Origène, Contra Ctlsum, lib. I
Tel était le langage de ceux qui se piquaient de philosophie.
La même distinction se retrouve, mais sous une autre forme, dans les écrits de ceux des docteurs de l’Église qui faisaient profession de mépriser la science. L’Église était pour eux, comme les mystères antiques pour les païens *, une institution sanctifiante, conférant des privilèges spirituels à ceux qui y étaient admis par le fait seul qu’ils y étaient admis. Ils séparaient par une ligne de démarcation bien tranchée ceux qui y avaient été reçus et ceux qui aspiraient à y entrer. Ceux-ci n’étaient en quelque sorte que des chrétiens du dehors, presque encore des profanes, tout au plus des novices ; ceux-là étaient les chrétiens du dedans, les parfaits, de vrais initiés.
Un ancien usage de l’Église apostolique avait contribué, sans le moindre doute, à faire admettre cette division. Dès le principe, les chrétiens se réunissaient le soir pour prendre en commun leur repas, qui se terminait par la célébration de l’eucharistie, en mémoire et à l’imitation du dernier
\. « L’initiation, dit Sainte-Croix, était principalement destinée à régénérer les hommes; par elle, les méchants étaient purifiés, et les bons acquéraient une félicité éternelle, en s’assurant, après la mort, une demeure commune avec les dieux. » Recherches sur les mystères du paganisme, 2* édit., t. I, Avertissement, p. XVI.
repas de Jésus-Christ avec ses Apôtres. Il est manifeste que ceux-là seuls qui faisaient profession de la foi chrétienne et qui avaient reçu le baptême assistaient à ces réunions. Plus tard, quand pour mettre fin à des abus que le grand nombre rendait presque inévitables, le repas en commun eut été supprimé, ces réunions eurent pour objet principal la célébration de la communion; les chrétiens seuls continuèrent à y assister. Il en fut naturellement de môme, lorsque cette cérémonie fut célébrée, non plus dans des maisons, comme on l’avait fait pendant longtemps, mais dans des édifices consacrés au culte et à l’enseignement religieux. Comme ceux-là
seulement qui avaient reçu le baptême pouvaient y assister *, elle prit un certain caractère mystérieux, et l’on fut amené par là à considérer comme de véritables initiés ceux qui y prenaient part, et à regarder l’admission à cette partie du culte comme une initiation.
Les catéchumènes ne pouvaient même y être présents. On les reconnaissait bien pour des chrétiens, mais non pour des fidèless, c’est-à-dire pour
1. Non-seulement tous ceux qui avaient reçu le baptême pouvaient prendre part à l'eucharistie, mais encore ils le devaient. Aussi, après le culte, on l’envoyait par des diacres, ou des acolytes, à quiconque avait été empêché, par des motifs légitimes, d’assister à la célébration de ce sacrement ou, comme on l’appelait, de ce mystère. Marlène, De antiquis Ecclesiœ ritibus, t. 1, p. 207, 640 et 643.