‹ Le symbole des apôtresChapitre 81 sur 158 · Tertullien, De anima, g · texte numérisé non relu

Tertullien, De anima, g

temps, selon qu’ils auront été plus ou moins attachés à des biens périssables. C’est une question, faitil remarquer, qui peut être examinée, utrum iia sit quœri potest t.

La question ne fut pas examinée, et en vérité on ne comprend pas comment elle aurait pu l’être; mais ce que saint Augustin avait regardé comme possible, ses disciples le tinrent pour certain. Au commencement du sixième siècle , son hypothèse était devenue le dogme du purgatoire, et saint Césaire annonçait que ceux qui n’ont à expier que des péchés de peu d’importance, peccata minuta, doivent être tourmentés pendant longtemps pour arriver à la vie éternelle sans taches ni rides, tandis que ceux qui ont commis des péchés capitaux, peccata criminalia sive capitalia, ne mériteront pas d’arriver à la vie à travers le feu purificateur, per purgatorium ignem, mais seront précipités à la mort dans l’éternel incendie 2 .

4 . Nonnullos fideles per ignem quemdam purgatorium, quanto magis minusve bona pereuntia dilexerunt, tantotardius citiusque salvari. Augustini Opéra, t. VI, col. 382, Enchiridion ad Laurentium, § 48. Il parle aussi des peines que souffrent les âmes des morts dans sa Cité de Dieu, mais en termes plus vagues : « Sicut enim facta resurrectione mortuorum non deerunt quibus post pœnas, quas patiuntur spirilus mortuorum, impertiatur misericordia, ut in ignem non mittantur æternum. » Ibid., t. VU, col. 4028, De Civitate Dei, lib. XXI, cap. 24, § 2.

2. Césaire, Homilia vin, § 3. Voyez sur ce dogme Haag, Histoire- des dogmes, t. II, p. 322-324; Mlinscher, Handbuch der christl. Dogmengeschichte, t. IV, p. 424 et suiv.

En présence de cette croyance, qui se répandit avec la rapidité de l’éclair, la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers prit une importance nouvelle. On y vit une expression des plus transparentes de cette croyance; mieux encore, elle en sembla une justification et une preuve. Le lieu moyen entre le ciel et l’enfer, d’où le Sauveur avait retiré les hommes pieux de l’ Ancienne Alliance *, était évidemment le purgatoire. Les hommes pieux de la Nouvelle Alliance ne pouvaient pas être moins bien traités que les patriarches, les prophètes et les justes d’Israël. Il ne pouvait se faire qu’ils ne sortissent à leur tour de ce lieu après s’y être, comme ceux-ci, entièrement purifiés.

La légende de la descente du Seigneur aux enfers eut alors un sens dogmatique , et ce fut à la suite de l’explication qu’on en donnait, ou, si l’on préfère, de l’application qu’on en faisait , que l’article Descendit ad infema, « Il est descendu aux enfers , » fut introduit dans le Symbole des Apôtres.

On ne saurait en douter quand on l’y voit entrer juste au moment où la croyance au purgatoire se répandait parmi les chrétiens de l’Occident. Qu’on veuille bien remarquer, d’un autre côté, que ceux par les soins desquels il y fut inscrit fu-

1. Dictionnaire des apocryphes, publié par M. Migne, t. I, col. 4402.

rent précisément les hommes qui, en faisant une vérité certaine de ce qui n’avait été qu’une simple possibilité pour saint Augustin, leur maître et leur modèle, donnèrent naissance à ce dogme ou du moins le fixèrent , le formulèrent en quelque sorte et contribuèrent à le propager. Depuis ce moment, la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers et la doctrine du purgatoire vont ensemble, si l’on peut ainsi dire, et restent unies par dés liens indissolubles.

C’est bien dans ce sens que ce nouvel article du Credo est entendu pour ceux-là mêmes qui l’y ont sans doute inscrit. L’auteur du premier sermon du Supplément des Œuvres de saint Augustin, publié par Yignier, dit, avec l’Évangile apocryphe de Nicodème, que l’âme du Sauveur descendit aux enfers en compagnie’ de sa divinité , pendant qne soû corps reposait dan» le sépulcre* . Le sermon 195- De tempore ■* est encore mieux d’accord sur ce point avec cet Évangile. Pourquoi le Sauveur estil descendu aux enfers? C'est, y est-il dit-, pour obliger le diable à relâcher les âmes 1 des' saints, quittaient détenues sous. sa> garde, et pour les emmener avec lui' dansda patrie céleste 1 s .

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