LA II ES IS TAN CE PATRONALE
En Angleterre, bien avant le milieu du XIX® siècle, les manufacturiers se protégeaient déjà, par des unions, contre les revendications de leurs ouvriers. Plusieurs de ces coalitions, d'après les Webb, fonctionnaient dès 1833. Vingt-cinq ans plus tard, les entrepreneurs du Lancashire s'engagent, les uns envers les autres, à ne point accorder de travail aux syndiqués, et à réclamer, de tout nouvel embauché, la signature du « document », c'est-à-dire l'affirmation formelle qu'il n'est adhérent à aucun syndicat. Les Cartels, qui se sont multipliés outre-Manche à une date proche, dans le textile surtout, et dont certains représentent une production de 123, de 150, de 230 millions de francs annuellement, peuvent être assimilés à des fédérations localisées d'action sociale^
Aux Etals-Unis, les trusts qui régissent de plus en plus le marché économique, et qui font peser sur le gros de la population une insupportable tutelle, fournissent à la résistance patronale des appareils de haute puissance. Ils sont d'autant plue vigoureux, dans les incidents fréquents de la bataille des salaires, qu'ils rassemblent des compagnies, non des patrons primi-
1. G. Chastin : Les Trusts et les Syndicats de producteurs. (F. Alcan, 1909).
tivement isolés, et que le nombre des unités participantes est moindre pour une importance proportionnelle plus accentuée. Voici le trust du Tabac qui contrôle, avec 250 millions de capital, 75 p. 100 de la fabrication des cigarettes; le trust du tabac à chiquer et à fumer au capital de SOO millions; le trust du fer-blanc, dont les 40 maisons adhérentes réunissent 280 fabriques et 250 millions d'apport ; le trust du biscuit qui compte 14.000 ouvriers, etcelui de l'acier qui dispose de 2 milliards et demi de francs. Ne sont-ils pas autant d'organisations admirablement outillées pour frapper et, au surplus, lors des grèves des dernières années, n'ont-ils pas marqué une prodigieuse endurance?
La France, bien qu'elle ne connaisse que des cartels restreints et des concentrations industrielles limitées, — à côté de celles de l'Allemagne et de l'Amérique, possède depuis longtemps des sociétés patronales militantes. Les ouvriers invoquaient déjà l'existence de ces syndicats d'employeurs, lorsqu'on voulait proscrire les leurs comme illégaux. Il faut citer les unions du bâtiment qui englobent 18.000 cotisants, les unions des sociétés de mines, des établissements métallurgiques, des fabricants du textile, qui représentent encore des forces supérieures à