‹ Le syndicalisme contre l'étatChapitre 36 sur 46 · IRRÉDUCTIBLE ANTAGONISME · texte numérisé non relu

IRRÉDUCTIBLE ANTAGONISME

ture qui interprète les prohibitions légales, contre les méthodes d'enseignement qui glorifient une certaine conception de la société.

Par le seul fait qu'il existe, qu'il a pu se constituer, grandir, s'épandre sur le monde en un flot tumultueux, le syndicalisme compromet la stabilité, la sécurité de l'Etat. Il a remporté sa première, sa plus éclatante victoire, le jour où il a conquis droit de cité, où il s'est implanté dans une structure sociale, qui le repoussait de toutes parts. Il a remporté d'autres et graves avantages, tandis qu'il exposait ses ambitions toujours amplifiées, et qu'il réduisait l'Etat à une simple défensive. Chacun des gestes qu'il esquisse aujourd'hui, chacune des révoltes locales qu'il suscite, apparaît comme un outrage pour l'hégémonie bourgeoise. Les affirmations qu'il émet, les prévisions qu'il exprime, sont autant de négations de l'ordre actuel. Il ne peut prendre une initiative, ni tenter un acte, sans heurter un des contreforts du pouvoir central, sans affronter une lutte contre tout le système, et sans évoquer le problème social dans son intégralité.

L'antagonisme est donc exclusif de toute trêve et de toute détente. Comme les deux adversaires se disputent le champ môme delà vie économique

et ne sauraient se le répartir, mais le revendiquent dans son étendue indéfinie, le combat ne se peut clore que par la destruction de l'un ou de l'autre. La volonté de domination de l'un et la volonté d'affranchissement de l'autre ne comportent ni négociations, ni compromis. On ne voit ni comment le privilège capitaliste pourrait subsister dans le communisme, ni comment la liberté des prolétaires pourrait s'instaurer dans le salariat. Ceux qui, pendant longtemps, se sont imaginé qu'une coordination interviendrait entre les vieilles institutions économicosociales et l'organisation syndicale enfin tolérée, ceux qui croyaient incorporer le groupement professionnel au mécanisme de la production, et à la société politique, commettaient la plus stupéfiante des erreurs. Ils ignoraient, à la fois, la nature de l'Etat et l'essence du syndicalisme : ils cherchaient la quadrature du cercle ou le mouvement perpétuel : ils n'avaient point analysé le processus de dissociation qui travaille l'humanité et qui, dans chaque nation emportée par l'industrialisme, a fait surgir des classes hostiles, subordonnées l'une à l'autre, incapables de coexister en équilibre durable.

L'opposition du syndicalisme et de l'Etat n'est point la création de l'idéologie ; elle résulte

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de l'étude des faits que chacun saisit. Elle s'illustre d'épisodes plus émouvants, au fur et à mesure que se déroulent les années, et que la concentration corporative se fortifie ; elle emplit si bien l'horizon, que les moins avertis doivent aujourd'hui en discerner la portée et bannir toute illusion.

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