‹ Le symbolisme de Baudelaire à Claudel (volume 3)Chapitre 4 sur 12 · DU BAUDELAIRISME AU MALLARMISME · texte numérisé non relu

DU BAUDELAIRISME AU MALLARMISME

Quoi qu'il en soit, après ces essais, Mallarmé s'enfonça vite dans un art plus personnel et plus compliqué.

Déjà, chez Baudelaire, on avait pu entrevoir la possibilité d'une poésie d'intellectualité pure et s'organisant d'après d'autres lois que les lois ordinaires.

Le sonnet du Giiignon, dans les Fleurs du mal, en était un exemple.

Poussant à l'extrême le procédé, Mallarmé s'était peu à peu enfoncé en une obscurité volontaire, des ténèbres de laquelle se détachaient certains vers profonds et doux comme des apparitions, tels celui-ci :

Je m'appariis en toi comme une ombre lointaine.

Mais l'obscurité de Mallarmé tenait surtout à son extraordinaire concision, qui lui fit adopter une S5mtaxe dont seule la syntaxe latine nous donne un peu la clef. N'écrivant que pour quelques lettrés, on eût dit qu'il avait peur de leur servir des vers ou de la prose, où il y eût un mot inutile et qui ne fussent pas composés spécialement pour eux. Il lui semblait que c'eût été leur faire outrage que d'expliquer ce qu'ils étaient capables de deviner tout seuls.

A titre d'exemple, voici l'un des beaux sonnets de sa seconde manière :

Victorieusement fui le suicide beau

Tison de gloire, sang par écume, or, tempête !

O rire, si là-bas une pourpre s'apprête

A ne tendre royal que mon absent tombeau,

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