LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER
lignes noires qui sillonnent en tous sens une feuille inanimée. Mais la pensée es1 toujours là :elle est latente, elle semble sommeiller, et cependant elle vit : et quand il se rencontre un être intelligent pour frapper ces hiéroglyphes semblables à la pierre morte, il en jaillit des^tincelies de Lumière el de feu.
Ainsi, et que le souverain Maître me pardonne ce langage, nous n'en ayons pas d'autre sur la terre; dans le ciel seulement dous verrons la pure lumière, et nous la projetterons dans toute sa pureté sur les autres intelligences. — Ainsi Le Seigneur a t'ait son discours. Le jour de la création, il a composé son livre, il a écril son journal, il a fait son grand poème, il a réalisé son chef-d'œuvre ; je me sits à dessein (U~> expressions employées par les saints '. La beauté, La \ii\ la puissance, la force, La fécondité, L'harmonie, la souveraine beauté el vérité formaient comme des courants éternellement frais el Limpides dans L'essence infinie de la Divinité, ou plutôt étaient son essence elle- même, à l'état de merveilleuse simplicité : cette i ssence qu'il communique tout entière au Verbe et à L'Esprit, dans des flots de génération incommunicable et sous le souffle de la spiratioo d'amour. Qr, le Seigneur a voulu verser, si je puis m'exprimer
1. V. saint Antoine, saint Léon, saint Augustin, saint Thomas, etc., cites dans la troisième conférence du Christ de la Tradition.
ainsi, l<i trop plein de ses richesses infinies : il a voulu, du moins en partie, l< jer an dehors !,
non point son.-, forme substantielle, mai- par reflet extérieur de gloire et de beauté2. Il a voulu, pour
4. Le 1». Thomassin, en parlant du monde intelligible et éternel, et
du inonde sensible, dit ; « Rien n'est tracé dans Le premier, qui ai soit exprimé dans le second; et tout ce qui est déroulé dans le second, est enveloppé à l'état idéal dans le premier. Nihil ibi itopressum, quod non hic expressum : nihil hic explicatum, quod non ibi complicatum. {De Deo 1. V, c. 15 n° 4, p. 312.)
2. In processione divinarum personarum, ipsa cadem divina essentia communicatur personœ procedenti, et sic sunt plures personœ habentes divinam cssenliam; sed in processione creaturarum ipsa divina essentia non communicatur creaturis procedentibus, sed remanet, incommunicata seu imparticipata; sed similitudo ejus per ea quai' dat creaturœ, in creaturis propagatur, et multiplicatur ; et sic quodammodo Divinitas per sui similitudinem, non per essentiam, in creaturas procedit, et in eis quodammodo multiplicatur; ut sic ipsa creaturarum processio possit dici divina discretio, si respectus ad divinam similitudinem habeatur, non autem si respiciatur divina essentia. (Saint Thomas, in lib. de Div. nom. e. in, lect. 3. t. VIII, p. 11-i.) — Ex his (inquit Cyparissiotus) constat primo, duplicem esse emanationem : una est, qua Deus et Pater ad sua manando Filium suprasubstantialem et Spiritum Sanctum, duo unius et ejusdem divinitatis lumina, univoce protulit, niillo modo a se ipso toto egressus, sed potius ad seipsum motus sine distantia intermedia, ex œtomitate in naturam trium personarum desiit. Atque hœc emanatio mota a divina persona in divinas personas in Trinitate, ad quam mota est, substitit, et motionem increatam exhibuit. Omnis enim emanatio, cum fiât causa eorum quœ émanant, talis est emanatio, qualia sunt ea ad quœ facta est emanatio. Altéra est, qua Deus œquivoce motus est ad creaturam, eam in tempore producendo : ac per illam quidem motus est naluraliter, per banc vero voluntarie.(Corderus In S. Dion\3., c. u, § b, p. G55, t. 1er, éd. Migne.)