‹ Le syndicalisme contre l'étatChapitre 23 sur 46 · Office du Travail. 1909, p · texte numérisé non relu

Office du Travail. 1909, p

3. Vorwaerls, rapport de la commission des SyndicatSf 28 août 1909.

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au surplus, les rigueurs légales se sont relâchées dans les dernières années. De 1892 à 1899, l'effeclif féminin des syndicats se multiplie cinq fois, passant de 4.000 à20. 000 unités : de 1899 àl905, il se multiplie près de quatre fois, montant de 20.000 à 74.000; de 1905 à 1908, il a presque doublé. Or, pendant les mêmes périodes, l'effectif pour les hommes doublait d'abord, puis gagnait 250 p. 100, puis s'avançait de 45 p. 100. D'une extrémité à l'autre de cette série d'années, celui-ci septuple, et celui-là fait plus que trentupler. La proportion des femmes, dans le total corporatif, chiffrait par 1,8 p. 100 au début, et par 7,6 p. 100 à la fin. La concentration industrielle a donc bouleversé leurs conditions de vie, secoué leur torpeur, renouvelé leur mentalité.

L'examen des différentes professions, dans les divers pays, dégage des notations non moins suggestives.

Si nous nous en rapportons, pour la France, aux tableaux de l'Office du Travail qui n'offrent, par ailleurs, que des données imparfaites, l'agriculture n'accuse que 2 p. 100 de syndiqués; les mines et carrières fourniraient près de 50 p. 100; les produits chimiques, 33 p. 100; le papier, 22 p. 100; les cuirs, 21p. 100; le bois, 15 p. 100;

les métaux, 17 p. 100; le bâtiment, 16 p. 100; les transports et le commerce, qu'on a eu tort de ne point séparer, puisque leur outillage diffère du tout au tout; 24 p. 100; les textiles, 14 p. 100, l'alimentation, 9 p. 100; le travail des étoffes, 6 p. 100. En somme, les grandes fédérations font ici défaut, et sur les 66 qui ont été constituées déjà, une vingtaine seulement comprennent plus de 10.000 membres, le bâtiment avec 50.000, les mineurs avec 30.000, le textile avec 26.000, mais il faut ajouter que la France n'a pas, comme l'Angleterre ou comme l'Allemagne, de grandes industries dominantes et capables d'accaparer une très forte part de la main-d'œuvre. De cette nomenclature ressort cependant ce fait, que le syndicat s'est surtout propagé dans les milieux où l'ouvrier est plus étroitement asservi à la machine, et où la fabrique s'est substituée au petit atelier d'autrefois. L'alimentation, qui ne comporte encore qu'une minorité d'établissements de premier plan, ne s'est réellement ouverte à la propagande que depuis moins de dix ans.

L'Angleterre rassemble près d'un million de trade unionistes dans trois professions maîtresses : 354.000 pour le textile, 376.000 pour la métallurgie, 238.000 pour les transports. Si l'on

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ajoute les 700.000 mineurs, les travailleurs du bâtiment, les dockers et les ouvriers du gaz, on ne peut réserver qu'une médiocre marge pour les salariés de l'agriculture et du commerce, c'est-à-dire pour ceux qui demeurent disséminés dans des exploitations souvent minuscules. L'Allemagne nous offre un spectacle analogue. Sur les 60 Fédérations représentées à la Commission Générale, 6 possèdent plus de 100.000 affiliés, 4 de 50.000 à 100.000, 4 deSO.OOO à 50.000, 4 de 20 à 30.000, 10 de 10 à 20.000, 10 de 5 à 10.000, 11 de 3 à 5.000, 4 de 2 à 3.000, 1 de 1 à 2.000, 6 moins de 1.000. Les groupements les plus importants sont ceux des métallurgistes (360.000), du bâtiment (175.000), du bois (146.000), du textile (116.000), des mineurs (115.000), des transports (88.000), desaidesdu bâtiment (55.000), des imprimeurs (55.000), des charpentiers (51.000). Avec les ouvriers des ports, la statistique fléchit à 23.000 ; elle tombe à 16.000 avec les verriers, à moins de 7.000 avec les employés de commerce, à moins de 9.000 avec les employés des auberges et des restaurants, à moins de 500 avec les horticulteurs. L'alimentation donne de très faibles éléments, comme les bureaux et les métiers agricoles. Quant aux domestiques, comme partout ailleurs, c'est à

peine s'ils montrent une ébauche de groupement.

En Italie, l'organisme corporatif, qui attire à lui la plus forte proportion de membres, est celui des chapeliers (46 p. 100) ; puis viennent les verriers (44 p. 100), les typographes (40 p. 100), les céramistes (30 p. 100), les briquetiers, les travailleurs du bâtiment (20 et 17 p. 100).

Dans la partie autrichienne de l'Empire austrohongrois, les typographes se targuent justement d'un pourcentage, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs (99 p. 100); les « cheminots » montent à 50 p. 100, les salariés des industries chimiques à 39 p. 100, les brasseurs et les ouvriers des cuirs et peaux à 33 p. 100.

En Belgique, les transports prennent le premier rang avec 66 p. 100, les mineurs, le deuxième, avec 45 p. 100; les verriers disputent letroisièmeàla fédération de la pierre (34 p. 100); le bâtiment et l'alimentation se placent aux derniers avec 9 et 2 p. 100.

Nous pourrions poursuivre encore cette investigation, mais il semble superflu de la continuer, car les exemples que nous avons donnés suffisent à projeter en pleine lumière l'un des traits essentiels de la poussée syndicale. Si l'on met à part la typographie, qui est, à tous égards, un

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métier qualifié, car elle exige une technique et aussi une instruction générale relative, les professions où le pourcentage des prolétaires associés est le plus considérable, sont celles où l'appareil mécanique exerce un rôle prépondérantdans la production. Le commerce proprement dit, qui reste accessible, pour une grande part, aux petites exploitations, et l'agriculture qui a été médiocrement travaillée jusqu'ici par le bouleversement économique, sont loin déverser, dans la lutte sociale, des éléments aussi forts que ceux dont la grande fabrique, fumante et mugissante, est le creuset toujours en action.

Mais les économistes ou les sociologues, qui concluraient de là que le commerce et l'agriculture doivent rester à l'écart du mouvement syndical, et que les effectifs salariés de l'un et de l'autre ne rejoindront point ceux de l'industrie, se tromperaient étrangement. Ils ne compteraient pas sur la contagion qui s'opère de métier à métier, sur les enseignements que les corporations encore disséminées tirent des victoires partielles des corporations déjà concentrées : ils assisteraient en aveugles anx événements qui se succèdent autour d'eux. Si les employés et les journaliers, les commis de banque et les domestiques de ferme ne proclament pas la révolte

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contre l'ordre social, uussi haut que les mécaniciens ou les constructeurs de navires, s'ils plient plus docilement en apparence sous la pression de la hiérarchie économique, ils sont pourtant sortis de la période de la résignation. Depuis quelques années, les travailleurs du commerce se sont insurgés en France contre l'insuffisance de la législation sociale qui les concerne, puis contre l'inapplication des lois conquises, et de ces sursauts spontanés, sont issus des groupements nouveaux. Dans le milieu agricole et forestier, les bûcherons du Nivernais et du Berry, les travailleurs de terre du Midi et de Seine-et- Marne, les horticulteurs des environs de Paris ont développé une agitation comparable à celle des ligues agraires du Manlouan et de l'Emilie. De la grande industrie, la formation corporative s'étend aux exploitations oii les individus sont moins serrés, puis à celles oii la dispersion subsiste encore : de même, elle passe des grandes villes aux localités de moindre importance et aux petites communes, et c'est ainsi qu'un même élan emporte les salariés des catégories les plus diverses, gagnant peu à peu des catégories jusque-là réfractaireset substituantrunion féconde à l'impuissant individualisme d'autrefois.

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