‹ Le Syndicalisme en EspagneChapitre 38 sur 47 · RL OD AGE SERIES · texte numérisé non relu

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Ni pendant la dictature, ni après les années terribles de persécutions, le nombre des affiliés n'a considérablement diminué. Pendant la dictature, notamment, la situation des organisations ouvrières a été très pénible; plusieurs d’entre elles ont été dissoutes et, cependant, au moment de la réunion

du congrès de 1928, le nombre des syndicats était de 1.342 et celui des adhérents de 210.567; en décembre 1929, ce chiffre était porté à 228.501, et en 1930 à 277.011; parallèlement, le nombre des syndicats s'élevait à 1.511 et 1.734.

Malgré toutes les pressions et les actes arbitraires dont les travailleurs étaient l’objet de la part de la dictature à son déclin, le contingent des membres de l’U.G.T. n’a cessé de s’accroître, tant et si bien que ce furent 300.000 affiliés qui votèrent la grève générale de décembre, déclenchée par le Comité révolutionnaire dans le but de renverser la monarchie.

Depuis l'avènement de la République, le nombre des inscrits à l'Union (et, par contre-coup, au parti . socialiste) a augmenté d’une façon prodigieuse. Du 31 décembre 1930 au 31 décembre de l’année suivante, il s’est accru de 681.440 unités, passant de 277.011 à 958.451; pendant la même période, celui des syndicats s'élevait de 1.734 à 4.041, soit une augmentation de 2.307 unités.

Enfin, au 30 juin 1932, l'U.G.T. comptait 1.041.539 adhérents et 5.107 syndicats. Nous ajouterons d’ailleurs que dans ce dernier chiffre ne sont pas compris 1.091 syndicats qui avaient négligé de fournir en temps utile les renseignements

demandés.

Nous avons signalé déjà que, dès l’origine, l'Union Générale des Travailleurs avait tracé sans hésitation une ligne de démarcation très nette entre elle et les éléments anarchistes, en ce qui concerne les

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moyens d'action et l'orientation syndicale. Elle avait, quant à elle, immédiatement opté pour « la grève bien organisée » et la demande « aux pouvoirs publics de lois protégeant le travail ».

Ce fut une nouvelle conception de la lutte sociale, introduite avec beaucoup d’audace dans la vie des organisations ouvrières; elle heurtait, en effet, de front, non seulement les principes de tous les gouvernements de la monarchie, mais également ceux des anarchistes, opposés même au simple mot « d'organisation » et, à plus forte raison, lorsqu'il doit s'appliquer à des grèves. Pour ces derniers, les groupements ouvriers ne doivent avoir ni réglement, n1 caisse de résistance et ne doivent percevoir aucune cotisation. En cas de grève — qui doivent être fréquentes pour que les ouvriers ne perdent pas leur combativité — la solidarité spontanée doit être suffisante pour pourvoir à tous les besoins.

Par contre, l'U.G.T. à maintes fois prodigué ses conseils à ce sujet : « Ce qui intéresse les ouvriers, ce n’est pas de déclencher beaucoup de grèves, dont ils sortiraient souvent vaincus — écrivaient ses dirigeants dans le Bulletin de mars 1901 — mais, au contraire, de déclencher le moins de grèves possible et d’en mener à bien le plus grand nombre. » Ils écrivaient encore, à l’article 195 des statuts de l'Union, modifiés au congrès national de 1918-1919: « Il est recommandé aux sections, quand elles réclameront des améliorations aux patrons, de les présenter sous une forme qui facilite leur acceptation et évite ainsi le désaccord qui pourrait se produire dans différentes villes. »

Par ces paroles modérées, on a voulu persuader les travailleurs que leur intérêt est lié à l'intérêt

général et que la lutte caractérisée par des mouvements de grève ne doit jamais être le résultat d’un calcul simpliste ou la manifestation d’un état d'énervement passager.

Toutefois, nous devons à la vérité de dire que l'Union Générale des Travailleurs à à son actif deux grèves générales, déclenchées non en vue d'obtenir une élévation du taux des salaires ou une réduction de la journée de travail du salarié, mais bien la liberté de l'Espagne, la vie même du pays. Nous voulons parler des grèves d'août 1917 et de décembre 1930. Dans les deux cas, l'Union a fait descendre ses troupes dans la rue, non pas d’une manière clandestine, mais en prenant la pleine responsabilité de son attitude et en supportant stoïquement les colères du pouvoir autoritaire, qui était alors maître du pays.

Depuis sa formation, l'Union s’est toujours efforcée d'obtenir des pouvoirs publics des réformes bienfaisantes pour les ouvriers; mais, chaque fois qu'il n’a pas été possible de les obtenir par les voies légales ou chaque fois que l'Etat à cherché, soit à les rendre impossibles, soit à tromper l’action légale des travailleurs organisés, elle n’a pas hésité à sortir de son attitude réservée pour recourir à la force et à l’action des masses dans le but de purifier les milieux politiques du pays.

Il n’en reste pas moins qu'en raison même de ses principes directeurs, l’'U.G.T. à joué un rôle de premier plan au sein des divers organismes où elle a été directement ou indirectement représentée. À ce sujet, une mention toute spéciale doit être faite à l’Institut de Réformes Sociales (actuellement : le Conseil du Travail), dont dépendent un très grand

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nombre de commissions ayant à connaître de la vie sociale sous toutes ses faces; au sein de cet institut, tantôt élaborant des projets de loi, tantôt faisant des enquêtes et contrôlant en somme l’application des lois sociales, les hommes les plus éminents de l’Union ont fourni un labeur croissant, qui peut être résumé dans la formule suivante : mettre en application le droit ouvrier et atténuer le caractère de marchandise que le travail a eu jusqu’à présent *.

L'activité de l’Institut de Réformes Sociales mérite d'autant plus d’être signalée que, pendant la monarchie, le Parlement a toujours été impuissant à faire aboutir les réformes sociales qui s’imposaient, et que, d'autre part, les gouvernements réactionnaires et de « Camarilla » n'avaient alors d’autres préoccupations que de lutter contre le mouvement ouvrier pour en restreindre le développement. |

En matière sociale, les Cortës Constituantes n'ont pas fait mieux que le Conseil du Travail.

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