LIVRE II, CHAPITRE PREMIER. !t
(jui me ressemble. Je m'entretiens avec L'infini par l'intermédiaire de la nature et de l'histoire... je lis lame de l'artiste dans son Apollon. »
« Si tu veui !•' convaincre, mon cher Raphaël, BCrilte <'ii remontant de la sorte : Chaque état de rame humaine a dans la création physique une parabole quelconque qui l'indique, et ce ne sont pas seulement les artistes et les portes, )nais encore les penseur; les plus abstraits, qui ont puisé dans ce riche magasin. Nous nommons feu nu»' \i\e activité ; le temps est un torrent qui fuit emporté par un cours impétueux ; l'éternité est un cercle, un mystère se voile de ténèbres, et la vérité habite le soleil. Oui, je commence a croire que même la destinée future de l'esprit humain se trouve révélée d'avance dans l'oracle obscur de lu création matérielle. Chaque nouveau printemps «{ni fait éclore du sein de la terre les rejetons des plantes, rient éclaircir l'énigme effrayante de la mort, <-t réfute mon inquiète appréhension d'un sommeil éternel. L'hirondelle que nous trouvons engourdie pendant l'hiver, et que nous \oyons se ranimerai printemps, la chenille inerte, qui. devenue papillon, s'élève rajeunie dans les airs, nous offrent un symbole frappant de notre immortalité.
« Gomme tout, après cela, me parait intéressant !... Maintenant, Raphaël, tout est peuplé autour de moi.
Pour moi il n'esl plus de désert dans la nature entière. Partout où je découvre un corps, je devine un
esprit; partout où je vois du mouvement, je devine une pensée \ »
« On a pensé, dit Joufïroy, que le beau naturel esl aussi un beau artificiel ; seulement dans un eas, l'artiste est Dieu; dans l'autre, c'est l'homme. La nature ainsi serait un langage de Dieu pour exprimer le beau. comme les couleurs du peintre et les sons du musicien. Les formes de la nature sont comme autant de symboles du beau; le beau, c'est donc à ce compte quelque chose d'invisible que la nature exprime et traduit par ses formes et que l'artiste humain conçoit peut-être par les formes de la nature, qui l'expriment et le traduisent pour le traduire et l'exprimer à son tour 2. »
« Ainsi tout objet, toute idée est jusqu'à un certain point un symbole. Toute idée que nous saisissons excite effectivement en nous l'idée de ce qu'elle est, et l'idée d'autre chose encore, qui n'est pas elle. Tout objet que nous voyons nous donne Vidée de ce qu'il paraît, plus Vidée d'autres objets que nous ne voyons pas. L'art, qui nous présente des sons, des formes, des couleurs, ou des paroles, ne provoque pas seulement en nous l'idée
1. Schiller, t. VII, p. 322-324, tr., p. 753, texte allemand, Paris, Baudry.