CHAPITRE IV
Le Symbole des Apôtres, définitivement constitué, se répand dans les Églises latines; mais il reste inconnu aux Églises grecques.
Je viens de décrire les différentes phases par lesquelles passa, de la seconde moitié du deuxième siècle jusque vers le milieu du sixième, la formule primitive de la profession de foi des néophytes pour se transformer enfin en notre Symbole des Apôtres. Pour bien fixer les idées du lecteur, je tracerai ici un tableau réduit de cette longue histoire.
Le premier point de départ fut la formule par laquelle, presque dès l’origine de l’Église chrétienne , ceux qui embrassaient le christianisme faisaient une profession de leur foi au moment de recevoir le baptême. Cette formule était : « Je crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit. »
Première modification. — Dans la seconde moitié du deuxième siècle, on y ajouta un quatrième terme relatif à l’Église, pour affirmer qu’elle seule, à l’exclusion de toutes les sectes dissidentes et rivales, possédait et continuait la véritable tradition apostolique. La confession de foi, pour être admis au baptême, fut alors : « Je crois au Père,
au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Eglise. » Cette nouvelle formule a été le cadre du Symbole des Apôtres, qui n’en est qu’un développement.
Seconde modification. — A mesure qu’il fut nécessaire de mettre les fidèles en garde contre les erreurs, d’abord des gnostiques de tontes dénominations, et ensuite des novatiens et des donatistes, il fallut marquer en quel sens l’Église entendait chacun des quatre termes de la formule précédente. C’est ce qu’on fit en ajoutant à chacun d’eux, selon les besoins du moment, des articles explicatifs. Il résulta de là des formulaires plus ou moins confus, d’une étendue relativement considérable, et par cela même ne répondant pasr très-bien à l’usage auquel ils étaient destinés.
Troisième modification. — Il fallut les simplifier en en élaguant tout ce qui n’était pas strictement nécessaire. De ce premier travail de révision sortirent les différents Symboles des Apôtres qu’on trouve en usage, à la fin du quatrième siècle, à Jérusalem, à Alexandrie, à Rome, à Aquilée, dans les Églises de l’Afrique proconsulaire.
Quatrième modification. — Vers le commencement du cinquième siècle, le Symbole des Apôtres, désormais en usage seulement dans les Églises latines ', fut complété de différents articles, em-
1 . * Le Symbole des Apôtres est tout occidental, » dit avec rai-
pruntés principalement, à ce qu’il semble, à celui de l’Église de Jérusalem, et quelques-uns des articles en furent remaniés dans l’intention évidente de les rendre des expressions plus claires ou plus exactes des croyances qui y sont exposées. Ce travail eut lieu en Afrique, par les soins de saint Augustin.
Cinquième modification. — Enfin, au sixième siècle, on y ajouta, en outre de quelques mots d’une importance secondaire, deux articles, celui de la descente de Jésus-Christ aux enfers, qui n’avait été jusqu’alors que dans le Credo de l’Église d’AqUilée , et celui de la communion des saints, qui était entièrement nouveau. Le Symbole des Apôtres se trouva dès ce moment définitivement constitué.
Il ne se répandit cependant sous cette nouvelle forme qu’avec une extrême lenteur, peut-être même non sans rencontrer en quelques lieux une énergique résistance; et encore ce ne fut que dans les Églises latines qu’il réussit à se faire accepter.
son M. Viguié (Le Symbole des Apôtres, p. 32), non qu’il soit né dans l’Occident, mais parce que c’est dans les Églises latines, et plus particulièrement dans celles d'Afrique, qu’il a reçu sa forme dernière. On peut dire encore qu’il est tout occidental, puisque c’est parmi les chrétiens de l’Occident qu’il s’est propagé et qu’il s’est maintenu dans le culte comme une pièce authentique et officielle.
Il n’était pas encore adopté en Italie à la fin du sixième siècle. La liturgie de Gélase 1 et celle de Grégoire le Grand 2 ne contiennent que le Credo en usage à Rome à la fin du quatrième siècle 3 . A la même époque, l’Église d’Aquilée avait toujours celui qui y était établi du temps de Rufin, c’est-àdire deux cents ans auparavant; ou peut conclure de ce fait que le formulaire qu’explique Venantius Foriunatus est fort analogue à ce dernier *, et certainement Venantius Fortunatus l’avait apporté dans les Gaules, soit d’Aquilée, où il avait reçu le baptême, à ce que croit Fontanini 4 5 , soit de Ravenne, où on dit qu’il avait été élevé 6 7 .
Ce même fait nous est une preuve que le Symbole vulgaire n’était pas connu dans les Églises frankes au commencement du septième siècle 7. 11 ne l’y fut pas encore de longtemps. Martène a re-