CHAPITRE PREMIER
Les principales formations syndicales, leur répartition territoriale.
La Confédération Nationale des Syndicats catholiques ouvriers.
C’est à l'étude des formations syndicales actuel- ‘lement en présence en Espagne que nous voudrions consacrer la deuxième partie de notre étude; notre intention n’est d’ailleurs pas d'insérer ici une liste limitative des groupements professionnels espagnols, mais uniquement d'examiner les deux principales forces syndicales antagonistes, connues sous le nom de Confédération Nationale du Travail (C.N.T. ou syndicat unique) et d'Union Générale du Travail (U.G.T.). Le premier de ces groupements à tendances anarchistes, décline de jour en jour; le second, au contraire, dont le nom et l'histoire est inséparable de celui du parti socialiste,
a pris une importance prépondérante, qui ne semble pas devoir disparaître dans un avenir prochain. C’est ce qui explique notre désir de lui consacrer la plus grande partie de nos développements; mais, au préalable, nous dirons un mot de la répartition territoriale des forces syndicales, ainsi que de quelques groupements patronaux et ouvriers qui, en raison de leur importance, méritent d’être au moins cités.
Parmi les provinces les plus importantes, l’Andalousie est peut-être celle qui à la plus mauvaise organisation sociale; région purement agricole, de grandes latifundias, elle est habitée par une population extrêmement inculte; aussi est-elle un champ ouvert aux agitations ouvrières et, notamment, à la. lutte entre le socialisme de l'U.G.T. et le « syndicalisme » de la C.N.T. Le premier a l’avantage d’avoir pu s’y établir pendant la dictature, et le deuxième celui que donnent les énergies déployées dans la lutte contre les éléments hier encore officiels. Il ne faut pas oublier, en effet, que le triomphe politique des socialistes a donné un développement extrême à leur parti; toutefois, celui-ci comprend, depuis lors, un grand nombre de membres qui n’ont aucune notion du socialisme et qui, de l’avis même de leurs chefs, sont beaucoup trop sensibles aux pressions exercées par les groupes adverses.
Bilbao, pays basque, est dominé politiquement par le nationalisme. Celui-c1 forme un parti tellement fort et d’un esprit si pur, que ses statuts interdisent l’admission de membres qui n'auraient pas au moins, du côté de l’un des quatre aïeuls, du
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sang basque dans les veines. Il en résulte que la plus grande partie des ouvriers mineurs et métallurgistes de Bilbao, recrutés pour la plupart à l'intérieur de l'Espagne, se trouvent aujourd’hui exclus du parti nationaliste et sont entrés peu à peu dans l'unique organisation ouvrière à tendance socialiste qui s’y soit formée : l'U.G.T. C’est pour ces motifs qu'après celui de l’Andalousie, le parti socialiste et V'U.G.T. comptent à Bilbao un deuxième centre de résistance; aussi les dirigeants nationalistes en sont-ils venus à étudier s’il ne serait pas opportun de supprimer la condition qui empêche la majeure partie de l’élément ouvrier de venir à eux. Ils croient que, ce faisant, ils arriveraient à annihiler l'influence socialiste. Il est intéressant de noter d'ailleurs que l’organisation ouvrière à pris, sous cette influence, un caractère singulier qui apparaît comme une variante purement locale du socialisme. Sous le nom de « Solidarité d'ouvriers basques » (Solidaridad) se sont constitués des groupements spécialement destinés à défendre et à protéger l’ouvrier basque; revêtant avant tout le caractère de sociétés mutualistes, ces formations ne négligent pas l’organisation professionnelle à laquelle pourvoit leur fédération. Cette dernière, qui prévoit plusieurs branches et groupements de métiers, réglemente l'agriculture, l’élevage et même la pêche (elle à établi, par exemple, que le bénéfice du coup de filet se partagerait par moitié entre le propriétaire du bateau et les pêcheurs); de plus, elle intervient surtout dans les conflits entre ouvriers et patrons.
En Catalogne, l'U.G.T. n’a pu, en raison de son orientation nettement socialiste, recruter que