Ibid., t. V, col. 4372, Sermo 213, g
3. fiirXa Xauëâvit; x*tà aipisiuv, xxrà IcjJa'uv, x*î ZauapttTûv, x»î iBviv. Cyrille do Jérusalem, Opéra, p. 8, prologue des Catéchèses, § G.
4. Commonimus ut inimicos catholicæ fidei, hostes ecclesiæ, inearnationis dominicæ negantes et instituto a sanctis apostoli*
L’auteur du 131 e sermon De tempore, attribué à saint Augustin, assure qu’il rompt les liens de l’infidélité *.
Ces docteurs de l’Église pensaient-ils que la plupart des articles qui y sont contenus y avaient été introduits à mesure qu’il avait été nécessaire d’affirmer et de préciser la doctrine do l’Église en opposition à des adversaires? On peut le croire de saint Augustin, qui ne donne jamais ce formulaire pour l’œuvre des Apôtres. Mais la plupart des autres s’imaginaient que les Apôtres avaient prévu toutes les diverses opinions contradictoires ou erronées qui s’élèveraient plus tard dans le monde, et qu’ils avaient pris soin de les condamner à l’avance. Maxime de Turin ledit positivement. Les Apôtres, en le composant, avaient eu en vue, selon lui, d’armer l’Église contre la milice du diable *. Cette opinion était bien probablement partagée par la plupart des "écrivains ecclésiastiques de cette époque. Cette singulière explication du caractère polé-
symbolo répugnantes. Léon le Grand, Opéra, p. 89. Ut tota apostolici veritate Symboli sublata, nullus metus terret impios. Ibid., p. 29.
1. Hoc nexus infidelitatis absolvitur. Augustini Opéra, t. V, col. 2975.
2. Beati apostoli, ut ego reor, exemplum sequentes Ecclesiæ Dei, quam adversum inililiam diabolici furoris armabant, mysterium Sytnboli tradiderunt. Maxime de Turin, Opéra, p. 239, /fi expcsitlofté fyrhboli hômilià, au commencement.
mique du Symbole se comprend chez des hommes qui n’en mettaient pas en doute l’origine apostolique; mais elle est un non-sens au point de vue historique. Peu importe toutefois l’explication du fait ; le point capital, le seul que l’historien doive recueillir, c’est que, de l’aveu unanime, le Credo est une négation des hérésies des premiers siècles, qu’il a été composé en vue de ces hérésies et contre elles. Voilà le fait. Que doit en conclure quiconque s’en tient au point de vue historique, sinon qu’il a ôté composé après que les hérésies auxquelles il est opposé se furent produites, et dans l’intention de les repousser comme des dangers présents, de les rejeter du sein de l’Église, d’empêcher les fidèles de les prendre pour la véritable doctrine chrétienne ?
A ce fait s’en joint un autre qui conduit à la même conclusion : c’est que le Symbole n’existait pas avant ces hérésies auxquelles il est opposé. Il ne se montre dans l’histoire qu’au moment où le docétisme, le gnosticisme et toutes les autres théories théosophiques qui y sont liées ont rallié un assez grand nombre de partisans pour être un danger réel aux succès et même à l’existence de l’Église. Avant ce moment, le Symbole des Apôtres n’avait pas de raison d’être. La formule primitive . « Je » crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit, » était une profession de foi suffisante. On n’avait que faire
de mettre les fidèles en garde contre des erreurs qui n'existaient pas, ou qui, si elles existaient déjà, étaient renfermées dans un cercle fort restreint d’initiés, et n’avaient acquis ni assez de consistance ni assez de notoriété pour qu’on les crût dangereuses.
M. Viguié a très-heureusement mis ce fait en lumière. « La formule du baptême, dit-il, était le seul et vrai signe doctrinal de l’entrée dans l’Église. Cette formule a été dite dans toute sa simplicité tant qu’elle a paru suffisante. Quand elle ne l’a plus été, quand l’Église a senti le besoin d’affirmer, de préciser, de développer son dogme en opposition à des adversaires, alors à la formule simple du baptême sont venues s’ajouter certaines explications, ayant chacune un but direct et polémique que l’histoire nous fait toucher du doigt.
» Et à quel moment cette nécessité dogmatique a-t-elle provoqué la formation du Symbole? Au moment de la lutte contre les gnostiques. Voilà les hérétiques, si ondoyants, si divers que le Symbole, dans ses enrichissements successifs, veut atteindre 1 ; voilà les erreurs qui seront momentanément con damnées par chacun des articles, qui viennent s’a-
1. Aux gnostiques, M. Viguié joint avec raison les novatiens et les donatistes, à l’occasion desquels furent composés quelques-uns des articles delà quatrième partie du Symbole. Viguié, le Symbole des Apôtres, p. 37 et 38.
jouter aux paroles sacramentelles et primitives du baptême; avant la grande bataille livrée aux gnostiques, il n’y a pas de formation du Symbole *. »
C’est ce qu’avaient déjà très-nettement vu les théologiens réformés de la fin du dix-septième siècle et du commencement du dix-huitième.
« Les Apôtres, dit Basnage -, ne nous ont point laissé de confession de foi. Contents d’avoir exposé toute la doctrine du salut dans les écrits du Nouveau Testament, ils n’en ont fait aucun abrégé. 11 semble aussi que cela n’était pas nécessaire, parce que les hérésies n’étaient pas encore nées, et qu’on demandait seulement aux catéchumènes, avant que de leur conférer le baptême, s’ils croyaient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. En effet, c’est là le premier Symbole qui ait paru. Plusieurs siècles se sont même écoulés avant qu’on en ait vu d’autre. Mais enfin, les erreurs se multipliant à proportion qu’on s’éloignait de la source du christianisme, on crut qu’il fallait que les orthodoxes fussent distingués des hérétiques par quelque caractère 3 . »
2. Basnage, Histoire de la religion des Églises réformées, t. II, p. 218 et 219.
3. C’est précisément en ces termes que s’expriment les écrivains ecclésiastiques qui, au quatrième siècle et au cinquième, expliquent le Symbole des Apôtres. Ils s’accordent tous à le donner pour la marqua par laquelle les vrais croyants se distinguent des hérétiques et des schismatiques. Voyez plus haut, 1 er partie, cbap. 2, p. 48 et suiv.
Avant Basnage, Suicer avait fait remarquer, dans son Commentarium in Symbolum nicœno-constantinopoHtanum, que les hérésies qui s’étaient successivement élevées avaient forcé l’Église d’ajouter, en différentes circonstances, plusieurs articles au Symbole des Apôtres *.
Ce n’est pas seulement les protestants qui ont constaté ce fait ; tous ceux des théologiens catholiques qui ont apporté quelque peu d’esprit critique à l’étude de l’histoire ecclésiastique l’ont également reconnu . Des Odoards Fantin avoue évidemment que ce formulaire s’est développé par opposition aux hérétiques, quand il explique l’absence de certains articles dans les anciens Symboles par ce^te circonstance qu’il ne s’était pas encore produit des hérésies sur les points qui y sont mentionnés*. Le père Le Brun est plus explicite. A l’occasion de la liturgie des Arméniens, il fait remarquer que plusieurs Églises se trouvèrent dans la nécessité d’ajouter au Symbole certaines déclarations contre les hérésies qui se produisaient au milieu des chrétiens. De ce nombre fut celle des Arméniens, qui s’en tenait, dit-il, au Symbole des Apôtres et qui se crut obligée d’y faire quelques additions contre lesnou-
4 . Suicer parle encore dans le même sens, dans son Thésaurus ecdesiaslicus, t. II, p. 1 089.
2. Dictionnaire du gouvernement , des lois et de l'Église, t. VI, p. 464.
LE SYMBOLE DES ABOTRES I5v
velles hérésies. Examinant ensuite ces diverses additions, il montre qu’elles furent faites contre les gnostiques, les apollinaristes, les ariens .
Si le Symbole des Apôtres avait été composé dans l’intention de présenter un tableau des doctrines chrétiennes, elles y seraient mentionnées toutes, pour le moins les principales; il n’en est rien, je l’ai déjà fait remarquer. Plusieurs y manquent, et des plus importantes. Pourquoi? Tout simplement parce qu’elles ne donnèrent lieu à aucune hérésie, qu’elles ne soulevèrent aucun débat, et que par suite il n’y eut pas lieu de prémunir les fidèles sur ces points. Voilà comment il se fait qu’elles ne sont pas indiquées dans le Credo.
Quelles sont au contraire les doctrines qui y sont mentionnées? Uniquement celles sur lesquelles, dans les premiers siècles, il y eut de longues et vives discussions, c’est-à-dire sur lesquelles des dissidents, souvent fort nombreux, se séparèrent de l’Église. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à considérer d’un peu près le Symbole des Apôtres. A l’exception des
4. Explications de la messe, t. HJ, p. 462 et suiv. Le père Le Brun ne manque pas d'en appeler au passage de Rufin cité plut haut.
trois termes de la formule primitive, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et d’un très-petit nombre d’articles 1 , tout le reste trahit une origine polémique, et laisse facilement apercevoir quelles étaient les hérésies qu’on se proposait de combattre.
Déjà la première modification subie par la formule primitive, je veux dire l’addition du terme « la sainte Église » à ceux du Père, du Fils et du Saint-Esprit, fut provoquée par les hérésies du second siècle. Il n’était pas une seule secte qui ne prétendît posséder, à l’exclusion de toutes les autres, la vraie tradition chrétienne, et qui ne s’attribuât en conséquence le privilège d’ouvrir les portes de la vie éternelle, c’est-à-dire qui ne se donnât pour la seule Église légitime. Au milieu de ces compétitions diverses et de ces prétentions rivales, les faibles pouvaient aisément se tromper. L’Église voulut conjurer ce danger en avertissant ses enfants que la sainte Église véritable, c’était ellemême ; que c’était à elle seule qu’ils devaient se rallier, s’ils avaient quelque souci de leur salut 2 ;
1. Je veux parler surtout des deux articles : « il est descendu aux enfers » et « la communion des saints >. J’en indiquerai plus loin l’origine; mais je puis déjà affirmer ici qu'ils ne sont pas nés d’une opposition à des hérésies.
2. La célèbre maxime < qu’il n’y a pas de salut hors de l'Église » est implicitement contenue dans la nouvelle formula : « Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église. > La
que les dissidents, artisans de mensonges , égaraient les consciences et perdaient les âmes. 11 ne servait de rien, leur disait-elle, de confesser le Père, le Fils et le Saint-Esprit, si on ne mettait toute sa confiance en elle, si on ne faisait profession de croire avec elle et comme elle la doctrine, dont le dépôt avait été confié à elle seule.
Faire profession de croire au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église, c’était déclarer qu’on n’appartenait et qu’on ne voulait appartenir à aucune des nombreuses sectes hérétiques de cette époque; c’était reconnaître que l’erreur était leur partage et la vérité celui de la sainte Église ; c’était, en un mot, s’engager à être chrétien comme elle entendait qu’on le fût et comme elle enseignait qu’il fallait l’être.
Ce caractère polémique n’est pas moins marqué dans les autres articles explicatifs du Symbole des Apôtres.
Pourquoi, dans la première partie, est-il question de la création du monde par Dieu la Père? Est-ce parce que cette doctrine est capitale dans les croyances chrétiennes ? Mais celle de la Providence ne l’est pas moins; il n’en est cependant pas
maxime et la nouvelle formule sont d'ailleurs contemporaines; je l’ai déjà fait remarquer.
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dit un seul mot dans le Credo *. D’où vient que l’une y est mentionnée et que l’autre y est passée sous silence? C’est que la doctrine de la Providence ne fut pas de celles qui furent débattues entre l’Église et les hétérodoxes, et que celle de la création fut au contraire vivement discutée.
Des gnostiques, les uns ne voulaient entendre parler que d’un arrangement de la matière éternelle et chaotique par un Dieu agissant à la manière de l’artiste qui donne une forme harmonieuse à un grossier bloc de marbre; les autres ne voulaient voir dans l’univers que l’œuvre, non du principe premier, mais d’un être divin de rang inférieur. L’une et l’autre de ces théories sapaient le christianisme à sa base, celle-ci en brisant les liens qui rattachent l’homme à Dieu et en ne le laissant en rapport qu’avec des êtres divins inférieurs, celle-là en amoindrissant la puissance divine et en limitant son action. L’Église les repoussa également avec indignation; elle proclama et fit engager ses fidèles à professer que Dieu, comme le disent les Écritures, a créé le ciel et la terre.
1. Du moins dans les Symboles des Apôtres de la fin du quatrième siècle et dans ceux des siècles suivants, car il en est fait mention dans celui des Constitutions apostoliques, qui oside la fin du ti unième. Mais celle doctrine n ayant pas été comprise dans les débats entre l’Église et les dissidents, on la laissa tomber d'un formulaire qui n'avait été fait qu’en vue de s’opposer aux hérésies.
S’il pouvait rester quelque doute sur l’origine de cet article, voici un fait qui le dissiperait. Pendant longtemps les mots: « Créateur du ciel et de la terre 1 » ne se trouvèrent que dans les Symboles des Apôtres en usage dans le3 Églises de l’Orient *. Ils ne furent introduits que fort tard dans ceux dont on se servait dans l’Occident 3 . Pourquoi étaientils dans les premiers et manquaient-ils dans les seconds? Par cette raison bien simple que le gnosticisme, actif et puissant à Alexandrie, dans la Syrie, dans l’Asie Mineure, n’avait jamais réussi à prendre pied à Rome, et était inconnu dans l’Afrique. En Orient, il fallut de bonne heure prémunir les fidèles contre ses théories métaphysiques ; le besoin ne s’en fit pas sentir dans l’Occident.
Pourquoi, dans la seconde partie, la qualification d’unique fut-elle- ajoutée au terme de Fils, et le
1. Ou d’autres semblables, tels que ceux-ci : » auteur des choses visibles et des invisibles »; Cyrille de Jérusalem, Opéra, p. 114, Catech., IX, § 3. C'est mémo en ces termes que cet article fut inséré pour la première fois dans un Symbole latin, Augustini Opéra, t. V, col. 4361.
2. Celui de Jérusalem et celui qui est rapporté dan3 les Constitutions apostoliques, lib. VIII, ch. 42.
3. Cet article ne se trouve dans aucun des Symboles occidentaux de la fin du quatrième siècle. Il fut introduit par saint Augustin dans celui des Églises d'Afrique ; mais il ne fut admis que plus tard dans ceux des autres Églises latines. Il n'est connu ni de Pierre de Ravenne et de Maxime de Turin, qui vivaient vers le milieu du cinquième siècle, ni môme de Venantius Fortunatus, évêque de Poitiers, qui mourut vers 609.
toi LE SYMBOLE UES ABOYEES
titre de « Notre-Seigneur » mentionné dans ce môme article? Évidemment parce que les gnostiques ne tenaient pas Jésus-Christ pour le Fils unique du Père, puisqu’ils l’associaient à de nombreuses émanations, et parce qu’ils ne se réclamaient pas de lui comme de leur seul Seigneur. Dans quelques-uns des Symboles en usage dans les Églises de l’Orient, la qualification d’unique se rapporte non au mot de Fils, mais à celui de Seigneur ; cette rédaction est probablement la plus ancienne. Elle marque encore mieux le caractère polémique de cet article, et montre plus clairement qu’il était dirigé contre des sectaires qui ne voyaient pas dans Jésus- Christ le Fils de Dieu par excellence, et qui avaient plusieurs seigneurs dans la multitude des æons.
Pourquoi faisait-on confesser aux néophytes que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit *? Ce fait évangélique était, ce semble, assez connu des chrétiens pour qu’il ne fût pas nécessaire d’en faire le sujet spécial d’un article dans une profession de foi. Mais les ébionites et, en général, les chrétiens judaïsants ne tenaient Jésus- Christ que pour un prophète ; la plupart ne savaient rien de sa naissance miraculeuse; et les docètes, par suite de leur opinion sur la matière qu’ils re-
i . La plus ancienne rédaction de cet article était : Natus de Spiritu Sancto ex Maria Virgine.
gardaient comme la source du mal, prétendaient que le Christ n’avait eu qu’un corps apparent. Ces erreurs mettaient en suspicion la véracité des écrivains sacrés ; elles diminuaient les mérites du sacrifice du Sauveur, elles rabaissaient sa personne. Ce fut pour mettre en garde les fidèles contre elles, pour les en éloigner, que l’on inséra dans le Symbole non-seulement l’article relatif à la naissance miraculeuse du Seigneur, mais encore la plupart de ceux qui composent la seconde partie de ce formulaire, et qui sont comme un résumé de l’histoire de Jésus-Christ. Ces articles ne sont que la reproduction presque littérale des déclarations d’Ignace, d’Irénée, de Tertullien, d’Origène contre les docètes. En les leur empruntant pour les faire entrer dans la profession de foi des catéchumènes, on entendait, comme eux, les opposer principalement au docétisme.
Dans quelques Églises de l’Orient, on lisait au lieu de ces mots : « Né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate, » cette formule plus brève : « Incarné et crucifié, » aapxwôt'vT a xaî GTaupwÔtvTa, ou celle-ci : « Incarné, s’étant fait homme et crucifié », oapxcoÔévTa xaî èvavQpomiffawa xal GTaupwôévTi c *. Ces expressions montrent clairement qu’on avait ici pour unique but de bien