DÉFENSIVE
suite, contrarier sa propagande et son recrutement : en juillet 1901, la Cour des Lords condamna l'Union des employés de la vallée du Taff à verser 575000 francs de dommages-intérêts. On emprisonnait les administrateurs, les secrétaires, ceux qu'on appelait les meneurs. On les impliquait dans des procès criminels qui, le plus souvent, aboutissaient, faute de preuves, à des acquittements devant le jury. La grève, proclamée légale en doctrine, fournissait mille occasions de sévir; bien plus, en de nombreux pays, des textes de date récente ont restreint le champ des chômages concertés. Aux États-Unis, la loi de 1887 sur le commerce entre Etats permet au gouvernement de prohiber le chômage des « cheminots » , La loi hollandaise du 1 1 avril 1 903 prévoit l'emprisonnement de six mois à quatre ans pour les ouvriers des réseaux ferrés, qui suspendraient le labeur par coalition. Ces limitations de la liberté de la grève se sont implantées dans plusieurs autres pays, en visant aussi des catégories élargies.
Mais nulle part, la coercition proprement dite n'a enrayé le mouvement corporatif, ni intimidé les syndicats militants, ni atténué le péril qui menaçait l'Etat.
La puissance publique n'a pas mieux réussi
lorsqu'elle a mis en œuvre la séduction, et qu'elle a offert, au syndicalisme, une place étroite dans le système contemporain. La méthode de la paix sociale qui consiste à généraliser le régime représentatif, en l'étendant à l'usine, n'a été accueillie qu'avec froideur et hostilité par le prolétariat organisé. C'est d'elle que dérivent l'institution des conseils supérieurs du travail, oii délégués ouvriers et délégués patrons discutent la refonte ou l'élaboration des loisde fabriques, — l'institution connexedesconseils locaux du travail, — celle descomités permanents de conciliation et d'arbitrage, celle des comités d'ateliers. Puis la doctrine se développe encore; d'une part, l'Etat accepte de conférer, aux syndicats, la capacité commerciale; de l'autre, il préconise, sous des formes diverses, la participation aux bénéfices. Si l'on étudie les discussions qui ont eu lieu, à des époques récentes, en France, en Italie, en Belgique, en Angleterre, etsurlout aux Antipodes, — car c'est en Australie et en Nouvelle Zélande que ces thèses conciliatrices ont été d'abord exposées et traduites en dispositions législatives, — ondiscernera la pensée profonde de la classe dirigeante. Il s'agit non point de faciliter l'évolution sociale, mais de désarmer l'attaque prolétarienne. Il