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Auyustini Opéra, t. VI, col

2. Il ne me parait cependant pas très-certain que ce sermon soit de saint Augustin ; niais il est du moins d'un de ses disciples immédiats ; il se rapproche, bien plus que les trois suivants, du style et de la manière de penser de ce célèbre docteur de l’Église.

3. Dans la première partie : visibilium et invisibilium creato-

iOS LE SYMBOLE DES APOTRES

Saint Augustin fut-il lui-même l’auteur de ces changements? C’est tout à fait vraisemblable.

Ces modifications ne se montrent pas de longtemps dans les Symboles des Apôtres en usage dans les Églises frankes et dans celles d’Italie, les seules Eglises qui, avec celles de l’Afrique, se servissent alors en Occident de ce formulaire. A la fin du sixième siècle, on y trouve ceux que Rufin nous fait connaître, on en aura la preuve plus loin. Mais le Credo dont firent usage les auteurs d’écrits composés en Afrique, auteurs qui sont ou les disciples ou les imitateurs de l’évêque d’Hippone, est exactement semblable à celui qui est cité et expliqué dans l ’ Enchiridion ad Laurentium.

Que conclure de là, sinon que cette nouvelle révision dn Symbole des Apôtres se fit en Afrique ? Et qui aurait osé, à côté de saint Augustin et de son vivant, l’entreprendre? Quelle autre autorité que celle qui s’attachait à son nom aurait pu la sanctionner et la faire adopter?

S’il fallait d’autres raisons encore pour attribuer ce travail à l’évêquc d’Hippone, on pourrait, enfin, rappeler que nul plus que lui ne comprit l’importance de l’instruction religieuse des catéchumènes. Il avait été chargé, dès son entrée

rem, au liou de creatorem cœli et terra ; et dans la seconde, le mot omnipoteuti » manque encore à l'article eeilet ad dexteram Patrie.

dans la carrière ecclésiastique, de l’explication du Credo aux postulants. Il ne cessa jamais de porter le plus grand intérêt à ces fonctions, dont il se faisait avec raison une haute idée. On en a la preuve dans le nombre relativement considérable de ses sermons De Symbolo, et peut-être plus encore dans les traités qu’il composa sur la manière dont il convient d’instruire les catéchumènes. Rien ne lui paraissait plus utile que de donner la plus grandé perfection possible au formulaire qui, après avoir servi de cadre à l’instruction des nouveaux membres de l’Église, devait ensuite rester dans leur mémoire comme un sommaire de la foi, et un préservatif assuré contre les séductions des hérétiques. Ce fut là une des plus constantes préoccupations de sa vie tout entière. Elle perce dans plusieurs de ses écrits; elle le poursuivait encore dans sa vieillesse, comme on le voit dans son Enchiridion ad Laurentium.

Tel est le sentiment qui le porta à s’occuper sans cesse de l’amélioration du Symbole des Apôtres. La révision qu’il en entreprit ne fut pas l’œuvre d’un jour; il y revint à plusieurs reprises, retouchant une fois un article et plus tard un autre. On eu a la preuve dans ses sermons De Symbolo et dans les divers écrits dans lesquels il a parlé de ce sujet. Les corrections qu’il a faites au Credo n’y apparaissent pas toutes à la fois ; on

les voit se produire les unes après les autres; ce n’est que dans ses derniers écrits, principalement dans son Bnchiridion ad Laurentium, qu’on les rencontre toutes ensemble.

Les changements que saint Augustin introduisit dans le Symbole des Apôtres sont de deux espèces : 1° il compléta le Credo latin 1 en y transportant quelques articles qui y manquaient, mais qui existaient soit dans des formulaires, plus anciens, soit surtout dans ceux des Églises de l’Orient, et 2° il modifia la rédaction de quelques-uns de ceux qu’il contenait déjà, dans le dessein de les rendre plus expressifs et principalement plus propres à donner des idées justes de la doctrine chrétienne.

Considérons d’abord les changements de la première espèce.

Le Symbole des Apôtres usité à Jérusalem contenait, après ces mots : « Nous croyons en un

1 . C’est du seul Credo latin qu’il convient maintenant de s’occuper, non pas seulement parce que c’est de lui que dérive le Symbole vulgaire, mais encore parce que, comme je l’ai déjà dit, ce n’est plus que dans les Églises latines que ce formulaire reste désormais en usage.

seul Dieu, le Père tout-puissant, » un article sur la création, conçu en ces termes : « auteur du ciel et de la terre, de toutes les choses, soit visibles, soit invisibles. » Celui de l'Église d’Antioche avait un article semblable : Creatorem omnium visibilium et invisibilium creaturarum , dans la traduction latine qu’en fit plus tard Cassien. L’affirmation de la doctrine du Dieu créateur ne se trouvait pas dans les Symboles latins; ce n’est pas qu’elle n’y fût implicitement contenue, puisque, comme saint Augustin le fait remarquer lui- même dans un de ses sermons De Symbolo, la qualification de « toutpuissant » qui est donnée à Dieu le Père, dans le premier article, emporte nécessairement l’idée que tout vient de lui 1 ; mais l’évêque d’Hippone crut, sans doute, qu’il y aurait quelque avantage à exprimer directement dans le Credo une vérité qu’on ne pouvait jusque-là y voir que par voie de déduction. 11 y inscrivit en conséquence, après les mots :

4. Memento ita credere omnipotentein Deum, ut nulla omnino natura sit, quam ipse non condidit... Et après une longue énumération de tous les êtres et de toutes les choses qui existent, il ajoute : Hæc omnia fecit omnipotens, rnediis ima et summa conjungens, et universa quæ creavit lecis congruis temporibusque disponens. Augustini Opéra, t. V, col. 4372 et 4373, Sermo 24 4, § 2. Fides ergo hæc et salulis est régula, credere nos in Deum Patrem omnipotenlem, universorum creatorem, regem sæculorum . .. Ipse est quippe Deus omnipotens, qui in primordio mundi cuncta ex nihilo fecit. Ibid., t. V, col. 4380 et 4384, Sermo 245, g 2; t, VI, col. 948, 4 Sermo De Symbolo, § 2.

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Credo in Deum patrem omnipotentem, ceux-ci:

visibilium et invisibilium creatorem.

Aucun des Symboles latins de la fin du quatrième siècle ne paraît avoir contenu l’article vitcim œternam, « la vie éternelle ». Gela est certain du moins pour celui de Rome et celui d’Aquilée, aussi bien que pour celui dont saint Augustin fit d’abord usage 1 ; les formulaires orientaux, au contraire, l’avaient tous, celui de l’Église de Jérusalem en ces termes : 5w« eiç £«vjv iuùv iov, « et à la vie éternelle », et celui des Constitutions apostoliques sous cette forme moins simple: xaî aç Cu>-ry toD [aû.Vjvto; aiwvoç, « et à la vie du monde à venir ». Il est probable que cet article était aussi dans le Credo de l’Église d’Antioche.

Saint Augustin n’avait pas besoin, toutefois, d’aller le demander à ces Symboles des Apôtres. Les mots « la vie éternelle » se trouvaient dans celui dont saint Cyprien s’était servi *, et ce formulaire était certainement alors en usage dans l’Église

1. L'arlicle de la vie éternelle se trouvait cependant dans le Symbole cité par saint Cyprien, Symbole qui était vraisemblablement en usage non-seulement dans l’Église de Carthage, dans la seconde moitié du troisième siècle, mais encore dans toutes les autres Églises do l'Afrique proconsulaire. Saint Cyprien nous apprend en effet que les Novatiens s’en servaient aussi bien que les orthodoxes, ce qui peut faire supposer que l'usage en était général dans celte contrée. Cypriani Opéra, p. 183, Episto'.a €9 ad Magnum, et p. 190, Epistolu 70 ad Janunrium.

2. Credis in vitam æternam et rrmissionem p ccatorum per sanctam Ecclestam? Cypriani Optra, Oxford, 1700, p. 301, Epiai. 70 ad Janvarium.

de Carthage, puisqu’on l’y rencontre encore plus tard, à l’époque de là domination des Vandales.

L’idée exprimée dans cet article était, il est vrai, aussi bien que la précédente, implicitement contenue dans les Symboles latins. En effet, quand on dit que l'on croit à la rémission des péchés et à la résurrection de la chair, on fait évidemment profession de croire à la vie éternelle. Saint Augustin le fait également remarquer dans plusieurs de ses sermons De Symbolo . Mais il lni sembla convenable, de même que pour l’article de Dieu créateur, d’inscrire dans le Credo celui de la vie éternelle. 11 est, sous cette forme : etvitam œternam, dans ses derniers écrits sur le Symbole des Apôtres, entre autres dans son Enchiridion ad Laurentium.

Enfin, l’article relatif à la sainte Église n’avait pas, dans les Symboles latins, le terme de catholique qui est dans eelui de Jérusalem. Et quoique encore ici cette qualification fût implicitement contenue dans celle de sainte, comme saint Augustin le dit expressément, sanctam, utique catholicam , il l’ajouta à cet article, qui devint ce qu’il est resté depuis: sanctam Ecclesiam catholicam , « la sainte Église catholique » .

A la fin du quatrième siècle, l’article, de la naissance de Jésus-Christ se présentait, dans tous les

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Symboles latins, sous cette forme : Natus de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, « né parle Saint- Esprit de la Vierge Marie». Les Symboles orientaux étaient beaucoup moins explicites, sauf toutefois celui de l’Église copte, qui s’exprime ici à peu près comme les Symboles latins *. Celui de l’Église de Jérusalem dit, en termes généraux, que Jésus-Christ prit un corps et se fit homme, oapxwÔêvTa xal ÈvocvÔpMxricavTa, et celui des Constitutions apostoliques parle seulement de Marie, sans faire mention du Saint— Esprit, xai oapxa avalaSovra, xal èx tvîç âylaç irapÔsvou Maplaç yevvviÔév-ra *. Le changement qui survint au commencement du cinquième siècle dans la rédaction de cet article ne fut donc pas un emprunt fait, comme les précédents, aux formulaires de l’Orient : c’est là un fait qu’il importe de ne pas perdre/le vue ; il est d’une grande importance dans l’histoire de la formation du Symbole des Apôtres.

Cet article se présente sous plusieurs formes dans les écrits de saint Augustin. On l’y trouve tel qu’il est dans tous les Symboles latins de la fin du quatrième siècle, savoir : Natus de Spiritu Sancto ex Maria Virgine. Il y est aussi rapporté dans deux rédac-

t . Symbole copie : « II est devenu homme comme nous, grâce à l'action miraculeuse du Saint-Esprit sur la Vierge Marie. »

î. Il est digne de remarque qu’il en est de même dans deux des règles de foi de Terlullien et dans celle de saint Irénée,

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tions ayant entre elles une grande analogie et ne se distinguant l’une et l’autre de la précédente que par une meilleure latinité; ce sont : Natus per Spiritum sanctum ex Maria Virgine , « né de la vierge Marie par le Saint-Esprit », ou « par l’action du Saint-Esprit », et natus de Spiritu Sancto et Maria Virgine, « né du Saint-Esprit et de la vierge Marie » . Mais on l’y rencontre aussi sous la forme qui a prévalu et qui a été adoptée dans le Symbole vulgaire : Conceptus de Spiritu Sancto et natus ex Virgine Maria, « conçu du Saint-Esprit et né de la vierge Marie ». Avant saint Augustin, cette rédaction est absolument inconnue. Elle fut acceptée par ceux de ses disciples ou de ses imitateurs' auxquels on doit les sermons 115, 131 et 195 de Tempore. Ils l’ont léguée avec le symbole vulgaire à toutes les Églises latines.

L’origine de cette rédaction ne saurait être douteuse, elle date de saint Augustin, et l’on peut d’autant moins hésiter à la lui attribuer, qu’il fut préoccupé pendant fort longtemps de cet article. 11 y revient encore dans Y Enchiridion ad Laurentium.

La rédaction reçue natus de Spiritu sancto et Maria Virgine, lui paraissait rendre très-incorrectement ce qu’on avait voulu exprimer dans cet article, et soulever bien des difficultés. Et d’abord elle semble dire que le' Saint-Esprit est le père de

Jésus-Christ au même titre que la vierge Marie est sa mère. C'est là une erreur évidente, Jésus- Christ est le fils de Dieu le Père, et non du Saint- Esprit. Comment peut-on dire alors qu’il est « né du Saint-Esprit, » quand il n’est en aucune façon le fils du Saint-Esnrit 1 ?

Saint Augustin essaya de plusieurs rédactions différentes pour faire disparaître toute possibilité d’erreur sur ce point. On en trouve dans ses écrits deux entre autres qui paraissent l’avoir satisfait pendant quelque temps. L’une est natus de Spiritu sancto ex Maria Virgine et l’autre natus per Spiritum sanctum ex Maria Virgine. Elles exprimaient bien toutes lesdeuxque, si Jésus- Christ était fils de Marie, il. ne l’était pas du Saint-Esprit, c’est-à-dire qu’il était né de Marie, mais non du Saint- Esprit, qui n’avait été qu’une cause instrumentale, de Spiritu sancto ou per Spiritum sanctum.

Mais si les deux formules faisaient disparaître une difficulté, elles en laissaient subsister une autre peut-être encore plus grave. Elles lui semblaient,

t. Illud enim movet quomodo dictum sit, Natus de Spiritu sancto, cum filius nullo modo sit Spiritus sancli... Hic ergo, cum confîleamur natum de Spiritu sancto et virgine Maria, quomodo non sit filius Spiritus sancti, et sit Glius virginis Maria.-, cum et de illo et de ilia sit natus, explicare difficile est. Procul dubioquippe non sic de illo ut de pâtre, sic aulem de ilia ut de matre natus est. Augustini opéra, t. VI, col. 367, Enchiridion ad Lfiurentium, § 12.

aussi bien que la formule traditionnelle, natus de Spiritu sancto et Maria Viryine, rappeler beaucoup trop le cours ordinaire de la nature, et impliquer un fait tout à fait. analogue aux naissances ordinaires, résultat de l’union d’un principe masculin et d’un principe féminin. Les manichéens trouvaient indigne du Verbe d’avoir tiré sa vie et son corps des entrailles d’une femme *. C’était là un sujet intarissable de plaisanteries indécentes parmi les païens.

A ses expressions embarrassées, on voit que saint Augustin n’aurait pas été éloigné de partager le sentiment des manichéens, si l’Église ne l’avait pas formellement condamné en décidant que Jésus-Christ était né réellement de l’Esprit-Saint et d’une femme. Moins convaincu de la vérité et de l’utilité du principe de l’autorité souveraine de l’Église en matière de foi, il aurait bien pu s’en tenir au docétisme qu’il avait professé quand il était manichéen. Mais l’Église enseigne que le Sauveur est né d’une femme, et il se fait violence à luimême pour y croire, en se disant qu’après tout « la

4. Absit ut Dominum nostrum Jesum Chrutum per naturalia pudenda mulieris descendisse confiteor, dit Manès dans Acta disputât. cum Archet, cap. 47; et le manichéen Kaustusne trouve rien de plus blessant pour le sentiment religieux que « ex utero natum credere Deum, et Deum christianorum. » Augustin, contra Faustum, lib. III, cap. I.

folie de Dieu est plus sage que la raison de l’homme 1 », et en essayant de se persuader. qu’il n’y a rien dans ce fait qui rabaisse la majesté divine de Jésus-Christ 2 , ce qui ne l’empêche pas de céder à son propre sentiment dans la mesure du possible, en diminuant autant qu’il le peut la part de Marie et en augmentant dans la proportion contraire celle de l’Esprit-Saint, dans le fait de la naissance miraculeuse du Sauveur, en allant même jusqu’à tout attribuer à l’élément divin et à ne faire de la mère qu’un instrument presque entièrement passif 3 . Il crut sans le moindre doute avoir trpuvé enfin une expression convenable de cette manière d’entendre l’incarnation dans la rédaction nouvelle qu’il donna à l’article de la naissance de Jésus-Christ : C'onceptus de Spiritu sancto « il "a été conçu par le Saint-Esprit, » et natus ex Virgine Maria, « et né de la vierge Marie. »

Il est un autre article du Symbole des Apôtres dont la rédaction définitive date de la même époque

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