LEUR
U.S.LF. et U.S.I.C. bornaient à peu près leur activité à des études sociales et connaissaient une prospérité bien modeste. 1936 allait changer la face des choses. Dans la grande tourmente sociale, les ingénieurs commencèrent d’abord par être « lâchés » par tout le monde, patrons et ouvriers. L'U.S.I. C. et l’U.S.L F. eurent alors le mérite de se ressaisir et de « lâcher » à leur tour les patrons pour s'organiser sur le pied de guerre en vue de la discussion des conventions collectives.
L'U.S.L.F. se sépara purement et simplement des employeurs qu’elle groupait. L’U.S. I. C. employa une méthode différente en fondant le Syndicat des Ingénieurs Salariés (S. I. S.), le 13 juin 1936, syndicat ouvert aux ingénieurs salariés de toutes opinions ou croyances et non plus seulement, comme lJ’U.S.I.C., aux seuls catholiques.
D. — Le Syndicat Professionnel des Ingénieurs Diplémés. S. P.I. D).
A la même époque (juin 36), et par un processus analogue, un groupement d’amicales, la Fédération des Associations, Sociétés et Syndicats Français d’Ingénieurs, (F. A.S.S.F.L[L.), lança la formule du Syndicat Professionnel des Ingénieurs Diplômés (S.P.LD.). Les associations d’anciens élèves de l’Ecole Centrale et des Arts et Métiers prirent la part la plus active à la fondation de ce syndicat.
Il est bien évident qu’il prétendit tout de suite être habilité à la discussion des conventions collectives,
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puisqu’aussi bien il n’était formé que pour cela. L'U.S.I.F. devait en prendre ombrage et le S.P.ID. fut évincé de la discussion des conventions collectives en cours.
E. — La fusion.
Mais la nécessité de s’unir devenait chaque ‘our plus impérieuse. Des pourparlers furent engagés dès octobre 1936 entre l’U.S.LF. le S.LS. et le S.P.I.D. qui aboutirent à l’union de ces trois grandes organisations dans une Fédération Nationale des Syndicats d'Ingénieurs (statuts déposés le 20 février 1937).
Cette Fédération prétend grouper actuellement 23.000 ingénieurs. Elle est ouverte aux syndicats d’ingénieurs ou unions de syndicats qui adhéreront ultérieurement à ses statuts.
La F. N.S.I. pose un certain nombre de conditions à l’admission d’un syndicat dans son sein. Il faut :
1° Qu'il soit constitué sous le régime du Livre II, titre premier du Code du Travail;
2° Que ses statuts soient tels qu’il ne puisse admettre comme membres actifs ou ayant droit de vote que des Ingénieurs diplômés ou des Ingénieurs qui, par leur culture, leur valeur professionnelle, les fonctions qu’ils remplissent, sont assimilables aux Ingénieurs diplômés;
3° Qu'il compte au moins 400 membres cotisants:
4 Qu'il soit fondé depuis au moins 6 mois.
La Fédération a pour objet :
1° D’étudier en commun les questions d'intérêt
général d’ordre juridique, économique et social qui, à un titre quelconque, intéressent les ingénieurs;
2° De coordonner les efforts des Syndicats adhérents en vue de la défense des intérêts moraux, professionnels et économiques des ingénieurs;
3° De recommander l'attitude commune qu’il serait intéressant et utile de voir suivre par les syndicats adhérents;
4° De représenter ces syndicats dans toutes les circonstances et pour toutes les questions où une action commune sera jugée nécessaire et cela dans les conditions prévues aux statuts. Dans ce but, la Fédération pourra accomplir toutes les démarches, formalités ou opérations, exercer toutes actions et notamment intervenir dans toute procédure d’apaisement, de conciliation et d’arbitrage.
La Fédération travaille en liaison étroite avec la CGT'E
F. — Valeur syndicaliste des organisations de la FN. S:T.
: Cette valeur est très inégale. La F.N.S.L. a conclu plus de trente conventions collectives d’ingénieurs qui ont, pour la plupart d’entre elles, sérieusement amélioré le statut des ingénieurs dans les entreprises signataires.
Mais les organisations C.G.T. n’ont pas manqué de relever au passif de leurs adversaires certaines faiblesses assez typiques.
Si nous en croyons le Bulletin du Syndicat National des Ingénieurs et Chefs de Service (C. G.T.) de
février 1937 : « Au cours d’une réunion de la commission paritaire des additifs à la convention de la Métallurgie Parisienne, le 22 janvier dernier, M. KR... délégué patron, a fait publiquement la déclaration suivante à M. M. ‘.., président du S. I. S. : « Je regrette qu’en juin vous n’ayez pas été de notre côté, vous auriez été le meilleur avocat de la cause patronale ». M. M... aggrava son cas en répondant que souvent il était obligé de défendre des causes d’ingénieurs qu’il ne considérait pas comme justes ».
Le même Bulletin donne le texte d’une circulaire diffusée par la section de Rouen du S.I.S. et ainsi conçue : « Il n’est pas douteux que plus les ingénieurs seront nombreux au $S.I.S. plus son autorité sera grande, aussi vous trouverez inclus un bulletin d'adhésion. Le droit d’adhésion n’est que de 8 fr. (correspondant à une cotisation de 2 mois) et chacun pourra cesser de faire partie du S.I.S. après 2 mois de présence. L'important est que nous soyons nombreux tout de suite ».
Il y avait sans doute quelque convention collective sous roche à cette époque, et le vif désir du S.LS. d’être considéré comme l’organisation la plus représentative.
Toutes ces faiblesses tiennent surtout au manque de formation syndicaliste des responsables. Elles ne nous paraissent pas suffisantes pour retenir l’hypothèse d’une collusion originelle avec le patronat. C’est pourquoi nous avons classé la F.N.S.I. au nombre des organisations indépendantes.
() Le Bulletin donne les noms des personnalités qu’il met en cause. Nous ne jugeons pas nécessaire de les reproduire ici.