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LA COORDINATION PROLÉTARIENNE

tout était à créer : les organisations naissantes du prolétariat cherchaient leurs voies. Les notions, que les unes et les autres se faisaient de l'Etat, différaient sensiblement de celles qui s'imposent aujourd'hui, après le grand développement du fonctionnarisme, après l'expansion du militarisme, du marinisme, du colonianisme, de la bureaucratie sous toutes ses formes. Au surplus, dans l'ardeur de leurs polémiques, les champions de la première Internationale et ceux de l'Alliance universelle se méprenaient sur certaines conditions du combat social. Les Bakounistes, luttant contre le pouvoir central, adoptaient, comme base, la commune qui est un groupement politique, non un groupement économique, et par là-même, évitaient d'aller jusqu'au bout de leurs thèses. Les Marxistes, tout en voulant sincèrement la destruction de l'Etat, comptaient se servir momentanément de son organisation, sans se demander s'ils ne lui prêtaient pas des vertus décevantes. Les uns se rendaient compte qu'il fallait frapper la société pas ses fondations mêmes, mais ils ne pouvaient prévoir encore avec netteté l'avènement du syndicalisme, dont l'apparition transformerait l'aspect du champ de bataille : les autres apercevaient clairement la néces-

Paul Louis. — Syndicalisme. 18

sirté de sauvegarde l'intérêt collectif de la classe prolétarienne, contre les aspiralions particulières des individus etdes associations ; ils redoutaient l'émiettement de forces qu'introduirait un fédéralisme trop lâche, mais poussaient à outrance la centralisation, sans se prémunir totalement contre la pression des idées acquises. Depuis lors, les conceptions ont évolué. Elles ont évolué surtout sous l'influence des faits, qui ne surgissent pas toujours dans les cadres tracés par les calculs des doctrinaires. Le syndicalisme s'est imposé comme le phénomène le plus saisissant de l'histoire sociale contemporaine. C'est en grande partie de son action que dépendront les événements de demain ; mais le jour où il aura, avec le concours des partis socialistes, dissous tous les rouages économiques et politiques, alors commencera son œuvre propre. Il lui faudra organiser une société nouvelle, en répartissant les producteurs, et en distribuant les instruments de travail, sans engendrer une caste d'artisans privilégiés, ni consacrer le monopole des grandes corporations. La lutte contre l'Etat n'est qu'un prélude au formidable avenir qui s'ouvre devant les associations ouvrières.

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