliques, Jiv. VII, ch. 42 , et qui est de la seconde moitié du troisième siècle, est de beaucoup plus étendu que ceux de la fin du quatrième. Chacune des parties relatives au Père, au Fils et au Saint-Esprit contient des détails qui ne se trouvent plus dans l’oriental et dans ceux de Rome et d’Aquilée; et la partie relative à la sainte Eglise se présente sous une autre forme, et renferme un article déplus que celui de Jérusalem, et deux de plus que l’oriental et ceux d’Aquilée et de Rome.

Le Symbole copte, qui est probablement du même âge que celui des Constitutions apostoliques, est moins surchargé de détails que celui-ci; il contient cependant bien des traits qui manquent à ceux de la fin du quatrième siècle, principalement aux trois que Rufin nous fait connaître*. Il y est dit, de plus que dans ces dernière, que le Père est le seul « vrai » Dieu; que Jésus-Christ a été crucifié « pour nous, » et qu’il est mort « pour notre rédemption ; » qu’il est ressuscité « en brisant les chaînes de la mort ; » qu’il reviendra pour juger les vivants et les morts,

1. D’un autre côté, cependant, il n’a pas l’article de la résurrection de la chair qui se trouve dans tous les autres Symboles des Apôtres, sans exception. L’absence de cet article est certainement extraordinaire. Je ne saurais l’expliquer que comme un elfet do l'influence de l’école caléchélique d’Alexandrie, bien plus spiritualiste que les autres écoles chrétiennes des premiers siècles de l’Église.

« quand il apparaîtra, lui et son règne; » que le Saint-Esprit est « vivificateur, » et qu’il « purifie » tout dans la sainte Eglise. »

Cette comparaison sommaire montre d’une manière évidente que les plus anciens Symboles des Apôtres sont plus complexes que ceux de la fin du quatrième siècle, et que ceux-ci sont plus simples et mieux ordonnés. J’aurai à rechercher plus loin la raison de ce fait; pour le moment, je dois faire observer que, si ce formulaire était l’œuvre des Apôtres, il serait fort étrange qu’on eût osé y porter la main, et qu’au quatrième siècle on se fût encore permis d’en modifier la forme et le fond, et surtout d’en élaguer un certain nombre de déclarations. Il est manifeste que ni les auteurs de ces modifications, ni les Églises qui les ont sanctionnées, en adoptant les formulaires ainsi transformés, n’admettaient pas que le Symbole des Apôtres fût à la lettre d’origine apostolique.

Comparons maintenant les Symboles des Apôtres en usage à la fin du quatrième siècle avec ceux que nous trouvons en usage dans les deux siècles suivants, et d’abord avec celui qui est employé ou cité dans les derniers écrits de saint Augustin *.

1 . Sur les Symboles des Apôtres cités par saint Augustin, voyez la 3° partie de ce travail, chap 3.

Ce Symbole des Apôtres nous présente ces trois particularités :

1° D’être conforme à celui de Jérusalem en trois des points par lesquels celui-ci diffère de ceux dont il est parlé dans Rufin, savoir : les mots « créateur des choses visibles et des invi- » sibles » sont ajoutés à l’article : « Je crois en » Dieu, le Père tout-puissant, » la qualification de « catholique » est donnée à la sainte Église, et l’article de « la vie éternelle » a été adopté; modifications qui, pour le dire en passant, prouvent que saint Augustin voulut compléter le Symbole des Apôtres reçu de son temps et dans son pays par des emprunts qu’il fit à celui qui était en usage dans l’Église de Jérusalem;

2 ° De différer de tous les Symboles antérieurs par une nouvelle rédaction de l’article relatif à la naissance de Jésus-Christ, article qui est ici présenté sous cette forme : « Conçu du Saint-Esprit et » né de la Vierge Marie; »

Et 3° enfin, pour tout le reste, de s’accorder avec celui de Rome et avec l’oriental , et par conséquent aussi de différer avec eux sur ces points de tous ceux dont ils diffèrent.

Enfin, si nous comparons les Symboles de la fin du quatrième siècle avec le Symbole vulgaire, nous arriverons à ces résultats :

1° Le Symbole vulgaire ne s’accorde avec celui

d’Aquilée que dans ces quatre articles' :« Il est descendu aux enfers, » — « Le troisième jour il est ressuscité des morts, » — « De là il'viendra pour juger les vivants et les morts, » — « La rémission des péchés. »

2° Il ne s’accorde avec celui de Rome et avec l’oriental que sur quatre articles, qui sont les trois derniers et celui de « la résurrection de la chair. »

3° Dans huit autres articles, il reproduit les mômes faits ou les mêmes doctrines que les trois Symboles de Rufin, mais soit avec des différences de rédaction parfois considérables, soit avec des additions importantes. Comme exemple des différences de rédaction, je citerai l’article relatif à la naissance de Jésus-Christ qui est dans les Symboles de la fin du quatrième siècle : Na tus est de Spiritu tSa/ncto ex Maria Virgine, « Né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, * et dans le Symbole vulgaire : Çonceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine, « Conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie, » comme dans le dernier des Symboles cités par saint Augustin.*Comme exemple des additions, je citerai dans la première partie ces mots : « Créateur du ciel et de la terre, » et dans la qua-

4. Je laisse de côté les trois termes de la formule primitive : « Je crois au Père, — au Fils — et au Saint-Esprit, » qui sont communs à tous les Symboles des Apôtres, sans exception.

7Î LE SYMBOLE DES Al'OTRES

trième partie l’épithète de « catholique, » donnée à la sainte Église. Ni les mots « Créateur du ciel et de la terre, » ni celui de « catholique » ne se trouvent dans les Symboles de la fin du quatrième siècle, sauf celui de Jérusalem, auquel ils ont été évidemment empruntés.

4° Il s’accorde encore avec ce dernier par l’article « la vie éternelle, » qui manque aux trois dont parle Rufin.

5° Enfin il contient un article entièrement nouveau, celui de « la communion des saints. »

Est-il nécessaire maintenant de faire ressortir la conséquence qu’il faut tirer de ces nombreuses va dations du Symbole? Il est manifeste que s’il avait l’origine que lui attribuent saint Ambroise, Rufin et tous ceux qui admettent la légende dont ils ont parlé les premiers, il se serait conservé à peu près le même dans tous les temps et dans toutes les Églises. C’est ce qu’avouent ingénument plusieurs théologiens, catholiques. « S’il était vrai, dit Des Odoards Fantin, que les Apôtres eussent composé un Symbole, ce Symbole, porté dans toutes les Églises qu’ils fondèrent par eux-mêmes ou par leurs disciples, eût été partout uniforme, non-seulement pour la doctrine qu’il contenait, mais pour la manière dont elle était exprimée. Cependant il est certain que, durant les premiers siècles de l’É-

g-lise, on se servait dans différents endroits de plusieurs Symboles qui renfermaient tous la même profession de foi *, mais dont les expressions étaient différentes De toutes les différences gramma-

ticales qui se trouvent entre les Symboles récités dans les principales Églises durant les premiers siècles, les critiques ont inféré que le Symbole que nous avons sous le nom des Apôtres n’est pas leur ouvrage, quant aux expressions *. »

Ne serait-ce pas inexplicable, ainsi que le fait remarquer M. Viguié, que ce formulaire, s’il était sorti tel quel de la plume des Apôtres, se trouvât différent selon les temps, les lieux, les Églises, alors qu’il aurait été composé pour éviter les divergences dogmatiques • 1 ?

Au reste, on ne saurait admettre qu’on ait pris au sérieux, dans les premiers siècles de l’Église, la légende rapportée par saint Ambroise et par Rufin. Comment, si on y avait ajouté foi, se serait-on permis de remanier le Credo avec si peu de scrupule ? Ajoutons, comme un trait caractéristique de ces temps, que les derniers remaniements de cette

1. Des Odoards Paulin reconnaît cependant aussi que certains articles, par exemple celui de la descente de Jésus-Christ aux enfers, manquaient dans quelques Symboles anciens.

2. Des Odoards Fantin, Dictionn. du gouvernement, des lois, des usages et de la discipline de l'Eglise, t. VI, p. 163 et

3. Le Symbole des .1 i>ôtres, par Ariste Viguié, p. 13 et 14.

règle de foi sont dus précisément à ceux qui nous racontent, dans le sermon 1 er du Supplément des Vignier et dans le 131® De tempore, que chacun des articles qui la composent avait été prononcé par un des douze Apôtres, sous l'inspiration directe du Saint-Esprit.

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