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à son intention au cimetière civil. Au moment même de sa constitution, cette fédération a enreg1stré l’adhésion de 275 sections et de 36.639 membres; à la date du 30 juin 1932, elle pouvait annoncer que le nombre de ses sections s'élevait à 2.541 et celui de ses adhérents, ayant effectivement versé leurs cotisations, à 392.953. (Les seules provinces de Tolède et de Badajos justifiaient respectivement de 159 et 110 sections et de 34.447 et 36.673 membres.)
Cette fédération nationale, qui fait partie de la Fédération Internationale des Travailleurs de la Terre, publie un hebdomadaire intitulé : « El obrero de la tierra » (L'ouvrier de la terre). Le premier numéro, qui parut le 16 janvier 1932, tira immédiatement à 10.000 exemplaires; le 24 du même mois, il tirait à 21.400; fin janvier, à 32.000; fin février, à 50.850; fin mars, à 60.250; fin avril, à 69.300; fin mai, à 76.550. A la date du 30 juin 1932, son tirage était de 84.100 exemplaires.
Pour terminer notre étude, nous voudrions maintenant examiner la situation de l’Union Générale des Travailleurs au 30 Juin 1932, date à laquelle ont été arrêtés les derniers renseignements officiels qui la concernent.
À cette date, l’Union, qui en raison e ces effectifs était la troisième de la Fédération Syndicale Internationale, groupait 1.041.539 membres, parmi lesquels figuraient 970.072 hommes, 41.948 femmes et 29.539 apprentis; quant à la répartition de ces travailleurs par industries, elle est donnée par le
tableau ci-joint, dûment complété par l'adjonction de renseignements que nous éroyons intéressants de : signaler.
La colonne de ce tableau consacrée au « salaire . moyen » des ouvriers, répond à la question suivante : Quel était le salaire moyén avant la révolution? Quel est-il aujourd’hui? On constate alors, en comparant les réponses reçues que, huit à dix mois après l’avènement de la République, la hausse du salaire moyen de toutes les branches d'industrie oscille entre les deux chiffres extrêmes de 0,50 centimes et 5 pesetas par Jour; tandis que dans tous les pays, comme conséquence de la crise économique, les salaires des travailleurs ont été plus ou moins réduits, en Espagne ils ont, au contraire, été augmentés; sans doute ce résultat doit-il être attribué à la politique sociale du nouveau régime, mais également à l’action des groupements des travailleurs qui, grâce à la bienveillance du gouvernement républicain, ont pu librement soutenir les intérêts de leurs membres et les faire prévaloir.
En exécution des décisions prises à son congrès de 1928, l’Union à commencé en janvier 1929 la publication d’un bulletin intitulé « Boletin de la Union General de Trabajores de Espana » (Bulletin de l’Union Générale des Travailleurs d’Espagne) qui, tous les mois, à été régulièrement envoyé à de. section; au début, il paraissait sur seize pages et tirait à 2.500 exemplaires; à la date du 30 juin 1932, son tirage était passé à 6.500. Ce bulletin mensuel, qui contient des études utiles aux sections et à l’activité des militants, est un précieux instrument de propagande et de documentation; 1] est complété chaque année par un numéro extraordi-
nuire, publié au 1° mai, et qui est uniquement consacré à l'étude d'une question particulière : en 1999, :l traitait des « fédérations nationales », en 1930, « de l’organisation internationale du travail à Genève », en 1931, « de la Fédération Syndicale Internationale », et en 1932, « de l'U.G.T. avant le 1° mai 1932 ».
Pour atteindre le plus grand nombre de travailleurs possible et faciliter le travail de propagande qui incombe à ses membres, l'Union à cru devoir également créer en avril 1932 une brochure intitulée « Guion del propagandista » (Guide du propagandiste), dont il a été fait un tirage limité de 500 exemplaires.
Il convient, enfin, d'ajouter à la liste des principales publications que nous avons citées, avec les hebdomadaires illustrés que font paraître un très grand nombre de fédérations d'industrie, le quotidien du parti socialiste, « EI Socialista », dont l'Union Générale dispose librement.
À son dix-septième congrès, tenu à Madrid, du 14 au 23 octobre 1932 — le premier réuni depuis l'avènement du régime républicain et le dernier en date — participèrent 1.800 délégués, représentant 500.000 membres. Sans doute n'est-il pas possible de passer en revue les travaux auxquels se livrèrent ces délégués au sein des différentes commissions qui furent constituées; mais nous croyons indispensable, pour bien marquer l'orientation de l'U.G.T. et définir sa position en face des problèmes sociaux, de résumer sous forme de tableau les principales revendications suivantes formulées à ce congrès :
LÉGISLATION SOCIALE. — Règlement des conflits au moyen de comités mixtes de conciliation et de tribunaux industriels ; modification de la loi sur les accidents du travail ; amélioration du régime des contrats de travail ; Lmitation légale de la durée du travail à quarante heures par semaine ; stricte application des dispositions légales sur les heures supplémentaires : majoration de salaire de 50 % pour les deux premières heures, de 75 % pour les suivantes et de 100 % pour le travail de nuit et le travail des dimanches ; suppression totale du régime des rétributions aux pièces; institution de congés payés; fixation de salaires minima ; généralisation du placement public obligatoire et suppression du placement libre ; respect de la liberté syndicale et légalisation du droit d'association ; développement de l’inspection du travail; contrôle ouvrier; encouragement à la coopération ; construction de logements à bon marché ; assurance contre les risques professionnels ; développement de l’hygiène du travail; vote d’une loi sur les maladies professionnelles; adoption de l’attelage automatique sur les chemins de fer; vote d’une loi sur les mines et les autres industries dangereuses.
ASSURANCES SOCIALES. — Participation de l’Union au fonctionnement des organismes consultatifs et administratifs des institutions d'assurance ; reconnaissance de la responsabilité patronale en cas de négligence (admise déjà dans le cas de l’assurance-maternité, etc.) dans toutes les lois de prévoyance et, en particulier, dans la loi sur les pensions de retraites ouvrières.
LUTTE CONTRE LE CHOMAGE. — Application de la semaine de quarante heures dans les différentes branches d’activité ; de trente-six heures dans les industries insalubres ou dangereuses et dans les industries très rationalisées ; de trente heures dans l’agriculture, pendant la période de novembre à février inclus ; fixation à seize ans de l’âge d'admission au travail en gépéral, et à dix-huit ans dans le cas des industries insalubres ou dangereuses ; organisation par les communes de fonds de secours aux chômeurs; stricte application
des dispositions légales sur les congés payés des ouvriers et employés; fixation de la durée du congé à quinze jours au moins par an ; organisation de travaux publics ; réforme agraire ; contrôle ouvrier ; adoption de mesures pour faciliter les transports.
TRANSPORTS. — Nationalisation des chemins de fer et des transports interurbains par route; municipalisation des transports urbains, coordination des transports par route et des transports par voie ferrée, suppression de l’aviation militaire.
TRAVAUX PUBLICS. — Construction de chemins de fer, de routes, de ports; exécution de travaux hydrauliques, etc., suivant le programme formulé dans le rapport de la commission des travaux publics, avec des garanties satisfaisantes quant à la rapidité, la sécurité et la qualité du travail.
POLITIQUE FINANCIÈRE. — Nationalisation de la banque centrale, puis de toutes les autres banques; contrôle direct des banques par la banque nationale ; équilibre du budget de l'Etat ; umification du taux d'intérêt de la dette publique; réduction des dépenses d’armement terrestre et naval; mise en vigueur d’un impôt progressif sur le revenu; développement des activités économiques du pays au moyen des nouvelles ressources ainsi obtenues ; création d’une banque ouvrière nationale sous les auspices de l'Union Générale des Travail- leurs; réduction du taux d'intérêt; cours forcé du papier-monnale ; revalorisation des réserves d’or; suppression des impôts sur les traitements et salaires inférieurs à 6.000 pesetas par an.
DÉSARMEMENT. — Renoncement à toute politique d’armement en vue de la réalisation du programme de la Fédération syndicale internationale.
ECONOMIE AGRAIRE. — Réforme de la législation sur les cultures obligatoires ; création de bureaux de placement pour les travailleurs agricoles ; meilleure mise en valeur des biens communaux ; réforme de la législation sur le crédit agricole ; création de tribunaux mixtes de
la propriété rurale là où il n’en existe pas encore ; réorganisation de l'Institut de réforme agraire et modification de la loi sur la réforme agraire.
EDUCATION. — Création d’un bureau national d'éducation des militants avec la collaboration étroite de l'Union Générale des Travailleurs, du parti socialiste ouvrier et des fédérations de l'enseignement, suivant le programme élaboré par la commission de l'éducation ; relèvement de la condition du personnel enseignant ; fréquentation obligatoire de l'école professionnelle ; extension du système des bourses d’études à l'étranger pour les ouvriers.
INDUSTRIE DU CINÉMATOGRAPHE. — Création, sous le, contrôle de l’Etat, d’un organisme ayant pour but d’encourager l'édition de films espagnols, de films documentaires et de films de propagande sociale pour les établissements d'enseignement.
ORIENTATION SYNDICALE. — Intensification de la propagande syndicale, d'accord avec le parti socialiste ouvrier; création d’un bureau juridique pour l’interprétation des lois syndicales.
POLITIQUE COMMERCIALE ET INDUSTRIELLE. — Réorga- . nisation du commerce extérieur ; suppression des impôts fiscaux et indirects; stabilisation monétaire; attitude favorable à l’union douanière européenne.
INDUSTRIE MARITIME. — Encouragement de l’industrie de la pêche et des transports maritimes.
En outre, parmi les nombreuses questions qui furent agitées à ce dix-septième congrès, deux nous semblent mériter une mention toute spéciale; ce sont celles relatives, d’une part, à la « violence », et, d'autre part, «au front unique ».
« Le mémoire et ordre du jour de ce congres » (Memoria y orden del dia) expose qu’à la date du 12 août 1931, la Commission exécutive de l'Union
a adressé à toutes ses sections, ainsi qu'à celles du parti socialiste, une circulaire sur la première question; la circulaire fait connaître que, réunie alors en assemblée extraordinaire, cette commission a évoqué, pour les condamner, les actes de violence, dont les membres du parti socialiste et de l'Union sont l’objet de la part des anarcho-syndicalistes de la Confédération Nationale du Travail; elle constate que ces attaques, qui avaient cessé au moment de la dictature, ont repris à partir du moment où les efforts conjugués de l’U.G.T. et du parti socialiste ont favorisé l'avènement d’un régime libéral; l’attitude de la C.N.T. ne peut donc s’expliquer que par l’unique désir de fomenter une guerre civile. La Commission réprouve non seulement le but, mais les moyens employés; aussi exhorte-t-elle au calme ses adhérents et leur conseille-t-elle de ne pas se mettre à l’unisson de ceux qui n'hésitent pas à supprimer des hommes, dont la seule faute paraît être d’avoir conduit leur organisation au succès. Mais elle a eu soin, en outre, d’avertir le gouvernement de la République, au sein duquel elle est représentée, que les recommandations adressées à ses adhérents sont sur le point d’être transgressées ; ii n'est plus possible, en effet, d'obtenir que ceux qui chaque jour sont menacés de mort et voient tomber leurs camarades, continuent à se croiser les bras. Et la circulaire ajoute : « Le gouvernement de la République sait combien sincère et loyale est notre collaboration à la consolidation du nouveau régime; mails si les assassins continuent leur misérable besogne, nous ne pouvons répondre que nos adhérents, lassés d’être des.victimes, ne se décideront pas un Jour à défendre leur vie par les moyens
les plus efficaces; la patience a des limites et nous ne pourrons être rendus responsables de ce qu'il adviendra. »
La deuxième question, qui a trait au « front unique », est également extraite du « Mémoire et Ordre du jour » déjà cité et à fait l’objet d’une circulaire de la Commission exécutive de l’Union, en date du 23 octobre 1931.
Cette circulaire rappelle que la Fédération locale des sociétés ouvrières de Saint-Sébastien, qui ne fait pas partie de l'Union, vient de poser une fois encore le problème du front unique; la Commission exécutive est heureuse de saisir cette occasion pour rappeler qu'elle est toujours hostile à la tactique dite du « front unique »; en outre, elle invite ses sections à s'abstenir de participer aux conférences et congrès autres que ceux convoqués par les organes responsables de l’'U.G.T.
Lutte énergique contre la C.N.T. et opposition systématique au principe même du « front unique » caractérisaient donc l'attitude de l’Union Générale, jusqu'à une époque relativement récente. Mais en est-il de même aujourd’hui? Est-1l possible notamment de soutenir que l’Union s'interdise tout recours à la violence et persiste encore à vouloir rester à l’écart des organisations voisines? C’est ce que nous allons examiner maintenant en guise de conclusion à notre étude.