CHAPITRE V
Causes qui provoquèrent le développement de la formule qui, du temps de TertulUcn, servait de profession de foi au* catéchumènes, au moment de leur baptême.
Y eut-il, au troisième siècle et dans les siècles suivants, quelque nécessité de déterminer par des explications le sens dans lequel il fallait entendre chacun des quatre termes qui composent la formule :
« Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à , la sainte Eglise » ? Sans le moindre doute. Il n’est pas difficile d’en faire la preuve.
Dans la seconde moitié du deuxième siècle, on avait ajouté le terme de la sainte Église à la formule primitive : « Je crois au Père, au Fils et au Saint- Esprit. » C’est qu’on avait senti la nécessité de faire confesser à quiconque allait prendre rang parmi les fidèles que l’Église qui ouvrait ses portes devant lui était la seule véritable, la seule sainte et légitime, parce que seule elle possédait et continuait avec pureté la tradition apostolique, tandis que celles des hérétiques n’étaient au contraire que des foyers de perdition qu’il fallait fuir avec le plus
ioO LE SYMBOLE DES APOTRES
grand soin. Il ne fut pas moins nécessaire, dans les siècles suivants, de mettre les fidèles en garde contre les séductions des hérésies de jour en jour plus nombreuses, et de les lier, dès le principe, par leur profession de foi, à la cause de la saine doctrine.
Les hérétiques avaient en apparence les mêmes dogmes que l’Église. Ils faisaient profession de croire en Dieu le Père ; ils appelaient le Christ le Sauveur; ils invoquaient l’Esprit-Saint. Mais les explications qu’ils donnaient de ces doctrines n’étaient pas celles qui étaient reçues dans l’Église, tant s’en faut. Pour les uns, Dieu le Père était le principe premier, universel, dont l’ensemble de l’univers n’était qu’une manifestation : ceux-là étaient des panthéistes ; pour d’autres, Dieu le Père était simplement l’ordonnateur de la matière, chaotique par nature, une sorte de Ûtèî vs^vityi;, de Dieu artiste, tel qu’on se le représentait dans l’antiquité païenne : ceux-ci étaient des dualistes. D'autres assuraient que le Christ n’avait eu qu’un corps fantastique, le principe divin ne pouvant s’unir réellement à la matière, par elle-même mauvaise, et que, par conséquent, il n’avait souffert qu’en apparence la mort sur la croix : c’étaient les docètes. Bien d’autres encore, tout en se servant des mêmes expressions que l’Église, les entendaient dans des sens fort différents. Quiconque n’y regardait pas de
le Symbole des apôtres isi
près pouvait s’y tromper et donner dans l’hérésie, sans même s’en douter. Pour prévenir toute confU' sion, pour mettre les fidèles en garde contre les fausses interprétations des doctrines chrétiennes, il fallait leur en faire connaître l’interprétation vraie, celle que l’Église avait reçue ou croyait avoir reçue des Apôtres.
Au milieu de l’extrême confusion des opinions religieuses au troisième siècle, il ne s’agissait plus seulement de déclarer que l’on croyait au Père, au Fils, au Saint-Esprit et a la sainte Église. Il y avait différentes manières d’y croire. Il était indispensable de marquer nettement quelle était la bonne, c’està-dire celle que l’Église avait sanctionnée de son autorité. De là la nécessité d’additions explicatives aux quatre termes de la formule usitée à la fin du second siècle.
Rufin avoue ingénument que certains articles ont été introduits dans le Symbole des Apôtres par opposition à des hérésies. « Autant qu’on peut le savoir, dit -il, on a fait au Symbole, à cause de certaines hérésies, quelques additions dans l’intention d’exclure des innovations en fait de doctrine 1 . »
1. Quantum intelligi datur,propter nonnullos hæreticos addita quædam videntur, per quæ novellæ doctrinæ sensus crederelur excludi. Ruûn, Exposilio in Symbol. Apostolorum, p. 155. Il est assez étrange que Ruûn ne se soit pas aperçu qu’il donnait par cet aveu un démenti formel à sa légende del'origiae apostolique du Symbole.
iSÎ LE SYMBOLE DES APOTRES
Voulait-il seulement parler des mots « invisible et impassible » qui se trouvaient dans le Symbole usité à Aquilée, et qui ne sont dans aucun autre Symbole de cette époque ? c’est possible ; c’est du moins sur ces termes qu’il insiste quelques lignes plus loin. Ils furent, à ce qu’il assure, et non sans raison, insérés dans ce Symbole à cause de l’hérésie des patripassiens 1 . Mais que Rufin ait constaté une seule addition, ou plusieurs, le nombre n’y fait rien; il reconnaît que le Symbole a pu être modifié sans le moindre scrupule, par opposition à certaines hérésies 2 , et cela nous suffit.
Les anciens écrivains ecclésiastiques qui ont laissé des expositions sur le Symbole ne nous signalent, en particulier,' aucune des additions faites à ce formulaire ; mais ils s’accordent tous à recon-
1 . Sciendum quod duo isti sermones in Ecclesiæ romanæ Svmbolo non habentur. Constat autem apud nos additos hœreseos causa Sabellii, illius profecto quæ a noslris patripassiana appellatur... Ut ergo excluderetur talis impietas de Pâtre, videntur hæc addidisse majores, et invisibilem Patrem atque impassibilem dixisse. Rufin, Expositioin Symbol. Apostol., p. 156.
2. Rufin parait avoir compris lui-même les dangereuses conséquences de son aveu. Il cherche à l'amoindrir, en faisant remarquer qu’à Home, où l’hérésie ne s'était jamais montrée, le Symbole s’était conservé dans toute sa pureté. Malheureusement, la raison sur laquelle il veut prouver la pureté du Symbole romain est loin d’élre conforme à la vérité historique, en outre qu’elle laisse croire qu’ailleurs il n’en fut pas de môme, et qu’on y remania le Symbole des Apôtres en opposition aux hérésies qui surproduisirent.
naître qu’il a été composé dans des intentions polémiques. Il n’en est pas un seul qui ne le donne pour une arme de guerre contre les hérétiques.
Saint Augustin l'appelle un préservatif contre le venin du serpent, Symbolum protectionem contra venena serpentis 1 ; il exhorte les fidèles à l’avoir sans cesse présent à la mémoire pour être en garde contre ceux qui pensent autrement que l’Église, adversus diversa sent tentes, et qui, séduits par le diable, dressent des pièges âla foi, qui insidiantur fidei 2 .
Cyrille de Jérusalem avertit les catéchumènes auxquels il l’explique qu’il leur donne des armes contre les puissances ennemies, contre les hérétiques, les juifs, les samaritains et les païens 3 . Avec ce glaive spirituel, leur dit-il, ils pourront combattre les combats du Seigneur, ils vaincront les puissances du mal, ils ne seront plus exposés à se laisser surprendre par les entreprises des hérétiques.
Léon le Grand parle du Symbole et des hérésies comme de choses qui se repoussent réciproquement 4 .