‹ Le symbolismeChapitre 27 sur 30 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il reste à déterminer les raisons pourquoi le symbolisme eut à subir tant d'oppositions, à exposer quelle fut son œuvre et à définir la philosophie qui devint essentiellement la sienne du jour où il abandonna le spiritualisme vague qui embruma ses débuts.

Les symbolistes se sont manifestés à une époque oij la critique, une critique sérieuse, informée, indépendante, avait à peu près disparu des journaux. On sait, en effet, que la plupart de ceux-ci, même lorsqu'ils affichent des prétentions littéraires, sont dirigés par des illettrés. Ces marchands de papier, jugeant le public d'après leur propre ignorance, ont estimé qu'il était inutile de consacrer, chaque semaine, quelques colonnes au compte- rendu de livres dont ils étaient incapables d'apprécier la valeur. D'autre part, les politiciens, qui ont tout envahi, s'imaginent que leurs bavardages intéressent beaucoup plus le lecteur que des jugements

2l8 LE SYMBOLISME

réfléchis et motivés sur révolution littéraire. Enfin la plupart des journaux considèrent la poésie et le roman comme des produits commerciaux qu'il faut soumettre au même régime de publicité que les savons, les pasilles pectorales et les quinquinas.

« Les pharmaciens et les distillateurs nous paient pour que nous vantions leurs drogues, ont dit les gens positifs qui président aux finances de la presse, pourquoi les auteurs ne les imiteraient-ils pas? Du reste, il est une règle que nous prétendons maintenir, c'est que tout ce que nous imprimons doit nous rapporter de l'argent, »

Quelques littérateurs, lourds d'écusmais n'éprouvant guère le respect de leur art, ont trouvé ce raisonnement fort naturel. Ils se sont exécutés copieusement. Et c'est ainsi qu'à propos de livres médiocres, nous avons vu paraître des articles tapageurs oi^i tels romanciers de troisième ordre étaient mis au-dessus de Balzac et des réclames, aussi périodiques que dithyrambiques, dont l'effronterie eut fait rougir un charlatan.

A deux ou trois exceptions près — pas davantage — ces mœurs sont devenues l'habitude dans certains journaux à fort tirage. Si bien que lorsque quelque rédacteur naïf y témoigne le désir de signaler un beau livre publié par un écriA'ain consciencieux, on lui demande : « Ce poète a-t-il passé à la caisse ?

— Non, il est pauvre. Et même s'il était riche, il lui répugnerait de payer pour qu'on le louât.

— Dans ce cas, défense de parler de lui ».

Or, les syiïibolistes professent trop l'amour désintéressé du Beau, ils se font de l'art une idée trop haute pour se plier à de pareilles pratiques. Tel fut leur sentiment dès le début, tel il est resté. Aussi les mercenaires de presse se sont-ils contentés de les bafouer lorsque l'occasion s'en présentait et de ressasser sur leur compte des plaisanteries où l'incompréhension le disputait à la mauvaise foi.

Ailleurs, d'autres journalistes tiennent tellement en mépris la littérature que, même laissés libres d'exprim{ r une opinion, ils jugent plus spirituel de traiter les poètes en quantités négligeables dont il est ridicule de s'occuper. A cette catégorie appartient M. Harduin du Matin. — M. Harduin publiait récemment un article où il s'étonnait que le ministère de l'instruction public eut fait rédiger par M. Catulle Mendès et public aux frais de l'Etat un rapport sur l'évolution poétique depuis 1860. « Qui cela peut-il intéresser .^* » demandait-il.

Il faut croire que M. Harduin fait bien peu de cas de ses lecteurs puisqu'il leur affirme implicitement de la sorte qu'ils sont d'esprit trop épais pour s'intéresser à l'une des formes les plus caractéristiques de notre génie national.

Le rapport de M. Mendès, dont on peut critiquer les tendances mais non l'intérêt, mis à part, il n'est

220 LE SIMBOLISME

pas excessif de soutenir à M. Harduin qu'un livre de vers a plus d'importance pour l'histoire de la pensée française depuis quarante ans que ses cabrioles politiques et sociales.

En dehors des journaux, quelques revues se montrent moins béotiennes. La Revue des deux mondes confie, il est vrai, à M. Doumic le soin d'apprécier avec la plus totale incompétence, toutes les tentatives nouvelles, mais elle publie les beaux vers de MM. de Régnier et Charles Guérin. Cela doit lui faire pardonner bien de lourdes... légèretés.

La Revue de Paris se montra assez aimable et compréhensive. Enfin la Revue^ intelligemment dirigée par M. Jean Finot, est largement ouverte à la littérature. MM. Mauclair et Pellissier y ont parlé, avec perspicacité, d' écrivains méconnus ou peu connus malgré leur talent (i). Moi-même j'y ai parlé et j'y parle de poésie aussi souvent et aussi longuement qu'il me plait. — Et je ne crois pas que les lecteurs de la Revue se plaignent de la place faite aux lettres françaises par M. Finot.

(i) M. Pellissier a écrit dans la Revue, à propos des mœurs actuelles de la presse : « On lance un roman de la même façon qu'un produit pharmaceutique. Votre journal vous apprend par deux entrefilets successifs où s'achète la meilleure pâte pectorale et quel est « l'événement littéraire de la saison. » Je ne prétends pas que le talent soit inutile. « Mais il faut d'abord casquer. » Nous eu Borames là 1

Quoiqu'il en soit, de par la vénalité des uns, de par l'incompréhension des autres, de par la haine que professent certains politiciens démocrates pour toute pensée un peu élevée, (i) de par l'hostilité de certains Normaliens pontifiant dans des périodiques pachydermeux, les symbolistes ont eu beaucoup de peine à se faire connaître. Et encore, à cause de leur réserve parce qu'ils ne fréquentent pas ces loges de concierges qu'on appelle les bureaux de rédaction, sont-ils contestés par les âmes épicières qui jugent la valeur d'une œuvre d'après son tirage plus ou moins considérable.

Une autre cause de défaveur auprès des esprits domestiqués c'était notre sans gêne à discuter, voire à railler les Arrivés, les Notoriétés consacrées par les Académies et les poètes officiels. C'est là une des caractéristiques du symbolisme, ce sens de l'irrespect qui nous faisait taxer d'immoralité, car en temps de démocratie quiconque se prouve libre de préjugés semble immoral au troupeau.

(i) Il y a des exceptions. M. Clemenceau n'est pas seuement un orateur admirable. C'est aussi un lettré et un écrivain de premier ordre. M. Simyan a prouvé, dans un rapport récent, qu'il rendait justice à la littérature contemporaine. M. Leygues, M. Lucien Hubert, M. Waldeck-Rousseau sont des lettrés. Mais la plupart des parlementaires, quelle collection de niais ignorants 1

Nietzsche l'a bien dit dans son livre A iirore excellemment traduit par Henri Albert : « L'homme libre est immoral puisque, en toutes choses, il veut dépendre de lui-même et non d'un usage établi. »

Or, la foule, surtout la foule d'aujourd'hui, éduquée par des esprits bas, va de préférence à ceux qui remuent en elle des émotions grossières et elle se méfie des indépendants qui s'efforcent de lui inculquer le sentiment d'un art plus élevé que celui des chromos et du café-concert.

Puis la nouveauté, tout ce qui rompt avec la routine l'effraye ; et elle écoute volontiers les mornes gardiens de la tradition qui lui affirment que les novateurs sont des fous puérils ou des mystificateurs.

Or, nous ne pouvions pourtant pas les respecter ces défenseurs du « déjà dit » du a déjà vu » du « déjà rabâché. » D'autant qu'ils ne cessaient de déprécier notre effort et de le calomnier au nom du chauvinisme le plus étroit. Parce que nous déclarions préférer Ibsen à Gandillot el Swinburne àM. Déroulède, on nous accusait de renier la France. Alors que nous voulions que la patrie s'assimilât, comme elle l'a toujours fait, la substance des chefs-d'œuvre produits par des étrangers et qu'elle les transfigurât à son image, on nous reprochait de fausser l'évolution nationale. MM. Coppée et SuUy- Prudhomme, par exemple, nous traitaient de « cosmopolites, brumeux» et le second de ces Académiciens voyait dans notre vers libre l'indice d'une catastrophe.

Dans un article intitulé la Désespérance du Parnasse, M. Vielé-Griffin a fort bien répondu à ces deux Jérémie. Il y avait d'autant plus de droits que, né aux Etats- Unis, il a fait de la France son pays d'adoption et que, comme son compatriote Stuart Merrill, il a illustré la langue française par de belles oeuvres.

Je citerai quelques passages de cet article car je le crois décisif.

«... Un récent article de Sully-Prudhomme, dit Yielé-Griffin nous a ému jusqu'à la compassion.

Nous y lûmes en effet :

« La beauté féminine se fait plus rare...

» Pour moi, je l'avoue, si risquées, si paradoxales que puissent être mes prévisions, je n'y saurais découvrir que des sujets de tristesse. Je crois sentir une vague affinité entre cette évolution perverse et les menaces du vers amorphe, sans rime ni césure, émancipé de toute règle d'art, affranchi du noble servage qui distingue le vers de la prose.

(( L'enlaidissement de l'espèce humaine et l'énervément de son plus haut langage m'affligent comme une déchéance de la terre, comme l'abolition de la marque divine sur notre planète. »

(' On nous dit que cette époque est (( troublée » ; nous acceptons cette explication du trouble qui se manifeste dans le cerveau de trop de nos contemporains. Toutefois, M. Sully-Prudhomme a formulé son pessimisme en termes plus qu'étranges. L'avenir l'effraie, l'industrie

l'effare, l'ingéniosité des machines l'inquiète. Il volt trouble, il voit noir, il voit laid : la femme enlaidit à ses yeux à mesure que la prosodie s'humanise.

« Au moins cette solidarité liant la beauté de la femme à celle des vers rythmiques — car le morose vieillard les enveloppe d'un même regard de tristesse et de désespérance — témoigne s'il y fallait encore des preuves, de la vitalité harmonieuse de notre langue et consacre son évolution qu'elle explique.

« A la forme fixe nous opposâmes la forme mobile ; à l'attitude, le geste ; à la statique, le mouvement ; à la mort, nous opposâmes la vie. Quelle plus ravissante illustration offrirons-nous de la consistance de ces affirmations ? Voici le prosodiste du Parnasse, l'implacable et minutieux ennemi de notre chanson, l'homme dont l'inintelligence raisonneuse traduisit dans toute harangue officielle sa triste terreur de notre œuvre ; il se lève aujourd'hui pour la blasphémer encore et, avec elle, d'une même haleine, l'avenir, la science, la femme et la beauté. Est-ce inconscience? C'est la race, la langue, la patrie qu'il ramène à la déchéance ! Quelle marque plus effrayante de la mort intellectuelle qui opprime et déprime, quelle preuve mieux choisie que notre effort fut vers la vie et dans elle ?... »

Yielé-Griffin avait raison. Comment aurions-nous pu respecter des adversaires qui avaient si peu de foi dans la vitalité de la France qu'ils la tenaient pour perdue à jamais parce que quelques poètes, de fibre ins-

LE S\MBOLISME 225

piration, s'efforçaient de renouveler sa littérature?

Vielé-Griffin concluait par ces lignes que je suis heureux de reproduire :

« Rien n'est mourant, ni l'Europe, ni la patrie, ni les chefs-d'œuvre de notre langue. Il se peut que la culture latine se transforme ; cela est même historiquement nécessaire : nous sommes las de redire que l'évolution est la forme de la vie, que les idées et leurs formulaires sont mobiles à jamais. Il se peut que la libre et harmonieuse prosodie de Grèce, plante vive que chaque poète sut greffer d'un mètre à la taille de son génie, fut transplantée dans Rome, la stérile, qui Tébranla et l'enserra des règles étroites de son esprit légal et prosaïque ; il se peut que cette prosodie, implantée chez nous par la Renaissance, taillée longtemps encore à la romaine par nos « législateurs du Parnasse », ait fait éclater, enfin, plante généreuse, ses liens séculaires, sous la poussée de sève romantique ; il se peut qu'elle se pare aujourd'hui, en sa primitive liberté reconquise, de toute une frondaison jeune dont l'harmonieuse chanson se confond, à nouveau, sur cette lerrc de France, avec la Musique dont naquit la parole.

« Je ne sais, mais cette hypothèse est, certes, plus belle, plus consolante et plus plausible que celle de l'honorable académicien dont le désespoir devient, presque, un scandale public.

« Ne peut-onadmettre,à tout prendre,queles croyants

en l'avenir soient mieux armés^ pour le travail de demain, que ceux-là qui en ont désespéré 1^

« Voici que, comme notre muse, la Femme jeune semble enlaidir aux yeux des vieillards. Une telle vieillesse est vraiment morose. Comme nous préférions le vieux Banville s'écriant, au soir de son âge, émerveillé, devant l'avenir entrevu :

...Comme la jeune fille est jeune!

Oui, jeune éternellement^ comme la beauté, l'amour, l'espoir et la voix toujours nouvelle des poètes !.,. »

Evidemment ni M. Sully-Prudhomme, ni ses admirateurs ne pouvaient se montrer satisfaits d'une argumentation qui frappait si fort et si juste. Aussi fûmes-nous, plus que jamais, traités d'irrespectueux et de révolutionnaires insensés.

Si M. Sully Prudhomme, instruit par l'évidence, avait enfin reconnu son erreur, peut-être n'aurait-il pas destiné l'argent du prix Nobel à l'impression des œuvres de poètes inédits qui, condition formelle, devaient se conformer à la prosodie parnassienne. 11 aurait au contraire stipulé que ces écus serviraient à faire imprimer un jeune poète inédit qui montrerait de la supériorité dans l'emploi du Aers libre.

Mais ce vieillard étant incorrigible, il arriva ceci : « Nous n'avons reçu que des inepties )) me dit M. Georges Lecomte qui faisait partie du jury désigné par M. Sully-Prudhomme.

Quoi de plus concluant que ce résultat ?

A-t-on assez reproché aussi aux symbolistes de se cloîtrer dans de petites chapelles et de se détourner, avec un dédain affecté, des préoccupations sociales de leur temps ! Sans doute il y en eut quelques-uns qui, épris de la seule forme, vivant dans la légende^ refufusèrent toujours de s'intéresser aux joies et aux douleurs de leurs contemporains. C'était même^ on le reconnaît, l'esprit assez général de l'école à ses débuts. Mais comme ils ont évolué ! Les Entreliens politiques et littéraires donnèrent l'exemple : on y traitait de sociologie autant que d'art. Paul Adam y publia sa Critique des Mœurs, Bernard Lazare et Vielé-Griffin, des appréciations sur les différents régimes qui se partagent le monde. Les autres revues suivirent. Est-il besoin de rappeler que Mazel dans YErmitage^ Remy de Gourmont dans ses incisifs Epilogues du Mercure^ moi-même dans la Plume, dans plusieurs de mes livres, et dans maints journaux socialistes, nous n'avons cessé de commenter, à des points de vue différents, les conflits où se débat la société actuelle.

S'il s'agit d'altruisme, Pierre Quillard a fondé le journal Pi^o Armenia qui défend les intérêts des Arméniens persécutés par les Turcs et les Russes. Ferdinand Hérold et Louis Dumur ont fondé V Européen^

organe de la paix internationale où écrivent maints symbolistes. Verhaeren, dans ses vers, a chanté le travail, la lutte pour 1 existence des ouvriers et des terriens et enfin l'effort de nos contemporains pour adapter, de plus en plus, la planète aux besoins de l'espèce. Il l'a fait en un style abrupt, fiévreux, paré d'images magnifiques ; il a obtenu des effets de synthèse d'une intensité extraordinaire. Voyez, par exemple, ces strophes que je détache de son dernier recueil : les Forces tumultueuses :

Le monde entier travaille et l'Europe debout, Là-bas, sur son tas d'or millénaire qui bout, Du fond de ses banques formida*bles, préside A ces trafics captés par des cerveaux lucides, Chiffre à chiffre, dans les mailles de leurs calculs. Si les chutes, les débâcles, et les reculs Brisent parfois les rets des trop vastes audaces, Il n'importe : les ors croulent et se déplacent Sans appauvrir les sols ni dessécher les mers ; La fortune toujours tient ses vantaux ouverts Devant la neuve ardeur et la jeune folie, H faut vider le vin avant le flot de lie. Et qui compte les morts n'est déjà plus vivant.

La terre est désormais, du Ponant au Levant, A la race qui l'explora jusqu'en ses astres. Qui traversa tous les dangers, tous les désastres, Toutes les morts dans l'espoir fou de détenir Un jour, entre ses mains, vieilles mais obstinées. Les énigmes, les mystères, les destinées Dont s'éclairent les yeux mi-clos de l'avenir...

Enfin beaucoup d'entre nous se mêlent à la vie sociale. Quillard fait des conférences ; Tailhade fouaille la bourgeoisie en des articles cinglants ; Gustave Kahn récite de beaux poèmes dans des cérémonies civiques. Est-ce là le fait d'adeptes de l'art pour l'art ratatinés dans une froide cellule, hors de la vie ?

Mais les jeunes naturistes, humanistes et autres qui désirent nous vouer au monument tendent à préconiser, en opposition avec notre effort, la didactisme c'est-àdire un art qui se réduirait à prêcher une morale ou à garnir de rimes des leçons de choses.

Quant aux critiques qui, ne produisant rien, trouvent toujours à blâmer dans la production d'autrui, ils nous accusent de ne voir dans les passions humaines qu'un prétexte à métaphores. Ils sont négligeables. 11 sied de leur appliquer la phrase de Saint Simon : « Le monde est plein de gens qui mouchent la lampe et ne mettent pas d'huile dedans, qui pensent accroître leur gloire en diminuant celle des autres. » Ecartons-les.

Sur le didactisme ilfaut s'expliquer une fois pour toutes et démontrer sa stérilité au point de vuede l'art. Dans les lignes qui vont suivre je tâcherai d'expliquer pourquoi les symbolistes l'ont condamné et comment il se fait qu'il ont divisé leur production en deux parts^ l'une consacrée à remplir, chacun selon son tempérament, leur rôle de citoyen, l'autre, à célébrer la vie sous toutes ses formes.

23o LE SYMBOLISME

Pour les symbolistes, représentant l'individualisme dans l'art, leur critique et leurs écrits sociaux sont des commentaires de leur œuvre, une vérification de leur doctrine ou une arme au service de leurs idées. Ils aiment la lutte. Qu'ils attaquent ou qu'ils se défendent, ils ignorent les petites habiletés et lors même qu'ils se trouvent en désaccord avec leurs émules, ils ne cherchent pas à les diminuer.

S'ils louent — et ils aiment à louer — ce ne sont point les tardifs qui se traînent dans la voie ouverte par eux, mais les guerriers qui marchent à leur hauteur. Et plutôt que de ne pas admirer, ils admirent chez l'adversaire des vertus analogues aux leurs.

Ils ne peuvent se plier à une discipline ni s'imposer un cadre qui limiterait leur énergie. S'ils le tentent, leur personnalité déborde et les entraîne. Ils ne manquent d'ailleurs pas de glorieux exemples. J'en choisirai un dans le passé, celui de Taine.

Taine s'est passionné pour l'hypothèse déterministe et il voulut s'en faire une certitude. Mais c'est en vain qu'il cherche à se borner à l'exposé lent et minutieux des conditions dans lesquelles se crée et se développe une œuvre. C'est en vain qu'il rattache mille faits, patiemment récoltés, à son système et qu'il essaie de juger, avec une froideur égale, les tempéraments les

LE SYMBOLISME sSl

plus opposés. Un moment arrive où cet amour de la force exubérante qui lui brûlait l'âme fait explosion. Alors en des phrases concises et toutes frémissantes d'admiration, il accorde la palme à ses favoris. Il évoque, par exemple, l'art magnifique de Rubens et des peintres vénitiens et il écrase, par comparaison, les frêles rêveries de l'Angelico. Ou bien, après avoir analysé l'époque de guerres, de fêtes et de passions violentes qui produisit Shakespeare, il s'écrie : « Le xvi" siècle est une caverne de lions ! »

Ne croyez pas que cette exclamation implique un blâme. Taine aimait trop la vie dans ses incarnations les plus robustes pour gâter l'idée qu'il se faisait du xvi" siècle en l'affublant d'un cilice d'apophtegmes philanthropiques. Il savait que Shakespeare a pensé, a rêvé par delà le bien et le mal. Et certes il a dû s'égayer à part soi en lisant les préfaces où l'honnête François-Yictor Hugo — excellent traducteur du reste — découvre des intentions moralisatrices dans les drames du poète anglais (i),

(i) On peut appliquera l'illusion de F.-V. Hugo cette phrase de Nietszche : « Celui-là se trompe qui s'imagine que l'effet produit par le théâtre de Shakespeare est moral et que la vue de Macbeth éloigne sans retour du mal de l'ambition. Il se trompe une seconde fois lorsqu'il se figure que Shakespeare a eu le même sentiment que lui. Celui qui est véritablement possédé par l'ambition furieuse contemple, avec joie, cette image de luimême ; et lorsque le héros périt par sa passion, c'est précisément

C'est que Taine, comme tous ceux qui considèrent l'art comme la floraison des passions, des désirs et de» rêves par quoi une époque manifeste son sens de la beauté, ne croyait pas qu'une œuvre, pour être parfaite, eût besoin de conlenir un enseignement moral. Il lui suffisait qu'elle exprimât, avec intensité, un état d'esprit, un trait de mœurs ou, tout simplement, un ensemble de formes harmonieuses.

Partant de là, il louait également Macbeth qui lue son bienfaiteur et Cordélia qui, méconnue par son père, le secourt en sa détresse. Etudiant La Fontaine, il ne prenait point parti pour le loup, non plus que pour l'agneau. Il constatait seulement que le fabuliste avait fort bien personnifié, en ces deux bêtes, la férocité hargneuse d'un brigand et l'humilité d'un faible menacé de mort. Enfin, philosophant à propos de Rubens, il approuvait, pour des raisons identiques, La Kermesse et La Descente de croix.

Mais cette compréhension de l'art est, par malheur, fort peu répandue. De notre temps, surtout, il y a tendance à faire de l'esthétique une branche de l'éthique. Pis encore : on voit nombre de personnes s'inspirer de leurs préjugés politiques pour formuler une opinion sur un écrivain.

là l'épice la plus mordante dans la chaude boisson de cette joie. .. » Et tout le développement qui suit. (Voir Aixrore, traduction Henri Albert.^

C'est ainsi qu'un esprit d'habitude fort pondéré, mais qu'une affaire célèbre avait exalté, soutenait devant moi que M. Anatole France avait cessé d'avoir du talent du jour où il avait fait de son Bergeret un dreyfusard et un socialiste.

C'est ainsi encore que j'ai entendu un néo-kantien fervent dénier toute valeur à M. Barres parce qu'il écrivit Les Déracinés. Comme je lui signalais certains beaux chapitres de ce livre, il se mit tout à fait en colère et peu s'en fallut qu'il ne me traitât de... nationaliste.

Or, quelles que soient leurs opinions politiques et sociales, les symbolistes refusent d'en faire état lorsqu'ils examinent une œuvre d'art. Ils la goûtent si elle leur révèle que son auteur possède une personnalité bien tranchée et ils donnent les motifs de leur dilection. Et si, ayant à considérer deux écrivains, ils indiquent une partialité pour l'un d'eux, c'est que son tempérament leur agrée davantage. — Cela posé, ils lui reconnaissent le droit de célébrer à son gré le despotisme ou l'anarchie, la débauche ou la chasteté, Baruch Spinoza ou Ignace de Loyola.

Il est nécessaire de poser ce principe qu'une œuvre vaut par son originalité — non parce qu'elle flatte un parti ou une secte. C'est pourquoi je protesterai chaque fois qu'on voudra réduire la littérature au rôle d'auxiliaire d'une doctrine, celle-ci fût-elle aussi morale que la culotte de Calvin ou que la mule du Pape. Il ne

faut pas non plus qu'on souhaite à l'art de nasiller en une suite de paraboles édifiantes, à l'usage de tous les peuples du monde, comme le prêche Tolstoï dans son livre affligeant: Qu'est-ce que l'art?

A coup sûr, nul plus que moi n'admire en Tolstoï le romancier des Cosaques, de La Guerre et la Paix et de Résurrection. Le littérateur qu'il ne voudrait plus être a beau se mortifier, il n'arrive pas à se détruire. Même dans ce dernier volume, le souci de défendre une thèse n'a pas affaibli le don qu'il posséda toujours de vivifier ses personnages. A cet égard, Nekhludof et la Maslova existent. En tant que poète, je ne leur en demande pas plus. Qu'après cela, d'autres tirent du roman cette conséquence que l'exemple donné par Nekhludoff devrait être suivi par tous ceux qui, grands seigneurs, ont séduit de jeunes paysannes, c'est affaire à eux. Quant à moi, j'applaudis à l'art avec lequel Tolstoï nous a montré en Nekhludof une volonté agissante pour les mêmes raisons qui me font admirer l'âpre volonté de Lovelacc arrivant à son but : le viol, sans remords et sans réparation de Clarisse.

Où je ne puis approuver, c'est quand Tolstoï, dans son Qu est-ce que l'art ? soutient que toute littérature qui ne s'inspire pas de cette fastidieuse rapsodie qu'on appelle l'Evangile, est néfaste.

Voilà une étrange façon de restreindre le rôle de l'écrivain ! Mais Tolstoï ne s'en tient pas là : il réprouve avec une violence, qui indique seulement qu'il

est mal renseigné, la musique de Wagner, la poésie de Baudelaire et de Verlaine et — rapprochement inattendu — la peinture de M. Gérôme.

Et il recommande, comme se rapprochant de l'idéal qu'il préconise: L' Angélus de Millet, LesMisérables et les Pauvres gens de Victor Hugo, la Case de l'Oncle Tom, Les Souvenirs de la Maison des Morts, nn^rélnde de Bach et un nocturne de Chopin. — C'est tout !

J'ignore si ces différentes œuvres sont faites pour inspirer l'amour des préceptes évangéliques aux esprits pénitents.

Mais je ne crois pas me tromper en avançant que les connaisseurs sont à peu près unanimes à considérer L' Angélus comme un des moins bons tableaux de Millet.

Tolstoï aura beau leur dire : « Ce paysan et cette paysanne qui prient après le travail de la journée accompli sont fort édifiants. Ils lui répondront : « C'est possible, seulement ils ne sont ni dessinés ni peints dans la meilleure manière de Millet. Nous préférons Le Printemps qui est au Louvre, non loin de la toile de troisième ordre dont vous faites l'éloge. »

Si Tolstoï va regarder Le Printemps, comme il n'y découvrira qu'un effet d'orage à la fin d'avril, peint, il est vrai, d'une façon merveilleuse mais sans aucune intention chrétienne, il maintiendra, sans doute, sa préférence à L'Angelas, en vertu d'un chapitre de saint Marc ou de saint Matthieu.

De même, parmi les admirateurs de La Légende des Siècles, il n'en manque point qui s'émeuvent infiniment plus à la lecture du Satyre qu'à celle des Pauvres Gens. Tolstoï leur dira : « Remarquez comme i^e pêchear besogneux qui recueille, d'accord avec Fa femme, de lamentables orphelins, se conforme aux enseignements du Christ. »

Ils lui répondront : « Rien de plus touchant. Mais, à notre avis, Hugo a montré un art bien plus inten e dans cette transfiguration du panthéisme qu'on appelle Le Satyre. »

Inutile de pousser plus loin le parallèle.

Or, ce que je reproche à Tolstoï ce n'est pas tant 1 a préoccupation moralisatrice qui lui fait condamner à peu près tout l'apport artistique du xix^ siècle, sons prétexte qu'il ne se conforme pas aux rêveries du Galiléen. Ce n'est même pas de désirer une littératuie confite en christianisme. Il est dans la logique de son tempérament tout autant que lorsque, dans L'Appel aux travailleurs, il recommande d'opposer l'inertie à la violence ou lorsque, dans La question sexuelle, il proie la cha«;teté absolue comme un état supérieur à l'ét it de mariage. Alors, il m'apparaîtun curieux phénomène d'atavisme et ses brochures me produisent une impression analogue à celle que je ressens quand je lis certains traités de Ter tullien : De Jejuno ou De Virgins velandis par exemple. L'apôtre slave et l'évêque montaniste me semblent des âmes sœurs. Mais comme tous

doux possèdent un très grand talent, je les mets en bonne place dans ma bibliothèque.

Ce que je reproche à Tolstoï c'est de confondre deux clioses fort différentes : la morale et la littérature. Or, la morale est une chose et la littérature, une autre. Si on veut à toute force les marier, on court le risque qu'elles enfantent des avortons.

Ce n'est d'ailleurs pas le cas de Tolstoï puisque, n'.algré tout, je le répète, il est un artiste louable par l'v^utrance même de son parti pris. Il incarne aujourd hui l'altruisme avec toutes ses conséquences, jusqu'à l'absurde comme Nietzsche incarne l'individualisme forcené.

Que les disciples de Tolstoï les vénèrent et qu'ils Client comme des babys à qui l'on retire leur biberon, à)s qu'on touche à leur idole, rien de mieux, ils sont d ms leur rôle. Mais ce serait singulièrement s'abuser qi le d'espérer de la doctrine ascétique, et par là nég itive, de Tolstoï, qu'elle puisse servir à fonder une se ciété nouvelle. Les probabilités sont plutôt pour q le l'humanité continue à évoluer entre l'altruisme et l'égoïsme comme un volant entre deux raquettes tenues par une paire de Démiurges facétieux dont ni ms ignorons l'arrière-pensée. Telle est, en substance, la conception des symbolistes.

Pour eux, l'art est un jardin sur un sommet baigné d'azur et de rayons. Des fleurs y étalent leurs nuances éclatantes ou sombres, y prodiguent leurs parfums

véhéments ou délicats. Des arbres robustes ou gracieux déploient leur verte chevelure où nichent des oiseaux multicolores. De larges souffles, envolés de cime en cime, chantent dans les feuillages.

La chimère, vêtue d'aube ou de crépuscule, apparaît ondoyante, au tournant des allées. Des statues, marbres jeunes ou bronzes chenus, peuplent les bosquets : la sage Minerve ; Ténus aux regards d'une douceur redoutable ; plus loin la Grande Isis sous son voile semé d'astres.

Au pied de la montagne, sur ses flancs, l'humanité travaille, pleure, rit et combat. C'est de ses sueurs, de ses larmes, de ses joies et de son sang qu'est fait le terreau du jardin.

Cependant le poète, bon jardinier, va de parterre en parterre, arrache les mauvaises herbes, enguirlande de violettes et de roses, de laurier et de cyprès les effigies. Puis il cueille des bouquets et il les apporte à ses frères qui peinent dans la vallée afin qu'ils magnifient d'illusion vivace ce songe brumeux qu'on nomme la Réalité.

Ensuite il remonte au sommet. Comme un sage Candide, il cultive la corbeille bordée de tulipes panachées que son destin lui concéda. Et il tâche d'y acclimater des hélianthes dont le coloris et les formes imiteront cette grande fleur de pourpre et d'or qui flambe, pour lui, au plus haut du ciel inaccessible — et qui n'est pas seulement une fleur de rhétorique.

Cette esthétique qui ne considère les valeurs morales qu'au point de vue de leur intensité, se corrobore d'une philosophie unitaire et panlhéiste à la fois dont le sens, au point de vue des idées, a été formulé par M. Paul Adam dans le beau Discours sur remotion de pensée qu'il mit en tête de son roman, Le Mystère des foules.

En voici les passages essentiels. Ils résument fort bien la doctrine du symbolisme.

« Il existe d'autres émotions que la joyeuse et la douloureuse. A contempler le saint Jean Baptiste du Vinci, et l'ironie de sa figure panique, nous ne ressentons pas un plaisir précis et encore moins de la peine. L'ensemble des lignes, des couleurs, la direction du geste que l'artiste inscrivit sur la toile flattent notre sens de la beauté : ils marquent une minute de calme exquis pour l'âme. Mais la malice de l'expression imaginée dans le sourire de l'androgyne et le mystère de la dérision qu'il mime de tout son visage nous apportent, en outre, une inquiétude mentale. Il semble que le personnage se moque avec des raisons divines et inconnaissables, sûres pourtant, de notre humaine foi. Jamais je ne quittai le voisinage de cette figure sans être plus résigné à la douceur de la mort, curieux en outre de ce qui peut la suivre. Et cependant, on ne saurait dire qu'une telle inquiétude sur les fins de l'action donne

de la douleur. Ou si elle en donne, c'est un rare plaisir de la savoir en soi, de l'analyser, de lui offrir des motifs de recrudescence, de l'amoindrir aussi par le sourire intérieur et la résignation qui nous en libère.

L'émotion esthétique serait celle-là.

La douleur et le plaisir, plutôt l'inquiétude et le calme s'unissent en une harmonie du même instant pour nous contraindre à panteler. C'est la contemplation d'un équilibre survenu entre l'apparence négative (peine) et l'apparence affirmative (joie) qui nous enivre de contentement. L'artiste a su, par la précellence de son œuvre, rejoindre cette essence de mentalité supérieure vivant en dehors de l'affirmation et de la négation : « le phénomène pur » .

C'est en cette figure où se confondent la face joyeuse et la face tragique de la ^-ie que nous avons mis le symbole de notro philosophie. — Voilà pour les idées.

Quant à nos sentiments et à nos sensations vis-à-vis de la nature, leur genèse est semblable à celle jadis indiquée par Taine dans les dernières pages de son Voyage en Italie. Nul de nous ne trouverait mieux pour définir notre panthéisme. Je cite : « Devant les eaux, le ciel, les montagnes, on se sent devant des êtres achevés et toujours jeunes. L'accident n'a pas de prise sur eux ; ils sont les mêmes qu'au premier jour ; le même printemps leur versera, tous les ans, à pleines mains, la même sève ; nos défaillances cessent au contact de leur force et notre inquiétude s'amortit

LE SïMBOLISME 2^1

SOUS leur paix. A travers eux, apparaît la puissance uniforme qui se déploie par la variété et la transformation des choses, la grande mère féconde et calme que rien ne trouble parce que, en dehors d'elle, il n'y a rien.

« Alors, dans l'âme une sensation se dégage, inconnue et profonde. C'est son fond même qui apparaît ; les couches innombrables dont la vie l'a encroûtée, ses débris de passions et d'espérances, toute la boue humaine qui s'est entassée à sa surface se défait et disparaît ; elle redevient simple, elle retrouve l'instinct des anciens jours, les vagues paroles qui la mettaient jadis en communication avec ces dieux naturels qui vivent dans les choses. Elle sent que toutes les paroles que, depuis, elle a prononcées ou entendues ne sont qu'un bavardage compliqué, une agitation d'esprit, un bruit de rue et que s'il y a une minute saine et désirable dans sa vie, c'est celle où, quittant les tracasseries de sa fourmilière, elle perçoit, comme disent les vieux sages, l'harmonie des sphères, c'est-à- dire la palpitation de l'univers éternel. »

Cette communion avec la nature, M. de Régnier l'a évoquée dans un beau poème de sa Cité des Eaux intitulé : La Course. En voici le fragment le plus significatif :

Il me semble que l'ombre informe, peu à peu, Tressaille, tremble, vibre et s'anime et se meut Et sourdement s'agite en son silence obscur ; J'entends craquer ia poutre et se fendre le mur

Et voici, par sa fente invisible et soudaine. Que, sournoise d'abord et perceptible à peine. Une odeur de forêt, d'eau vive et d herbe chaude Pénètre, se répand, rampe, circule, rôde Et, plus forte, plus ample et plus universelle. S'accroît, se multiplie et m'apporte avec elle Les diverses senteurs que la terre sacrée. Forestière, rustique, aride ou labourée.

Mêle au vent de la nuit, du soir ou de l'aurore ; Et bientôt, peu à peu toute l'ombre est sonore. Elle bourdonne ainsi qu'une ruche éveillée Qui murmure au soleil, à travers la feuillée, Après la pluie oblique et l'averse pesante ; Voici que maintenant toute l'ombre est vivante Et que la nuit bourgeonne et la ténèbre pousse. Le sièjre où je m'appuie est tout velu de mousse. Je me penche : de l'herbe a verdi sur le marbre ; La colonne soudain végète, et c'est un arbre Qui jusqu'à moi étend sa branche. Je me sens Environné partout de souffles frémissants Qui me chauffent la nuque et me brûlent la joue. L'ombre hennit, l'ombre danse, l'ombre s'ébroue, Palpite, naît, fleurit, germe, frémit, éclôt. Je n'ai pas peur. Le vent chante dans les roseaux. Je sens sourdre à mes pieds des sources ; je respire La résine, le fruit, la vendange, la cire Et je devine au fond de Tombre et parmi elle Comme un cercle incertain de faces fraternelles...

J'ai également tâché de formuler notre panthéisme dans plusieurs de mes poèmes, notamment dans celui intitulé Le Vagabond on j'ai marqué la lutte entre la

Nature et l'Anti-Nature, entre Pan et le Christ. J'en ai dit enfin les "extases dans Lumières tranquilles et entre autres dans ces vers que je demande la permission de citer :

Page 1