‹ Le syndicalisme allemand; résumé historiqueChapitre 7 sur 8 · EES (SYNDICATS SOCIALISTES) DE 1891 A · texte numérisé non relu

EES (SYNDICATS SOCIALISTES) DE 1891 A

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pressant et de décès

Fédération

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cialisme, ils se sont prononcés en faveur de l'union avec les autres syndicats, même avec les socialistes, sur un terrain absolument neutre. Le but final qu'ils ont reconnu est l'union dans des syndicats mixtes (paritatische Gewerkschafteri) de tous les ouvriers d'un métier. Dès maintenant, les plus hardis ont parlé de la fusion (Verschrnelzung) des sociétés' chrétiennes et des sociétés social-démocrates. Et ils ont o-sé conseiller que sur des questions purement économiques, dans les luttes de salaires, par exemple, les deux organisations prissent déjà l'habitude de compter l'une avec l'autre.

De leur côté, les syndicats Hirsch-Duncker ne sont pas restés tout à fait étrangers à ces idées : si, à leur dernier congrès, à Cologne en 1901, ils ont maintenu encore le fameux Revers^ établi en 1876, — c'est-à-dire la déclaration par laquelle tout adhérent affirme ne pas appartenir au parti social-démocrate, — ce n'a été cette fois qu'après des luttes très vives, et grâce à l'intervention personnelle du vieux conseiller toujours écouté, le docteur Hirsch.

Et- en fait, sur bien des points, les divers groupements se sont rencontrés. Non seulement, par la force même des conditions économiques ou politiques, et en dépit souvent des idées préconçues, les tactiques se sont unifiées ; non seulement de mêmes formes d'organisation et d'action se sont imposées à tous ; mais, contre les atteintes projetées au droit de coalition, contre les tarifs douaniers augmentant le prix des denrées et réduisant d'autant la vi-

gueur ouvrière, les syndicats ont protesté, et même des syndicats chrétiens, contre la politique du centre. Dans une même ville, souvent les luttes pour les salaires ont rapproché les sociétés. Quatre syndicats indépendants et un syndicat Hirsch-Duncker sont entrés dans les cartels, où se rencontraient déjà régulièrement les socialistes des Unions centralisées et ceux des sociétés locales.

Mais, si fécondes qu'elles puissent être, ces unions plus ou moins constantes pour des buts particuliers ne peuvent satisfaire les espérances de ceux qui veulent porter à son maximum d'efficacité l'action syndicale. Encore une fois, les Unions centrales Font démontré: c'est la fusion totale, sans restriction, qui est nécessaire. Mais dans quels cadres se fera-t-elle? Une organisation plus forte, plus cohérente, plus nombreuse et plus riche ne s'imposera-telle pas aux autres ? Et quelles garanties alors devra-t-elle offrir aux membres des anciennes organisations ? Les Unions centralisées sont aujourd'hui les plus fortes, et c'est ainsi que., pour elles, la question devait se poser. Elle a été essentiellement celle de leur neutralité [Die Neu tralitâtsfrage) .

Neutres, elles l'ont été, de tout temps sans doute, depuis leur fondation. A la différence des localistes, pour pouvoir se fédérer, et plus tard encore, après 1900, pour pouvoir grouper les femmes, dans tous les Etats, elles ont renoncé à l'action politique. Et elles ont été neutres encore, d'une autre manière, puisqu'elles n'impo-

saient à leurs adhérents nulle déclaration politique ou religieuse. Elles ne leur ont jamais demandé de se dire anti-libéraux ou anti-chrétiens.

Mais il n'en est pas moins vrai qu'elles étaient animées de l'esprit socialiste, qu'elles étaient en rapports constants avec le parti socialiste, qu'elles participaient à la vie entière de la démocratie sociale. C'étaient des députés socialistes qui présidaient les fêtes, qui aidaient leur propagande, qui soutenaient leurs revendications ; et, parmi ces députés, beaucoup, comme Legien ou von Elm, comptaient au nombre de leurs chefs. Et d'ailleurs, comment cette union eût-elle pu sembler contraire à l'extension des syndicats ? N'était-ce point souvent la pensée socialiste qui poussait l'ouvrier à s'organiser? Tous les partis bourgeois n'avaientils point procuré leur hostilité acharnée contre les sociétés de défense ? Et comment un syndiqué eût-il pu méconnaître le dévouement infatigable de la fraction socialiste du Reichstag à la cause des syndicats ? En face des libéraux déchus, le parti gagnait, tous les cinq ans, des milliers et des milliers de voix ; en face des Hirsch-Duncker, l'organisation économique gagnerait peu à peu, comme le parti, le prolétariat tout entier.

Vers 1898, la croissance formidable des syndicats chrétiens démontra que des populations ouvrières étaient capables d'organisation professionnelle, en dehors des grandes Unions, et contre le socialisme. Et cela au moment même

où les bénéfices certains de la centralisation apparaissaient à tous les yeux. Quels que fussent les moyens particuliers de la propagande chrétienne, ce fait était inquiétant.

L'Union des mineurs, entravée et même réduite par cette propagande, parla la première de neutraliser le mouvement syndical.

Dans les Unions, dans le parti socialiste, un grand débat s'est engagé. Les chefs syndicalistes, soutenus cette fois par Bebel, se sont déclarés partisans de la neutralité. C'est Bebel qui, dans un Miscours célèbre, en 1900, à la maison des syndicats de Berlin, a formulé que la politique devait être chassée des syndicats, que le mouvement syndical n'était pas démocrate socialiste, mais un mouvement de classe prolétarien. Et la foi ardente de Bebel dans le succès inéluctable de la propagande socialiste, dissipait l'inquiétude, forcément présente à tous les esprits, d'une scission possible un jour entre le parti socialiste et un autre parti prolétarien. Et la même confiance animait von Elm lorsqu'il précisait davantage encore la situation respective des deux organisations : il distinguait la politique des intérêts ouvriers, revenant aux syndicats, de la politique de parti, et il établissait comment les congrès des syndicats diraient parleurs décisions les plaintes et les vœux de tous les ouvriers organisés d'Allemagne, dont les partis enfin auraient à tenir compte. En fait, on l'a rappelé, lors de ces débats : ce fut la fraction socialiste du Reichstag qui soutint plusieurs fois dans la dernière session les

pétitions des ouvriers chrétiens, négligées par le Centre.

Longtemps peut-être encore, « l'union personnelle » étroite entre les Unions et le parti socialiste, et les préjugés accumulés par trente ans d'oppositions et de querelles, pourra contraindre les syndicats allemands à se borner dans cette voie à de simples ententes, à des cartels. Mais c'est, semble-t-il, pour l'heure prochaine, la vraie solution qu'ils ont trouvée là, celle qui, à la différence d'un syndicalisme anti-parlementaire ou d'un parlementarisme réduit à une étroite représentation des intérêts syndicaux garantit à l'action syndicale son rôle particulier, sans la séparer pourtant de l'œuvre infiniment plus vaste de l'émancipation totale. Et c'est encore une fois par la conception nette de leur œuvre propre et par la ténacité de leur dévouement quotidien, que les syndicalistes allemands ont imaginé cette solution.

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