LK SYNDICALISME
métiers, puis aussitôt, pour bien affirmer ses tendances fédéralistes, tendances qui ne se retrouvent plus aussi accentuées aujourd'hui, il procède à cette adjonction ; « nous préconisons non le système centralisateur^ mais l'autonomie des Fédérations de métiers qui se rattachent à la même branche de production, unies entre elles par un pacte de solidarité et de défense mutuelle. » Mais dans les Congrès qui suivent, dans celui de Bruxelles entre autres (septembre 1874), la lutte reprend entre ceux qui prennent la Commune comme point de départ pour l'organisation future, aboutissant à la fédération de Communes qui est dénommée l'Etat (rapport de César de Pœpe au nom des délégués belges), — et ceux qui adoptent les groupes librement formés, et en dehors desquels pourraient vivre les hommes isolés. (Déclaration de Schwitzguebel.) Ce Congrès de Bruxelles fut, on le sait, le dernier Congrès important de la branche de l'Internationale, qui avait pris le titre d'Alliance de la Démocratie socialiste.
Ainsi, sous une forme assez vague, il est vrai, s'était posée la notion du Syndicalisme. Désormais, elle pénètre peu à peu le milieu ouvrier. Dans un des rapports présentés au Congrès de Marseille, en 1879, se remarque cette phrase :
« Pour nous, les syndicats réunissant toute la corporation et fédérés ensuite entre eux, sont les plus puissants leviers dont doive faire usage la classe ouvrière pour renverser les classes privilégiées et atteindre à son émancipation ». Mais, à la vérité, l'historique rapide que nous avons évoqué ici, pour analyser un certain processus d'idées, ne mérite point d'être poursuivi plus longuement. Si le concept de l'association professionnelle ouvrière, maîtresse de révolution, initiatrice d'organisation communiste, a été formulé avec une certaine nébulosité, il y a trente-cinq ans, il ne s'est imposé sous un aspectprécis, avec des contours délimités, qu'à une date très proche. Nos grandes Fédérations de métiers et d'industries se sont surtout constituées après 1890, nos Bourses du travail après 1891 ; et la Confédération du travail s'érige au Congrès de Limoges, en 1895, pour traîner durant quelque temps une existence plutôt précaire et contestée. A l'étranger, ce n'est guère que dans la période la plus récente, que le Trade unionisme s'est ouvert à la doctrine socialiste, que les grandes organisations allemandes et autrichiennes se sont concentrées, et que l'Italie, sortant de son vieux moule économique, s'est dotée, à la fois, de la grande industrie capitaliste, et des groupements
révolutionnaires compacts et disciplinés, que celle-ci comporte. Le Syndicalisme a fait partout son apparition sur la terre après le socialisme proprement dit, — le socialisme qui associe, à la lutte des classes, la volonté de conquête des Pouvoirs publics.