Matth., xxvm
3. Marlène, De anliquis Ecclesiœ ritibus, t. T, p. 81, 432 et euiv. Tertullien, De baptismo, g 43.
Esprit, dans la profession de foi des postulants? Il ne faut pas une connaissance bien profonde des idées dominantes dès la fin du deuxième siècle, pour conjecturer que c’est de l’Église qu’il doit être question. Et c’est, en effet, ce que nous apprend Tertullien lui-même. « Notre profession de foi et la promesse de notre salut ayant, dit-il, pour témoins et pour garants les trois personnes divines, la mention de l’Église arrive de toute nécessité. Car là où sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit, là est aussi l’Église qui est le corps des trois personnes divines '. »
Ce ne dut pas être, cependant, bien longtemps avant Tertullien 2 que ce quatrième terme- fut ajouté à la formule antérieurement en usage : « Je crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit. » On ne commença en effet que vers le milieu du deuxième si'ôcle à se faire quelque idée d’une union de toutes les Églises en une seule Église universelle, et à se les représenter comme ne formant qu’un seul corps dont elles étaient les membres et les organes.
L’initiative de cette conception doit-elle être attribuée à quelqu’un des hommes éminents qui di-
4. Cum sub tribus et testatio fideiet sponsio salutis pignorentur, necessario adjicitur ecclesiæ mentio, quoniam ubi iras, id est, Pater, Filius et Spiritus Sanctus, ibi Ecclesia quas triurn corpus est. Tertullien, De bapttsmo, § 6.
t. Tertullien, ntl vers 460, vécut jusqu’en Ji5.
rigeaient alors les Églises? Il est permis d’en douter, quoique d’ordinaire on en fasse honneur à Polycarpe. Ce furent les circonstances qui forcèrent les diverses communautés chrétiennes à se liguer entre elles. Elles n’y auraient peut-être jamais pensé, si elles n’avaient été menacées dans leur existence par les mille sectes rivales qui surgissaient de tous côtés, et qui leur disputaient avec la plus grande ardeur, principalement vers le milieu du deuxième siècle, l’empire des consciences. Il fut nécessaire de s’opposer à la diversité sans cesse croissante des interprétations des enseignements de Jésus-Christ et des Apôtres. C’est dans cette intention, c’est contre ce qu’on appela les hérésies, que se lièrent en une sorte de confédération toutes les communautés qui professaient des croyances à peu près semblables, et cette Église universelle, représentation abstraite et idéale de toutes les communautés chrétiennes unies, fut regardée comme la gardienne de la saine doctrine et de la tradition apostolique. Ce fut son caractère essentiel, et c’est ce qui lui donna, dès les premiers moments, une autorité, une puissance, purement morale, il est vrai, puisqu’elle ne s’appuyait sur aucune institution réelle, mais d’autant plus forte qu’elle reposait sur l’assentiment général et qu’un instinct secret avertissait les diverses Églises des services signalés qu’elles pouvaient en attendre pour le triomphe de leurs croyances.
On comprend comment, dans cet état des choses et dans la disposition des esprits en ce moment, on se persuada qu’il était aussi nécessaire de croire à l’Église qu’au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Il ne pouvait en être autrement, puisqu’on pensait que ce n’est que par l’Église que la vraie croyance au Père, au Fils et au Saint-Esprit était maintenue. Rien n’était dès lors plus logique que de donner au Symbole par lequel on faisait profession de christianisme cette forme nouvelle : « Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église *. » Tel était, à la fin du second siècle et au commencement du troisième, la formule que les postulants ( competentes ) prononçaient au moment où ils allaient recevoir le baptême*.
1. Tertullien, De baptismo, § 11; Cyprien, Opéra, p. 296 et 301. Le baptême semble avoir été administré avec cette formule dans les Églises d’Afrique, mais, selon toutes les vraisemblances, seulement pendant le troisième siècle. La formule primitive : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » se trouve en usage partout ailleurs, malgré l’addition des mots « la sainte Église > dans la profession de foi des catéchumènes.
2. Martène, De antiquis Ecclesiæ ritibus, t. I, p. 172, 186, 195, 201, etc. Les mots « la sainte Église » sont quelquefois remplacés pardes termes équivalents ou qui les supposent. C’est ce qu’on voit dans le formulaire usité, au quatrième siècle, dans l'Église de Jérusalem : Ton oci IXifrro elittiv • nianûw et; riv
xat il; tov uîcv, xat «i; to âftcv nvtÜLia, xat ii{ flâîroafia ^tTowciaî. Cyrille de Jérusal., Opéra, p. 283, Catech. mystagog., I. § 6. La foi à un baptême administré par l’Église implique nécessairement ja croyance que l’Église dispense les grâces divines et le salut.
C’est de cette formule que s’est formé, par des dé- • veloppements que nous ferons bientôt connaître, le Symbole des Apôtres, ou pour mieux dire le Symbole des Apôtres n’est que cette formule développée ou expliquée par un certain nombre d’articles que les circonstances y tirent ajouter. Le chapitre suivant ne laissera, je l’espère, aucun doute sur la vérité de ce fait. Elle ressort déjà des trois faits suivants sur lesquels je ne crois pas inutile d’appeler d’abord l’attention du lecteur.
On ne peut comparer ces deux pièces sans être frappé de l’analogie qu’elles présentent. Les quatre parties de l’une correspondent, et dans le même ordre, aux quatre termes de l’autre. Faites disparaître du Credo ce qu’on peut appeler les articles explicatifs, et il ne reste que la formule : Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Eglise 1 . Ajoutez quelques explications à chacun
4. L'Église catholique ne divise le Symbole des Apôtres qu’en trois parties. Elle rattache les articles relatifs à la sainte Église à celui du Saint-Esprit, soit parce qu'elle regarde l’une comme l’organe de l’autre et qu’elle juge que co qui concerne la ?ainte Église ne doit pas se séparer de ce qui concerne le Saint-Esprit, soit parce qu’elle a cru convenable de conserver la division ternaire qui correspond à des rites antiques, en particulier à la triple immersion des néophytes dans l’eaq baptismale, usage dont l’établisse-
de ces quatre termes, et vous aurez le Credo.
D’un autre côte, le mot de Symbole, par lequel Origène et Tertullien nous apprennent qu’on désignait de leur temps la formule qui servait de profession de foi aux catéchumènes, est aussi le
ment est antérieur à l’introduction du terme « la sainte Église » dans l’ancienne profession de foi des catéchumènes. En réalité, le Symbole se compose de quatre parties distinctes. Le terme >< la sainte Église > se rattache non pas seulement à celui du Saint- Esprit, mais à tous les autres. Tel était le sentiment des anciens écrivains ecclésiastiques. « L’Église, dit Tertullien, est le corps des trois personnes divines. • Ecclesia quæ trium corpus est. De baptitmo, § 6. Et saint Augustin : Ecclesia icmplum Dui, hoc est, totius summæ trinitatis. Opéra, t. VI, col. 375, Enehirid. ad Laurent., § 15. Ce qui concerne la sainte Eglise dans le Credo constitue donc une partie spéciale; c’est bien ainsi que l'entend saint Augustin : Cum autem de Jesu Chrislo, Filio Doi unico, Domino nostro, quod ad breviiatem confessionis pertinet, dixerimus, adjungimus sic credere nos et in Spiritum Sanctum, ut ilia Trinilas coinpleatur, quæ Deuscsl. Deindesaucla cominemoratur Ecclesia. Opéra, t. VI, col. 374, Enehirid. ad Laurent., § 15. Reclus itaque confessionis ordo poscebat, ut Trinitati subjungeretur Ecclesia, tanquam habilalori domus sua et Deo templurn sumn, et conditori civitas sua. S. qui 1 ur post Trinitatis commendationem, sanctam Ecclesiam. Denionstratus est Deus, et templum ipsius. Ibid., t. VI, col. 927 et 9Î8, Sernto 1 De Symbolo, § 14. Domus Dei Ecclesia est. Ibid., t. IV. col. 163, Enarr. in psalm. xxvi, §-12. Deus ergo habitat in templo suo, non solum Spiritus Sanctus, sed etiatu Pater et Filius. Ibid., t. VI, col. 375, Enehirid. ad Laurent., § 45. El ailleurs, après avoir expliqué ce qui sc rapporte au 1ère, au Fils et au Saint-Esprit, il commence l’explication de ce qui concerne l’Église en ces termes : Jam quod sequitur ad nos pertinet : sanctam Ecclesiam. Sancla Ecclesia nos suenus. Ibid., t. V, col. 4368, Sermo 214, §7.
nom qu’on donne au Credo. Ce fait ne semble pouvoir s’expliquer que par la supposition que celui-ci est, si je puis ainsi dire, la suite de celle-là, et que les deux pièces n’en sont en réalité qu’une seule à deux degrés différents de développement, plus simple à la fin du deuxième siècle, plus explicite cent ans plus tard.
Enfin, un troisième fait conduit à la même conclusion. Dès qu’on rencontre le Symbole des Apôtres, on le voit employé précisément au même usage que la formule du temps d’Origène et de Tertullien. Il l’a remplacée, ou pour mieux dire, il l’a continuée dans la cérémonie de l’admission des catéchumènes au sacrement du baptême. N’est-ce pas là un indice positif que le Credo est la formule de la fin du deuxième siècle, sous une forme plus étendue ?