CHAPITRE PREMIER
Révision des Symboles des Apôtres en usage à la Un du troisième siècle et au commencement du quatrième.
Le plus ancien des Symboles qui nous soient connus est, sans le moindre doute, celui qui s’est conservé dans l’Église copte, et qui, selon toutes les vraisemblances, fut, dans le principe, en usage dans l’Église d’Alexandrie 1 . La forme sous laquelle il se présente, sauf quelques interpolations qu’il est facile de distinguer, a un caractère archaïque incontestable. Elle nous fournit des renseignements précieux pour l’histoire des premiers développements de la formule du temps d’Origène et de Tertullien.
Il importe de mettre sous les yeux du lecteur cet intéressant document 2 :
« L’évêque ou le prêtre doit dire au catéchumène : Crois-tu au seul vrai Dieu, le Père tout-puissant, et à son Fils unique, notre Seigneur et Sauveur, et au Saint-Esprit vivificateur, Trinité consubstantielle, une souveraineté, un règne, une foi, un
4. L’ancienne Église copte faisait partie du patriarcat d’Alexandrie, qui fut, pendant des siècles, le centre religieux des chrétiens de l’Égypte et de ceux de l’Éthiopie.
2. Je l’emprunte à M. de Bunsen, qui le rapporte dans son Hijipolytus, édition anglaise, 1. 1, p. 496.
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baptême; à la sainte Église catholique, apostolique; à la vie éter. nelle? Le catéchumène répondra : Je crois ainsi.
» Ensuite l’évêque ou le prêtre lui demandera : Crois-tu en notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu le Père? Crois-tu qu'il est devenu homme comme nous, grâce à l’action miraculeuse du Saint-Esprit sur la Vierge Marie ; qu'il a été crucifié pour nous, sous Ponce Pilate; qu’il est mort pour notre rédemption ; qu’il est ressuscité le troisième jour, en brisant les chaînes (de la mort); qu’il s’est assis à la droite de son Père dans le ciel, et qu’il reviendra pour juger les vivants et les morts, quand il apparaîtra, lui et son règne?
» Et crois-tu au Saint-Esprit vivificateur, qui purifie tout dans la sainte Église? Et le catéchumène dira : Je le crois. >
Ce formulaire se compose de deux parties bien distinctes : l’une qui comprend la première question de l’évêque, et l’autre qui se compose des deux autres questions. 11 est manifeste que la seconde n’est qu’une répétition développée de ce qui est dit de Jésus-Christ dans la première*. On peut conclure, de là, qu’elles ne sont ni de la même main ni du même âge. La première est évidemment la plus ancienne, puisqu’elle est la moins explicite des deux; et il est tout à fait vraisemblable que, pendant un temps plus ou moins long, elle fut seule la profession de foi des catéchumènes au moment de
1. La troisième question : a Et crois-tu au Saint-Esprit, etc., » n’a été ajoutée que pour terminer le formulairo selon la forme reçue, c’est-à-dire par la mention du Saint-Esprit et de la sainte Église. Celte question est d’ailleurs une simple répétition, même abrégée, puisqu’il est déjà question du Saint-Esprit et de la sainte Église dans la première partie.
leur baptême, dans l’ancienne Eglise copte, et probablement dans tout le patriarcat d’Alexandrie.
Considérons de plus près cette première partie. Et d’abord débar rassons-la des interpolations qui la défigurent , et rainenons-la à sa forme primitive et authentique. Les mots : « Trinité consubstantielle, une souveraineté, un règne, une foi, un baptême, » ne peuvent appartenir à un formulaire antérieur au concile de Nicée; ils y ont été ajoutés quand la doctrine de la Trinité eut été formulée, et que la crainte que cette conception ne fût mal entendue et ne donnât lieu à une sorte de trithéisme 1 fit insister fortement sur l’unité divine. Les qualifications de « catholique » et de « apostolique » données à la sainte Église sont passées dans ce formulaire, soit du Symbole du concile de Nicée, soit plus probablement de celui de Constantinople 2 . C’est bien en Orient que la sainte Église a été appelée pour la première fois catholique et apostolique ; mais je ne crois pas que ces qualifications se présentent soit dans des Symboles des Apôtres, soit dans des règles de foi, antérieurs au quatrième siècle.
Après ces suppressions, la première partie du
4. Les orthodoxes furent du moins accusés souvent de trithéisme',: ’AXXà Æsîctxa; («i fjiûdtav dvitJujOf;. Grégoire de Nazianze, Opéra, Paris, 1609, t. 1, p. 669, C.
2. Le Symbole du concile de Nicée porte seulement : ï x»8omais il y a dans celui du concile de Constantinople :
il; âyiav xaBsMxwi xai àirooroXiXTiV ixxXmmàv.
Symbole copte reste conçue en ces termes : « Crois tu (ou dans le discours direct : Je crois) au seul vrai Dieu, le Père tout-puissant, et à son Fils unique, notre Seigneur et Sauveur, et au Saint-Esprit vivificateur, à la sainte Église, à la vie éternelle 1 . '»
Sous cette forme, le Symbole copte n’est évidemment qu’un développement de la formule de la fin du second siècle; il est même vraisemblable qu’il en fut la première transformation. Ce Symbole doit en effet remonter très-haut; la simplicité de sa rédaction et son peu d’étendue en indiquent suffisamment l’antiquité.
Qu’est-ce maintenant que la seconde partie, sinon une sorte de commentaire de la première, ou, pour mieux dire, du second terme de la première?
La seconde question de l’évêque se compose, en effet, d’articles explicatifs du passage : « Et à son Fils unique, notre Seigneur et Sauveur. » L’origine de cette seconde partie ne saurait guère être douteuse. Quand la première parut insuffisante contre les hardiesses croissantes du docétisme, on y ajouta le développement qui forme la seconde
1. Ces deux derniers articles signifient : la sainte Église dans laquelle ou pour laquelle on obtient la vie éternelle. C’est la même idée que celle qu’Origène exprime en ces termes: Extra Ecclesiam nemo salvatur , hors de l’Église point de salut. In Jesu Nave homilia III , § 5. Celle idée, dirigée comre les hérétiques, dominait vers la ûn du second siècle dans l’Église d'Alexandrie. 11 n’est pas étonnant qu elle ait été introduite dans la confession de foi des chrétiens de l’Égypte.
question, et, probablement, pour terminer ce formulaire en la manière accoutumée , la phrase qui forme la troisième.
Il est assez singulier qu’on n’ait pas mis ces articles immédiatement après les mots : « Et son Fils unique, notre Seigneur et Sauveur, » puisqu’ils en sont une explication. C’est là qu’ils devraient se trouver, et c’est bien là qu’ils se trouvent dans tous les autres Symboles des Apôtres. Cette singularité se comprend cependant., si l’on suppose que la première partie est antérieure-à la seconde, et il faut ajouter qu’elle ne se comprend que dans cette hypothèse. Les auteurs de la seconde partie ne crurent pas devoir toucher à la première. C’était une formule consacrée par l’usage ; elle leur parut trop respectable pour être remaniée. Mais comme il importait de la compléter, de l’interpréter, d’en préciser le sens, ils prirent le parti d’y ajouter divers articles explicatifs sous la forme d’une nouvelle question adressée par l’évéque au catéchumène. Plus tard, on eut moins de scrupules, ou plus vraisemblablement les considérations qui avaient arrêté les auteurs de la seconde partie du Symbole copte cédèrent devant la nécessité de présenter ce formulaire dans un ordre logique et suivi.
Le Symbole rapporté dans les Constitutions apostoliques 1 est certainement antérieur au concile de Constitut. apostol., lib. VII, cap. 42 ( Sacrosancta concilia,
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Nicée. I-e septième livre de cet ouvrage apocryphe, dans lequel il se trouve, est en effet de la seconde moitié du troisième siècle 1 . Ce Symbole semble même être antérieur au commencement des discussions ariennes 2 . Sauf le mot « non créé , » qui est donné comme qualificatif au Fils, et qui y fut probablement intercalé plus tard, il se rapproche plus * des doctrines christologiques des anciens docteurs de TÉglise que de celles qui furent consacrées à Nicée, mais qui remontent plus haut que ce concile. D’un autre côté, on peut le croire quelque peu plus jeune que le Symbole de l’Église copte. On en a, ce me semble, une preuve dans la disposition des articles explicatifs qui n’y forment pas, comme dans celuici, un appendice, une sorte de supplément, mais qui y sont placés immédiatement après les termes auxquels ils se rapportent, disposition qui est restée depuis celle de ce formulaire.
Il convient également de le mettre sous les yeux du lecteur :
t. I, p. 439); Hahn. Bibliolh. der Symbole, p. 40-42. J'en rapporte le texte dans l’appendice, no 3.
4. D’après Néander, les Constitutions apostoliques ont été formées de diverses pièces depuis les derniers temps du second siècle jusqu’au quatrième. Ce recueil ne comprenait, vers le milieu du troisième siècle, que les six premiers livres; on y ajouta le septième vers la fin de ce même siècle; le huitième n’y fut joint que plus tard. Allg. Geschichte der chrisll. Religion, 1 . 1, p. 4406.