J^ LE SYMBOLISME
Ils conviennent parfaitement au sujet dont ils donnent l'atmosphère. Pourquoi s'obstiner à ne pas leur rendre la justice qu'ils méritent?
En réalité, il y eut dans cette réprobation systématique, la peur de voir le Romantisme en danger. Certes Lucrèce n'était pas un chef-d'œuvre, mais en avait quelques qualités. C'était une tragédie nouvelle d'un ton passablement moderne, et qui montrait ce qu'on aurait pu faire dans cette voie abandonnée. Du reste, son apparition, qui coïncida avec la chute des Burgraves et le triomphe de Rachel, fut le mauvais coup de cloche' pour le théâtre romantique. Ainsi, qu'on le veuille ou non, marque-t-elle une date.
Cependant, la simplicité du style avait déconcerté les partisans de Hugo et peut-être furent-ils de bonne foi en s'indignant contre Ponsard, qui, sans avoir l'excuse du génie, avait eu l'insolence de réussir dans un genre condamné par Hugo, et dans lequel Hugo venait de subir un échec.
C'est bien le sentiment que traduit Mallarmé avec une colère rétrospective où s'atteste et s'exalte son culte pour Hugo. On voit que son siège était fait et que, sur ce point, il ne raisonnait plus et n'admettait plus de discussion. Ses disciples ont beau être revenus à d'autres idées sur le vers, ils n'en sont pas plus justes pour Ponsard. Au contraire, Ponsard est à leurs yeux un symbole de l'absence de toute poésie. Ils ont besoin de ce symbole pour intimider et flétrir ceux qu'ils n'aiment pas. Le sens critique et l'esprit de justice sont si rares !
Sur ce point Mallarmé avait la plupart des idées des Parnassiens.
Je me rappelle l'avoir fort étonné et presque troublé en lui disant : « Je vous admire pour les mêmes raisons qui me font admirer Racine. »