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CHAPITRE IV

Les articles ajoutes à la formule qui serrait de profession de foi aux catéchumènes, du temps de Tertullien, furent empruntés aux règles de foi.

La formule qui, du temps de Tertullien, servait de profession de foi aux catéchumènes a donc été le cadre du Credo. Ce cadre fut rempli par les explications qu’il fallut eu donner pour apprendre aux fidèles en quel sens l’Église en entendait les quatre termes, et par conséquent aussi dans quel sens ils devaient eux-mêmes les entendre. C’est ainsi que cette formule se transforma en notre Symbole des Apôtres. Il ne peut y avoir le moindre doute sur ce sujet. Un point cependant reste à élucider.

Les articles explicatifs de notre formulaire sont, à très-peu de chose près, les mêmes dans tous les différents Symboles des Apôtres, les mêmes, non pas seulement quant au sens, ce qui se comprendrait aisément, puisque partout les orthodoxes se trouvèrent en présence des mômes adversaires, mais encore les mêmes quant aux mots, et cette

coïncidence est, au premier abord, passablement étonnante.

Y aurait-il eu un premier Symbole des Apôtres, dont tous les autres n’auraient été que des copies plus ou moins modifiées, ou des traductions plus nu moins exactes? Ce ne serait pas impossible. Mais ce fait, fût il historiquement prouvé, amoindrirait bien peut-être la difficulté ; il ne la ferait pas entièrement disparaître.

Le Symbole des Apôtres a été remanié en divers lieux et à diverses reprises. Gomment se fait-il qu’au milieu de toutes ces transformations, à Antioche comme à Alexandrie, à Rome aussi bien qu’à Carthage, on ait toujours également conservé le même fond? On comprend très-bien que les quatre termes de l’ancienne formule aient persisté au milieu de tous les changements ; ils sont ce qu’on pourrait appeler le thème de-ce formulaire: ils ne pouvaient disparaître; mais quelle impérieuse nécessité a maintenu dans tous les divers Symboles des Apôtres tous les articles de la seconde partie 1 et dans la quatrième celui de la résurrection de la chair? Dira-t-on qu’ils étaient indispensables? Accordons-le, quoique rien ne soit plus contestable. Mais était-il aussi indispensable

4. Excepté toutefois l’article de la descente de Jésus-Christ aux enfers, qui est de date comparativement récente.

LE SYMBOLE UES APOTRES iH

qu’ils fussent rédigés dans les mêmes termes? Non sans doute. Pourquoi donc la rédaction en estelle à peu près uniforme dans les Symboles grecs, et absolument identique dans tous les Symboles latins?

On ne peut en donner qu’une seule explication, c’est que ces articles étaient déjà, avant la formation du Credo, des formules fixes, en quelque sorte consacrées et généralement connues dans les Églises. Ces formules toutes faites entrèrent dans le Symbole des Apôtres, quand il devint nécessaire d’ajouter des articles explicatifs aux quatre termes de l’ancienne profession de foi des catéchumènes ; et naturellement elles restèrent, dans toutes les recensions et les transformations différentes de notre formulaire, telles qu’elles étaient avant d’en faire partie.

Il est même à supposer que ces formules étaient en langue latine. Cette circonstance peut seule en effet rendre compte, d’un côté, de la constante fixité de la rédaction des articles - dont il vient d’être question dans les Symboles latins 1 et, de l’autre, des légères variations qui s’y remarquent dans les Symboles grecs. Ces légères variations seraient le résultat de la traduction de ces formules

1. Du moins jusqu’au cummencemenl du cinquième siècle, époque à laquelle la rédaction de quelques-uns de ces articles fut retouchée, ce qui fera expliqué plus loin.

lit LE SYMBOLE DES APOTRES

du latin en grec, tandis que ces formules trans portées simplement dans les Symboles latins y auraient toujours été identiques à elles-mêmes.

Ces formules toutes faites qui furent transportées dans l’ancienne profession de foi des catéchumènes, vers le milieu du troisième siècle, existaientelles réellement avant la formation du Symbole des Apôtres? On ne saurait en douter. Elles étaient contenues dans les règles de foi de la seconde moitié du deuxième siècle et du commencement du troisième, ou pour mieux dire elles constituaient ces règles de foi. L’identité des articles qui les composent avec la plupart de ceux de notre formulaire est tellement frappante, qu’on a cru pouvoir en conclure que les règles de foi sont des imitations, des paraphrases ou des extraits du Credo .J’ai montré la fausseté de cette conclusion. Les règles de foi sont antérieures au Symbole des Apôtres ; elles ne peuvent par conséquent en dériver ; mais il n’y a pas d’impossibilité historique à ce que, au contraire, les articles qui sont communs et à ces règles de foi et au Credo aient passé des premières dans le second, et on ne peut s’empêcher de le croire, quand on compare les anciens Symboles soit grecs, soit latins, avec

ces formulaires, principalement avec celui du traité de Tertullien, De velandis virgiwbus *.

A cette présomption qui suffirait seule- à établir ce fait, on peut ajouter quelques considérations, qui me paraissent de nature à le rendre incontes- ' table.

Les règles de foi d’Ignace, d’Irénée, de Tertullien, d’Origène, étaient dirigées précisément contre les mêmes adversaires de l’Église que les articles du Credo, qui ont été indiqués un peu plus haut. C’est pour présenter le tableau des croyances orthodoxes, les seules vraies, les seules qui continuent la tradition apostolique, en opposition aux doctrines erronées des gnostiques, que ces anciens docteurs chrétiens avaient composé leurs formulaires. C’est également pour indiquer dans quel sens l’Église entend les quatre termes du Père, du Fils, du Saint-Esprit et de la sainte Église, contrairement à ce qu’en enseignaient les gnostiques, que les articles explicatifs du Symbole des Apôtres furent ajoutés à la profession de foi des catéchumènes. Il y avait donc déjà dans les règles de foi ce qu’on jugeait nécessaire d’introduire dans cette

4. En parlant de la règle de foi de Tertullien, M. Réville fait remarquer qu’on y peut déjà reconnaître les linéaments de ce qui fut plus tard admis dans l’Eglise chrétienne, sous le titre de Symbole des Apôtres ou Credo. Rev «te des Deux Mondes, ï« période, t. LIV, p. 488.

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ancienne profession de foi. Quoi de plus simple de prendre dans les premières ce qu’il convenait d’introduire daçs la seconde ?

L’emprunt se présentait de lui-même; on serait peut-être encore plus dans le vrai en disant qu’il s’imposait. La règle de foi du traité de Tertullien, De velandis virginibus, était plus que les autres une pièce classique, si l’on peut ainsi dire, contre les hérésies gnostiques. Elle avait au plus haut degré toutes les qualités du genre, clarté, concision, sûreté et énergie de l’expression. On n’aurait pu imaginer des formules plus propres à entrer dans une profession de foi.

D’un autre côté, les écrits de Tertullien, surtout ceux contre les hérétiques, avaient alors une éclatante renommée. Ils étaient répandus en touslieux, connus de tous les hommes qui étaient à ia tête des Églises. Saint Cyprien les estimait au point de ne pas laisser passer un seul jour sans en lire quelques pages; il en appelait l’auteur le Maître 1 . Ru tin l’appelle le plus célèbre des écrivains. 11 n’en est point de plus érudit ni de plus pressant dans la réfutation des hérésies, s’il faut en croire saint Jérôme*. Et au jugement de saint Vincent de Lé-

4. Da magistrum, disait saint Cyprien, quand il demandait les écrits de Tertullien. Jérôme, De scriptor. ecdesiast., § 64.

5. Quid Tertulliaqo eruditius? Quid acutius? Jérôme, Epistola ad Tdagnvm.

rius, ses écrits étaient com me autant de foudres qui avaient réduit en cendres les blasphèmes des juifs, des païens, des gn ostiques et de tant d’autres docteurs de mensonge qu’il avait combattus. Les erreurs montanistes dans lesquelles l’entraîna son génie raide, inflexible et porté à l’exagération, ne firent ni oublier ni méconnaître les services qu’il avait rendus à la cause catholique en la défendant contre ses plus redoutables ennemis. Nul autre des écrivains chrétiens de cette époque n’avait déployé plus d’ardeur, de persistance et d’habileté à les combattre; nui surtout n’avait su mettre ces obscures questions à la portée de toutes les intelligences, et les discuter avec plus d’éloquence et en un langage plus saisissant.

Les ouvrages de ce fougueux écrivain, que saint Cyprien n’était pas certaine ment le seul à appeler le Maître, restèrent comme un riche arsenal contre les hérétiques. On allait y chercher des armes contre les dangereuses théories du gnosticisme. Quand il fallut ajouter à la profession de foi des catéchumènes des explications propres à retenir les fidèles loin de ces erreurs, c’est encore à lui qu’on s’adressa. 11 n’y eut qu’à faire passer dans cette ancienne formule sa règle de foi du traité De velandis virginibus .

Qu’on veuille bien, enfin, remarquer que ce n’était pas un mince avantage à une époque où la va-

leur des idées et des institutions se mesurait à leur ancienneté, de compléter la profession de foi des catéchumènes qu’on tenait pour une ancienne formule et qui l’était en effet en un certain sens, par d’autres formules appartenant à un document déjà sanctionné jusqu’à un certain point par le temps 4 , et dans tous les cas par le succès, et qui passait d’ailleurs pour une reproduction fidèle de la tradition apostolique. On avait ainsi une pièce qui, quoique en réalité nouvelle, empruntait un caractère d’ancienneté aux deux qui entraient dans sa composition. Et c’est sans doute par suite de cette considération qu’on semble avoir tenu le Symbole des Apôtres, même au moment de sa naissance, pour un formulaire remontant aux premiers temps du christianisme.

11 ne sera peut-être pas sans intérêt de présenter sous forme de tableau synoptique l’ancienne profession de foi des catéchumènes, la règle de foi de Tertullien du De velqndis virginibus et le Symbole des Apôtres en usage dans l’Église de Carthage, probablement du temps de saint Cyprien.

K , Tertullien était certainement mort, et déjà depuis un cer« tain temps, quand le Symbole des Apôtres fut composé.

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