L ENSEIGNEMENT OFFICIEL. U
1850: «L'école primaire a formé des libéraux sous la Restauration, des républicains sous la monarchie de Juillet, des socialistes souslaRépublique de 1848. » Cette école verserait-elle, une fois de plus, dans les doctrines subversives, et préparerait-elle des factieux, — aveccette circonstance aggravante, que sa puissance, de par l'ef. fectif des maîtres, et de par le contingent des élèves, aurait plus que décuplé?
Depuis dix ans, dans tous les pays oîi la lutte s'est avivée entre la bourgeoisie et le prolétariat, l'instituteur a cessé d'être glorifié; il subit une pression administrative, qui ne faiblit jamais. C'est dans les petites villes surtout qu'il est épié et molesté; aux adversaires de toute culture intellectuelle s'associent trop souvent les fonctionnaires supérieurs, pour lui faire l'existence intenable et le pousser hors de la carrière. Parce qu'il sort du peuple, parce qu'il en a gardé les sentiments, qu'il exerce une façon d'aspostolat, et qu'il a conscience de sa solidarité réelle avec le monde du travail, il est guetté pour ainsi dire par les notables de la localité. Ceux-ci, d'ordinaire, redoutent tout d'un enseignement, qui ou bien a aboli totalement le divin, ou bien lui laisse une place de plus en plus restreinte. Que le maître donne la
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moindre prise à la critique, que ses opinions percent trop ouvertement, qu'on puisse lui reprocher sa tiédeur à l'endroit de l'ordre établi, ces notables interviennent et obtiennent des décisions qui les rassurent. A la rigueur, si aucun motif ne peut être invoqué, on forge des prétextes ; et le pouvoir central, qui oscille toujours entre le désir de répandre les connaissances exactes, et la crainte de saper ses propres bases, cède aux dénonciations arbitraires. C'est précisément ce contrôle de plus en plus sévère, ce sont les sanctions de plus en plus fréquentes et dures, prises contre le corps enseignant dans l'Europe centrale comme dans l'Europe occidentale, — qui attestent l'importance assignée par l'Etat à l'instruction primaire. Plus il a donné d'autorité aux petits fonctionnaires scolaires, chargés de pétrir les cervelles, et plus il se montre enclin à sévir à leur égard. L'onconçoit, du reste, à merveille les appréhensions qui l'obsèdent, comme la volonté de châtier, qui l'anime contre les instituteurs réfractaires. L'éducateur qui manque à l'orthodoxie officielle, qui cesse de justifier avec enthousiasme tout ce qui est, sinon tout ce qui a été, est assimilable à l'officier qui passerait à l'ennemi. Lui aussi déserte; et l'État ne peut point ne pas le