CHAPITRE V
Le Symbole des Apôtres n’est pas le résumé des croyances des premiers propagateurs du christianisme.
Non-seulement le Symbole des Apôtres n’est pas l’œuvre des personnages vénérés auxquels la légende l’attribue, mais encore il est loin d’être un tableau fidèle de leurs doctrines. Il contient sans doute un grand nombre de faits évangéliques et d’idées religieuses qui firent partie de leur prédication. Mais, d’un côté, on y trouve des doctrines qu’ils ne connurent pas, et d’autres dont ils se faisaient une conception toute différente ; et d’un autre côté, il y manque plusieurs de celles auxquelles ils attachaient une importance extrême et qu’ils considéraient comme constituant l’essence même du christianisme.
La quatrième partie du Credo, presque tout entière, diffère de la théologie apostolique. Le mot « catholique » est inconnu aux Apôtres , et l’idée qu’il exprime leur est entièrement étrangère. Ils attendaient pour une époque très-rapprochée le
retour du Messie, la fin des temps et le renouvellement du monde 1 . Ils n’avaient pas eu par conséquent à se préoccuper du besoin qui se fit sentir plus tard d’une fédération des diverses communautés chrétiennes.
La communion des saints, c’est-à-dire la permanence des rapports entre les fidèles vivants et ceux qui sont morts pour la foi ou seulement dans la foi, n’était pas une idée qui pût se présenter à leur esprit. Ils attendaient d’un moment à l’autre à être tous réunis dans le sein d’Abraham. Il n’y avait pas lieu, dans une semblable croyance, à établir des rapports entre ceux qui étaient déjà au ciel et ceux qui restaient encore pour très-peu de temps sur la terre. Ce n’est pas qu’il n’y eût aucun lien entre , le monde invisible et la terre ; mais pour eux, Jésus-Christ est le seul intercesseur des fidèles auprès de Dieu 2 , et le Saint-Esprit prie pour les saints 3 et vient les secourir et les fortifier 4 . Dans tous les cas, ils ne parlent nulle part d’une com-
1. « Celle général ion ne passera pas que toutes ces choses n’arrivent, » Mutth., xxiv, 31, et les passages parallèles, Marc, xm, 30, et Luc, xxi, 32; 1 Corintli., xv, 51 et 52; 1 Tliessalon., IV, 15-17.