LIVRE 111, CHAPITRE PREMIER
que notre propre esprit se construit à lui-même, dans la région <!<■> idées pures, si tanl est qu'elles existent1? Est-ce que cette science n'est pas aussi philosophique que l'autre? — Toute La question consiste à mettre de la justesse et de La vérité dans Les comparaisons, et c'est peut-être L'inintelligence en cette matière et une intempérance de rapprochements sj mboliques, établis sans goût, sans tact et sans vérité, qui ont discrédité la comparaison. Une comparaison fausse ou mal appliquée esl comme un son faux; or, naturellement, une suite de sons faux et discordants ferait perdre à La musique Le rang qu'elle occupe si Légitimement dans notre estime et notre admiration. Mais que prouve L'abus? — Il est certain pai une expérience quotidienne qu'une comparaison juste nous fra] et nous convainc beaucoup plus qu'un raisoni ment abstrait : après une comparaison juste et lumineuse, les esprits droits ne raisonnent plus, ils sont persuadés; L'homme de génie agit ici comme Le peuple. — Quand notre divin Maître, dans son admirable comparaison de la semence, me lait L'histoire de L'âme, l'histoire de ses relations avec la grâce, de ses résistances ou de sa Libre coopération, quand j'ai médité Bur Les dispositions si diverses des âmes, et si
1. Cet paroles ne s'appliquent qu'aux conditions actoelli l'humanité.
parfaitement exprimées par le symbole des différentes espèces de terre, je suis émerveillé, cari; j'ai tout vu, tout compris. La vérité m'a apparu aussi claire que h disque du soleil reflété par le miroir d'une eau pur< j'ai mieux vu, mieux compris, et surtout mieux savouré, que si j'avais lu sur ce sujet un indigeste volume de considérations métaphysiques.
Nous entendions tout à l'heure Philon nous dire : a que les âmes éclairées aimaient le symbolisme. » Ne pourrions-nous pas aller plus loin et affirmer que l'inintelligence du symbolisme est une preuve d'infériorité intellectuelle ! Il faut avoir l'esprit vaste et vigoureux pour saisir les analogies de l'univers et les coordonner avec leurs prototypes, et souvent tel lecteur a blâmé l'emploi de la comparaison, parce qu'il n'a jamais senti cette harmonie secrète qui est le lien de toutes choses et qui fait des deux mondes « deux luths unisones.» N'est-il pas assez ordinaire à l'esprit humain de condamner tout ce qu'il ne comprend pas et de trancher avec d'autant plus de décision dogmatique, que son étroit horizon lui permet seulement la vue de quelques vérités écourtées? — « L'idéal et le réel, dit Ozanam, forment par leur réunion l'essence même du symbolisme véritable. L'intelligence robuste des hommes d'autrefois comportait sans difficulté la présence de deux conceptions sous un même signe.